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La logistique de fonctionnement


 

Le but du système de santé est de répondre à une demande et de donner satisfaction. C'est un projet ambitieux et complexe d'offrir les services et les soins que requiert la société et il faut donc le faire selon un plan. Un plan qui évoluera dans le temps. C'est pourquoi nous avons parlé de « tableaux », illustrant chacun la demande et les moyens dont on prévoit disposer pour divers horizons. À chacun de ces horizons, c'est aussi dans une structure subtilement ­ et parfois radicalement - différente que les services devront être dispensés.

Tout ce qu'on fait en santé est donc soumis implicitement à la contrainte d'une situation en perpétuelle transformation. Le système lui-même est toujours à subir une opération à cur ouvert. Il y a une logistique de planification à respecter. Malgré cette contrainte du changement, toutefois, le système n'en est pas moins, à tout moment, un encadrement bien réel avec ses exigences opérationnelles concrètes dans lequel il faut agir.

Pour appréhender cette réalité et en tirer parti, il est bon de se faire une image concrète du fonctionnement du système de santé. On pourrait en donner une multitude de représentations, selon les facteurs et les flux que l'on veut mettre en évidence. Nous nous bornerons ici à un schéma simple, montrant la logistique de dispensation des services en s'appuyant sur les besoins de diverses « clientèles ».

On peut s'en faire cette image simpliste, en voyant d'abord le système, comme une foule de mandats à remplir. Il y a des services à rendre et des gestes à poser dont chacun répond à un besoin. Il est pratique de lier ces services aux clientèles auxquelles elles s'adressent, puisque chacune à ses spécificités et que, en suivant ce découpage par clientèles, on regroupe des gestes parfois similaires, mais toujours complémentaires. Il se dégage du plan tracé une cohérence perceptible même par le profane.

Le système en mouvement apparaît comme un ordonnancement de démarches, séquentielles ou simultanées, qui répondent a des demandes immédiates où qui établissent les prérequis pour répondre à des demandes à venir. Cette logique interne est évidente surtout si on va du général au particulier, identifiant les types de services rendus à des clientèles cibles dont chacune est extraite de l'ensemble dont elle émane en la définissant de façon restrictive.

Dans cette optique de ramification, on voit au départ le vrai tronc commun, celui de la plus vaste des clientèles, celle des « bien-portants ». Il faut offrir à cette clientèle la gamme des services qui gardent en bonne santé ceux qui le sont déjà et leur montrer la possibilité d'un mieux-être. Cette recherche du « mieux-être », qui est souvent traitée avec désinvolture par le système, les professionnels de la santé et les individus eux-mêmes, est pourtant la meilleure façon d'établir une défense éloigné prudente pour le simple bien-être, celui qui s'oppose à la morbidité.

Avec le mieux être, on est dans le domaine des « modes de vie », des saines habitudes, des conditionnements physiques et mentaux. Il faut lutter pour que le consensus social accepte que la société contribue davantage à ce mieux-être, car - bien surprenant, pour une médecine qui s'est voulue interventionniste et hi-tech - il semble de plus en plus clair que l'investissement le plus rentable que l'on puisse faire en santé est ce qu'on consacre à cette amélioration des conditions de vie.

Le Docteur Knock PEUT être utile s'il arrive plus tôt et se donne un mandat bien plus large. S'il enseigne à éviter les facteurs pathogènes. S'il travaille POUR la santé plutôt que CONTRE la maladie. Il est normal que le système de santé en se rende largement disponible pour sa plus vaste clientèle : la population bien portante. Les gestes que le système de santé va poser pour cette clientèle vont absorber un part croissante des budgets de la Régie, s'opposant à une logique d'acharnement thérapeutique qui sera conceptuellement discréditée et administrativement repoussée vers le volet discrétionnaire.

Parmi les service qu'il va leur rendre, toutefois, il y a celui non seulement de prévenir la maladie, mais aussi d'en déceler vite l'apparition. Lorsque celle-ci se manifeste, on doit sortir de ce tronc commun des gens en santé et c'est l'humanité souffrante qui devient la clientèle. Alors que les gens en santé, malgré leurs spécificités, constitue une masse à laquelle une multitude de services communs doivent être offerts, l'humanité souffrante se ramifie en autant de branches et de sous-branches qu'il y a de manifestations de la morbidité.

La première démarche est donc de maintenir à jour le modèle épidémiologique, de l'appliquer à la réalité, de voir comment chaque cas est bien une manifestation plus pointue de la condition générale que décrit la case en amont. Un cas d'espèce qui exige une réponse ad hoc : tous les malades ont des besoins différents. Le système, toutefois, ne peut être efficace que s'il réussit à visualiser ces myriades de malades comme les éléments de « catégories » à chacune desquelles il peut associer une réaction appropriée.

Le défi de la logistique de fonctionnement, pour les malades, c'est donc de réaliser les recoupements et les regroupements nécessaires pour pouvoir donner les meilleurs soins et les meilleurs traitements, en mettant à profit tous les « troncs communs » et toutes les économies d'échelles, mais sans perdre de vue la spécificité de chaque cas et l'individualité de chaque malade. En respectant la vision humaniste qui doit être celle d'un système de santé dont le but est la SATISFACTION.

Dans le texte ci-après, nous voyons un peu plus en détail les démarches pour « bien-portants ». Quels sont les types de services à rendre à la population en général, celle qui ne souffre de rien, ou du moins pas de maux sérieux identifiés . Les activités qui auraient pas intéressé l'ancien Docteur Knock. Ensuite, dans le texte suivant, nous verrons comment profiler au mieux les « mal-portants », afin de pouvoir leur procurer les services adéquats. Des services satisfaisants.

Pierre JC Allard

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