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 La demande hédoniste


 



On va chercher la satisfaction. Comme société, nous allons revenir au principe de travailler pour produire et de produire pour satisfaire.  Nous allons affirmer la priorité de la demande sur l’offre, donner à la demande le contrôle de la production et livrer aux gens ce qu’ils veulent. Nous évaluerons autrement les résultats obtenus, puisque c’est la plus grande satisfaction possible que l’on recherchera désormais, mais l'efficacité, n’en restera pas moins toujours la pierre de touche de l’activité de production.
 
Nous voudrons encore avoir « plus pour moins »; nous reviendrons simplement à une vision orthodoxe de l’efficacité qui est la plus grande économie possible des intrants pour le résultat obtenu… qui ne doit pas être chose qu’une satisfaction. Il ne s'agit pas de se sacrifier. Une Nouvelle Société se veut stoïque devant la condition humaine, mais hédoniste en tout ce qu’elle peut faire pour en tirer le meilleur parti. Le bonheur est l’ultime critère ; si une éthique finalement s’impose, c'est parce qu’il est impossible d’atteindre le bonheur sans en avoir une.

Il n’est donc pas question de se priver, mais d’avoir au meilleur coût tout ce que l’on veut et peut avoir.  Nous allons économiser, mais nous ne renoncerons  à rien de ce que nous voulons. Comprenant que la plus grande économie est de ne PAS produire, cependant, nous allons mettre fin  à la production de l’inutile et du surabondant.  Nous allons renoncer à produire pour produire. Notre acharnement à le faire nous a créé un stress par trop désagréable....  En bon Sybarites, nous ne  produirons rien que nous ne voulions vraiment.

Avoir tout que ce qu'on veut, mais économiser en ne produisant pas autre chose. Parfaire nos techniques de production, en comprenant que la plus grande source d'économie compatible avec la satisfaction, c'est de ne produire que ce que les gens veulent. Par la publicité, c'est l'offre aujourd’hui qui contrôle la demande. Un système de production raisonnable doit inverser cette relation, Il ne faut jamais laisser l'offre diriger la demande.

On inverse la relation et on la maintient à l’endroit quand on connait la demande et qu'on ne  produisant que ce que les gens veulent. On cesse alors de produire ce que les gens ne veulent pas vraiment, mais leur a été simplement imposé, dans un état proche de l’hypnose, par la publicité ou par des contraintes sociales elles-mêmes créées par la publicité et donc à l’instigation des producteurs.

Il faut mettre fin à la pauvreté subjective artificielle qui incite à produire pour produire et à enrichir le producteur sans satisfaire de véritable désir.  On économise encore davantage, si on ne produit que des biens de bonne qualité, si on interdit l’obsolescence programmée, évitant donc une rotation accélérée inutile qui aujourd'hui est encouragée parce qu'elle aussi favorise les producteurs… mais nous appauvrit tous

Il faut produire pour donner au consommateur ce qu’il veut et rien de plus.  Cette approche, toutefois, exige d’abord qu’on connaisse les mutiples facettes de sa demande. Pour en avoir une vision approximative, il y a divers indicateurs bien connus qu’on ne se privera pas d’utiliser, mais quand on veut tenter un ajustement précis de la production à la consommation – et non l’inverse, comme maintenant - on doit se rapprocher des transaction réelles.  

C’est cette connaissance PRÉCISE, non seulement des patrons de consommation, mais des comportements des consommateurs individuels, qui est  la condition sine qua non de la mise en place d’un système de production qui optimise la satisfaction. Le premier pas vers un système de production raisonnable, c’est de bien connaître la demande et de diffuser cette information.

La diffuser largement et en toute transparence, car si une économie où l’État s’occupe de tout peut produire presqu’en secret ce que ses planificateurs ont choisi de produire, une structure entrepreneuriale exige que les producteurs puissent évaluer leurs chances de pouvoir se tailler une place sur le marché en répondant mieux que leurs concurrents à une partie de cette demande. Ils doivent le faire et en évaluant si produire ceci ou cela est bien l’affectation la plus rentable qu’ils peuvent faire des ressources dont ils disposent.   

Il y a bien des variables qui interviennent dans cette évaluation que doit faire l’entrepreneur. L’information brute est l’une de ces variables. L’État jouera mieux son rôle dans une structure entrepreneuriale, s’il rend cette information transparente, car la société n’a rien à gagner à ce que la concurrence entre producteurs se fasse au palier de leur astuce à se dissimuler et à se subtiliser l’information ; elle gagne quand leur énergie et leur intelligence servent à mieux comprendre et à mieux utiliser cette information, puis à produire mieux pour la demande réelle.

Connaître la demande précise des consommateurs est un énorme défi. La prévoir avec assez d’anticipation pour la satisfaire en est un autre.  Enfin, dans une structure modulaire entrepreneuriale où les intervenants se multiplient au rythme où il est nécessaire de la fragmenter pour optimiser la motivation à produire efficacement, il y a aussi une demande intermédiaire complexe et en mutation constante qui doit recevoir l’information adéquate.

Connaître la demande  est certainement l’exigence la plus fondamentale pour un système de production dont la capacité de produire dépasse aujourd’hui largement la demande exprimée pour les biens matériels et qui, égaré par les pressions indues du grand capital, erre à l’aveuglette quand il s’agit de satisfaire les besoins en services, santé, éducation, loisirs, etc.

Connaître la demande de consommation est essentiel et il ne faut pas reculer devant l’intervention accrue de l’État ou la complexité apparente des mécanismes à mettre en place pour disposer de toute l’information requise. Des mécanismes divers, aussi ingénieux qu’il le faudra et complémentaires, car les procédés pour parvenir à cette connaissance ne sont pas les mêmes quand on parle de produits agricoles,  de cours de philo ou de centrales nucléaires.  

Identifier la demande est un défi distinct dans chaque secteur de l’économie. Une bonne raison – mais il y en a d’autres - pour que nous ne parlions plus  suivent, nous ne parlions plus de la production comme d'un tout homogènee, mais en voyions les deux grands volets. La production du tangible et celle de l'intangible.


Pierre JC Allard


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