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Le secteur privé


 

C'est une assurance universelle à deux volets ­ services universels et services discrétionnaires - qui devrait permettre d'offrir le mieux à tous les ressources croissantes que consacrera à la santé une société qui en fera sa priorité. Reste à en optimiser le fonctionnement. La logique la plus élémentaire suggère qu'on aura le meilleur résultat si un équilibre est maintenu entre l'offre et la demande, entre les besoins et les ressources affectées, entre la recherche, la formation et les soins et traitements offerts.

Un système de santé doit être planifié comme un tout et programmé sans failles il doit être UN système. Global, cohérent,avec une seule tête. Considérant les économies d'échelle dont il peut bénéficier, son contrôle sur les règles du jeu - qui lui permet de toujours les adapter au mieux - et le premier choix sur les ressources humaines et matérielles que lui confèrent des moyens financiers illimités, il est difficile de penser que quelque entité que ce soit puisse le faire mieux que l'État ou le faire à meilleur coût. Donc, à l'État de gérer toute la santé. QED.

Vraiment ? La réalité est parfois cruelle avec les certitudes. Jour après jour, dans tous les domaines, quand le secteur privé confronte le secteur public, il fait plus avec moins et souvent mieux à partir de rien. Pourquoi ? Il n'y a qu'une seule variable, où le privé a l'avantage sur le public, mais cette variable suffit, la plupart du temps, à faire basculer toute l'équation : la motivation. Au secteur tertiaire, en particulier, la motivation est l'élément clef.

Dès qu'on parle de services- comme la santè - c'est la satisfaction qui est l'ultime objectif. Or, la satisfaction dépend de critères subjectifs du bénéficiaire, auxquels ne peut répondre qu'un service ad hoc, sur mesure, personnalisé. Le service doit être façonnable à demande. La valeur d'un service n'est pas indépendante de la personnalité du fournisseur du service et celui-ci doit donc pouvoir y introduire le valorisant de son apport personnel. Pour avoir la pleine liberté de le faire, il doit être AUTONOME.

Voir l'État comme l'entité qui décide de tout en santé est donc bien trompeur. L'État planifie, équilibre, ajuste, fournit les infrastructures et les équipements, diffuse l'information qui fait connaître les services disponibles, forme les ressources humaines, certifie leurs compétences et, bien souvent, en assume le coût. C'est beaucoup, mais ce n'est pas TOUT. On s'aperçoit, dès qu'on se rapproche de la ligne de feu, que le contrôle effectif de l'État doit être restreint.

Au tout premier rang, collées sur le malade, les ressources médicales et infirmières de première ligne doivent être, autonomes et ne rendre de comptes qu'à leurs patients. Idéalement, quand on parle de malades adultes et sains d'esprits, ceux qui les traitent et en prennent soin ne doivent pas seulement être pleinement à leur écoute, mais aussi à leurs ordres. Ils le seront, s'ils on valorise chez eux l'empathie pour le faire et encore mieux si se développe entre eux une émulation dont nous verrons plus loin les conditions

Il faut donc éviter que les fournisseurs de services de santé aient le statut d'« employé ». Chaque intermédiaire entre le fournisseur et le bénéficiaire d'un service est un obstacle à la satisfaction. Un service rendu par un fonctionnaire est déficient dès le départ, puisque la priorité de celui-ci, ne peut être que d'obéir aux directives de celui qui l'évalue et dont dépend sa carrière et sa rémunération. Si l'État gère l'application des traitements et des soins, le patient aura ce à quoi il a droit. mais il n'aura pas ce qu'il veut.

Il faut écarter du système de santé toute structure qui compromet sans nécessité l'autonomie du fournisseur de services. L'État doit s'en tenir aux principes, aux catégories aux grands ensembles. Au palier des rapports individuels, il doit se limiter au contrôle de l'honnêteté des engagements et de la qualité des services fournis. Même au palier de la gestion, d'ailleurs, il ne faut pas que l'État jouisse d'une exclusivité ; il faut qu'il sente l'aiguillon de la concurrence.

Le professionnel de la santé peut traiter directement avec son patient. Plusieurs professionnels peuvent s'associer et offrir, non seulement leur compétence en santé, mais aussi une alternative administrative à la structure d'assurance de l'État lui-méme. Rien ne doit interdire que des financiers et des entrepreneurs, n'ayant eux-mêmes aucune compétence médicale, puissent néanmoins se joindre à des ressources médicales ou infirmières ­ ou mettre celles-ci simplement sous contrat - pour offrir à la population des plans de santé similaires à ceux qu'offre la Régie de la santé. S'ils peuvent offrir ces services à meilleur coût ­ ou offrir un meilleur service ­ il n'y a pas de raison pour que la population en soit privée.

Dès que l'on sort du noyau des services universels, le citoyen a parfaitement le droit de ne pas souscrire l'assurance que lui offre la Régie pour des modules discrétionnaires. Il peut ne pas s'assurer ­ libre à lui de courtiser la ruine - mais il peut aussifaire appel à une assurance privée. A lui de juger de la valeur de ce qu'on lui offre. À l'État de faire mieux, s'il veut garder sa position sur ce marché.

Ces entreprises ne sont pas uniquement une saine alternative à l'État. Quand on en arrive aux soins si expérimentaux qu'on ne peut en établir la valeur actuarielle pour en proposer la couverture ou que, en bout de piste, on pénètre dans la brousse des services dont la valeur scientifique n'est pas avérée, la Régie ne peut pas offrir une assurance, mais le secteur privé peut le faire. Le cosmétique et le somptuaire autour de la santé seront aussi couvert par des assurances, mais il serait abusif d'en parler comme d'une assurance santé

Un foule de sociétés privées d'assurance santé vont se constituer en parallèle à l'État pour offrir les services discrétionnaires. Ne vont-elles pas venir faire concurrence à l'État pour offrir des services universels ? Non. Ce n'est pas la même médecine Elles n'utilisent pas les mêmes ressources.


Pierre JC Allard

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