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L'autodiagnostic


 

Pour dégager le médecins des tâches qui ne réclament pas son attention, il n'y a souvent pas de meilleur substitut que le patient lui-même. Pour commencer, il faudroit que chacun puisse identifier lui-même, sans avoir recours à un médecin, la plupart de ses propres petits problèmes de santé. Il faut arrêter cette aberration d'imposer à des professionnels de la santé, qui peuvent avoir 20 ans de scolarité, de perdre leur temps à prescrire de l'aspirine.

Redonner une certaine autonomie à l'individu en matière de santé va à l'encontre de la tendance actuelle. On se plaint de l'encombrement des salles d'urgence et du surmenage des médecins, mais on décourage tant qu'on peut l'autodiagnostic. Essayez de téléphoner à un hôpital, d'expliquer vos malaises et d'avoir quelques conseils ! Le système n'a qu'une seule réponse: "Passez nous voir". Le Docteur Knock contrôle la ville.

Quand on manque de ressources et que les salles d'urgences sont bondées, cette réticence à laisser l'individu assumer un rôle actif en santé, particulièrement au palier du diagnostic initial, est tout à fait contreproductive. Elle peut apparaître prudence, car l'individu peut se tromper sur sa condition, mais il y a un rapport coût-bénéfice à établir. Les ressources médicales seront NÉCESSAIREMENT de plus en plus rares et il faut optimiser les ressources dont on peut disposer. il est impérieux que le médecin ne fasse que ce que seul lui peut faire. Quels sont les risques et les avantages d'un autodiagnostic qui n'est toujours qu'un prédiagnostic. ?

Le rapport de l'exactitude de l'autodiagnostic à celle du diagnostic médical dépend de divers facteurs. La disponibilité des équipements, par exemple, mais dans l'immense majorité des cas où un premier diagnostic est requis - et qui sont de fausses alertes - celle-ci n'est pas cruciale. On a perdu un peu de temps, on n'a pas perdu la guerre. L'anxiété du patient est aussi un facteur, mais il existe des façons d'en réduire l'impact et le biais sur les prédiagnostics portés. Le facteur de loin le plus important est simplement le rapport des connaissances du patient à celles de son médecin. C'est sur cette variable qu'il faut agir.

À l'époque où la majorité de la population était analphabète, Il était prudent de ne confier aucune responsabilité au patient. Il est vrai que l'éducation que nous avons laisse encore à désirer, mais cette abyssale ignorance plus courante. Elle persiste dans le domaine de la santé, mais il est malhonnête de justifier aujourd'hui la même attitude d'opacité à partir de cette ignorance, puisque l'on n'a jamais voulu informer le monde ordinaire même des rudiments de l'art médical. C'est justement cette situation qu'il faut changer.

Le rideau de mystère qui voile aux profanes les gestes des Grands Initiés pourrait tomber. On pourrait en dire assez à l'individu moyen, pour arrêter la course vers les urgences de ceux dont leur précipitation vient d'une anxiété qui est la conséquence directe de leur ignorance. Chaque individu d'intelligence suffisante pour traverser la vie sans être confié à la garde d'un tiers doit être raisonnablement initié aux bases de la médecine lors de son passage obligé par le système d'education.

Il faut commencer par une formation de base. Dès qu'un enfant peut comprendre et articuler correctement une phrase, il faut lui montrer au moins à marquer sur un téléphone le code urgence ­ qui deviendra un jour un simple bouton rouge - et à énoncer la phase sacramentelle dont décideront les experts et qui assurera son sérieux. Pour pouvoir le faire correctement, il doit savoir qu'il existe une telle chose que la maladie, une telle chose que l'urgence, une telle chose que la responsabilité. Ce sera l'une des tâches de la garderie de s'assurer que l'enfant acquiert cette connaissance au plus tôt.

Dès l'école primaire, chaque enfant doit être sensibilisé à la prévention. Sans lui créer d'angoisse, ni lui mettre en main des médicaments, il peut être formé à interpréter ses symptômes les plus fréquents. Il n'a pas à porter le diagnostic sur ses malaises - il n'a pas encore l'expérience référentielle pour le faire - mais il est souhaitable qu'il puisse déjà distinguer ce qui peut-être sérieux de ce qui ne peut tellement pas l'être, que le médecin lui-même n'y accordera pas d'importance.

Un enfant ne peut pas faire cette distinction ? On oublie trop souvent que, dans les situations simples, ce sont les réponses et les réactions du patient et des tests triviaux comme le pouls et la fièvre qui seuls permettent au médecin d'établir son diagnostic ; or, le patient est le premier qui dispose de cette information. Il n'est pas impossible d'enseigner progressivement à l'enfant quelle conclusion il doit tirer de ce qu'il ressent. On ne s'en remettra évidemment pas à son seul jugement pour décider de la marche à suivre, mais tout part de là. Surtout, l'enfant doit être conscient que tout part de là et accoutumer pour la vie à être critique face à ses sensations. Il doit aussi faire le lien entre hygiène et santé. Savoir ce qu'est une poussée de fièvre. Savoir pourquoi on désinfecte une blessure.

Au niveau secondaire - le Cycle Général II d'un système d'éducation réformé - l'adolescent qui a de 12 à 17 ans doit en apprendre plus. Les premiers soins du type « Ambulance St-Jean » - doivent être une matière obligatoire. Il est absurde qu'on exige aujourd'hui du monde ordinaire d'apprendre au secondaire des éléments de calcul différentiel, mais qu'on ne juge pas utile de montrer à tout le monde comment poser correctement un garrot, comment donner la respiration artificielle, effectuer une manuvre de Heimlich ou son équivalent ! Le système d'éducation doit dire quand il ne faut pas déplacer un blessé et enseigner comment on explique succinctement au téléphone une situation qui requiert une intervention d'urgence. Au cours du Cycle général II, l'étudiant moyen doit aussi avoir l'opportunité d'apprendre à parler à "Esculape"


Pierre JC Allard

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