51
Le tangible et l'intangible
Nous
avons discuté jusqu'ici des nouvelles exigences qui
sont communes à toute production. On retrouvera partout
en production les conséquences de la complémentarité et de
l'entrepreneuriat, les notions de modularité, d'équipes et de projets,
le partage des rôles entre secteurs privé et public, dont on voit que
le consensus social est une variable technique avant d'être l'occasion
d'un choix politique. Mais
il y a des divergnces dans la façon de planifier et de gérer les
diverses activités de la production.
De nouvelles divergences, car le rapport des
forces a changé entre les acteurs, dans
la nouvelle structure de
production qu'on est à bâtir. Les ressources rares ne
sont plus
les mêmes que
naguère. Il y a une pondération à refaire entre la
valeur
des facteurs et
il faut prioriser autrement les
économies à réaliser.
L’efficacité
va donc obéir à
d’autres règles.
Des regles différentes
du passé au présent, mais differentes aussi entre ce qu'on a
appelé traditionnellement,
les trois (3) secteurs de production, puisque cette modification de la
valeur
relative des intrants n'est pas indépendante des façons
de produire ni de ce qu'on
produit. On
peut dire qu’avec l’industrialisation devenu mature, c’est
toujours le travail-compétence qui est la ressource rare, mais c’est affaire de degrés...
Ces degrés sont significatifs quand on cherche a réaliser un
ajustement précis de l'offre à la demande et non plus l'inverse, comme
l'impose le système actuel. Quand on cherche à connaître la
demande de consommation, par exemple, on
ne peut plus traiter la production comme un tout homogène. Il faut donc voir la production
par
segments.
Traditionnellement,
on a distingué entre trois (3) secteurs de production :
primaire,
secondaire et tertiaire. Cette classification est--elle
encore utile ? Sans doute, mais son importance ne se manifeste que lorsqu'on a d'abord établi une
dichotomie plus fondamentale. La distinction entre
secteurs primaire et secondaire a encore sa raison d'être et
nous
en reparlerons, mais l'importance
de cette distinction s’estompe,
quand on la compare au gouffre qui sépare ces deux secteurs,
primaire et secondaire, qui sont tous deux
producteurs de «
biens » tangibles, du secteur tertiaire, producteur
de « services » intangibles. En pratique, le grand
clivage dans la structure de production d’une Nouvelle Société est
entre la production des biens «tangibles et des services
«intangibles».
Tout un pan de la production
travaille sur du tangible. On y
transforme la matière, on produit des objets et, quand le résultat
souhaité est là, on fournit à l’utilisateur des « biens », une valeur
objective dont il lui appartient de tirer satisfaction. La satisfaction
est un élément subjectif que lui-même y ajoute. D’autres
activités de production, au contraire, ne visent qu’à modifier le
rapport entre l’utilisateur et la matière ou entre lui et les autres,
parfois à ne rien changer d’autre que la perception qu’il a d’une
situation. On lui fournit un « service ». Un produit
intangible dont la valeur est nulle s’il n’apporte pas la satisfaction.
La dichotomie tangible-intangible est
cruciale, car elle marque la frontière réelle où change le rapport des
valeurs entre les intrants.
Quand on produit du tangible, la matière a encore une importance non
négligeable. Non seulement peut-elle avoir une rareté bien réelle,
mais,
étant appropriable et sa propriété transférable, elle sert de support
naturel au capital et Shylock peut toujours en biaiser la
valeur de
rareté
par la spéculation et la politique. On peut identifier le volet des
biens tangibles comme celui où le Capital peut encore être dominant,
même s'il ne s'en donne pas toujours la peine...
Pour
la production de l’intangible, même si la composante matérielle
augmente avec les équipement plus sophistiqués qui se greffent à la
prestation de services, la matière première joue toujours un rôle secondaire et
peut être traitée en pratique comme inépuisable : la ressource rare
n'est plus que le travail. Pas le travail sous son aspect de
ressource-énergie,
bien sûr, mais sous son aspect compétence.
Dans une économie tertiaire
tournée vers l'intangible, c'est un capital de connaissances qui
occupe la position
dominante qu’occupait le capital
fixe dans l’industrie. Ce qui fait du TEMPS la seule
ressource rare que
l’on puisse économiser, car non seulement travailler demande du temps,
mais la compétence est physiquement dépendante d’un temps
d’apprentissage.
Alors
que le défi de la gestion du volet de production de biens
tangibles est de bien tenir compte de la valeur relative réelle des
variables, en cherchant a échapper aux traquenards de la
spéculation, le plus grand
obstacle à l’épanouissement d’une production optimale dans le volet de
production des
intangible n’est plus Shylock, mais les corporatismes
divers
qui souhaitent aussi l'immobilisme. Le défi pour optimiser
l'efficacité dans le domaine de l'intangible n'est pas une reprise en
mains des "moyens de production", mais l’arbitrage entre les
prétentions des travailleurs. Une dynamique bien
différente.
En
chaque situation de production, il faut déterminer la priorité
relative qu’il faut accorder à l’économie de temps et à
l’économie des matières premières.
Les
processus
de gestion de production du tangible et de l'intangible sont
différents.
Pour l'estimation de la demande, la difference est encore plus fondamentale
Pour
les biens matériels il ya toujours une limite a partir de laquelle la
demande est saturée et ou produire davantage est inutile, nuisible même
Connaître la demande c'est situer cette limite. Ce n'est pas si
simple pour les services, tous différents puisque leur qualité peut être augmentée
indéfiniment. Il ne s'agit donc pas de déterminer l'offre pour répondre
à une demande
précise, mais de déterminer les priorités afin d'affecter au mieux les
ressources qui permettront à satisfaire les désirs. Au mieux pouvant
être un consensus social... ou le jeu brutal de la demande effective.
Pour
aller plus loin dans la compréhension du procesus de production, il
sera plus facile, à partir du point où nous en sommes arrivé, de
traiter comme distincts les volets de production de tangibles et d'intangibles. Même si leur rationalité est la
même, nous verrons que les gestes a poser pour les gérer peuvent être bien différents. Dans la section P2, nous verrons comment optimiser
l'efficacité du volet de production des biens tangible,
constitué
des secteurs primaire et secondaire Nous tenterons
ensuite
d'en faire autant pour la production de l'intangible dans la section P3. Nous
y examinerons plus en détail le secteur tertiaire, le secteur aujourd'hui dominant qui tend à
occuper toute la place et à déterminer les manières d'être et de faire
d'une Nouvelle Société.
Pierre
JC Allard
Vous
pouvez maintenant commenter cet article au BLOG
Nouvelle Société !
(Cliquer ici).
SUITE
