Le fonctionnaire est un
travailleur hétéronome. Sont assimilés à des fonctionnaires,
ceux comme les policiers et les soldats, les juges les décideuri
régionaux ou locaux etc. qui participent à la fonction de gouvernance
de l’État, fonction dont font aussi partie les aspects structurants de
sa fonction de gérance. Ces travailleurs qui doivent être
totalement hétéronomes sont nombreux et constituent un élément
important de l’économie. Il ne faut pas en laisser
le nombre proliférer indûment, cependant, en considérant comme «
fonctionnaire » et donc en excluant de toute autonomie quiconque a pour
patron l’État ou une instance de gouvernance. Deux grandes
catégories d’employés de l’État sont tenues indemnes de cette exclusion.
La
première consiste en exécutants subalternes. Il y
aun personnel de secrétariat, de soutien logistique, de
service à la clientèle et d’intendance qui se situe en
dessous et aux ordres de ceux qui sont les RESPONSABLES de l’État et
des autres entités de gouvernance. Alors que ces
derniers doivent décider – mais en faisant abstraction de
leur personnalité propre, se voulant les simples interprètes
de la volonté de leurs instances respectives - leurs
subordonnés, eux, dans toute la mesure du possible, ne doivent
simplement PAS décider.
Non
seulement ils ne
doivent pas décider, mais ils ne doivent même pas se mêler
d’interpréter les règles qu’ont définies les décideurs, puisqu’ils n’en
sont pas responsables. Quand ce personnel
de pure exécution trouve prétexte à influer, plus ou moins ouvertement,
sur les décisions des instances de gouvernance, il devient un pouvoir
caché et une source d’arbitraire. Quand il devient dominant, ce qui se
produit chaque fois qu’un vrai responsable abdique sa
responsabilité, gouvernance tombe aux mains d irresponsables, ce
qui est aussi une
abomination.
C’est de cette usurpation de pouvoir
que nait la frustration des administrés envers la fonction publique,
leur colère contre ces exécutants subalternes qui ne sont pas
de vrais décideurs, mais s’arrogent une importance vexatoire.
Une Nouvelle Société en diminuera le nombre, nous voyons ailleurs
comment, mais posons simplement ici le principe que ce ne sont PAS des
fonctionnaires, puisque ne peuvent en aucun cas, assumer de façon
légitime l’autorité de l’État. Il faut seulement
veiller à ce qu’ils ne s’attribuent pas cette
autorité à laquelle ils n’ont pas droit.
Cette
distinction entre fonctionnaires décideurs et simples exécutants est
cruciale, puisque ce personnel sans fonction décisionnelle
représente la grande majorité des travailleurs de l’État et des
instances de gouvernance. Une rationalisation de leurs tâches
exigera que la partie programmable en soit programmée et que
beaucoup de ces exécutants subalternes soient rendus à un statut de
travailleurs autonomes, pour en exécuter sous contrat la partie
inprogrammable . Ce passage à l’autonomie de fonctionnaires exécutants
devra faire l’objet d’une discussion avec les intéressés, il comporte
aussi un danger.
Nous avons parlé
ailleurs des fonctions « évanescentes », ces services dont
nous privent, parfois à notre insu, les monopoles privés qui
veulent maximiser leur profit en supprimant des fonctions. N’a-t-on pas
a craindre un même phénomène quand l’État, qui est certes le plus
puissant des monopoles, rationalisera ses activités ? Ne
décidera-t-on pas de faire disparaître de bien des services la
composante inprogrammable qui en est la vraie raison d’être et ne
verrons nous pas une détérioration généralisée des services qu’offre
l’État ?
Ce risque est hélas bien réel,
car cette détérioration se manifeste périodiquement pour un
temps, chaque fois qu’un gouvernement en mal d’économies choisit cette
façon de boucler ses fins de mandats. Il le fait parfois de connivence
avec un fonctionnariat puissant, désireux de recentrer les budgets vers
la rémunération des postes haut de gamme et donc bien consentant à
réduire les services offerts aux administrés.
Une
Nouvelle Société s’assurera que les aspects inprogrammables de la
relation entre citoyens et fonctionnaire ne sont pas sacrifiés sous
couvert de programmation de la marche vers
l’autonomie. On y veillera en créant des «
cicérones » dont c’est l’administré qui déterminera les tâches et qui,
à partir d’une position de conseillers autonomes, verront à l’optimiser
l’utilisation des services de l’État. Nous décrivons ailleurs le rôle
ds ces cicerones et des autres conseillers dont l’État prend en charge
la rémunération et qui viendront prêter main-forte au consommateur. Un
havre pour les exécutants subalternes qu’on rendra à l’autonomie.
La
deuxième catégorie d’employés de l’État qui n’ont pas à être exclus de
la marche vers l’autonomie consiste en ceux qui ne représentent pas
l’État dans l’exercice de ses pouvoirs éminents, mais dans son rôle de
fournisseur de services. Il ne faut pas confondre
les interventions de l'État producteurvec sa mission et son mandat de gouvernance.
Quand, comme nous le voyons ailleurs, l’État reçoit le mandat de
produire, il doit intervenir au palier de la définition des services
requis, laquelle exprime une vision de la société et de ses objectifs,
mais ses interventions dans la gestion même de ces services
sont affaire de simple opportunité, ce qui justifie qu’on en
sous-traite de larges pans.
L’État ne doit pas se
désengager de son rôle de fournisseur de services : il est le
maitre-d’œuvre. Il doit cependant voir son rôle
comme subsidiaire au palier de la fourniture même de ces services et
viser à y occuper moins de place. Dans cette optique, les
professionnels des réseaux de services publics doivent être
transformés en travailleurs autonomes, dans toute la mesure du
possible… et c’est une large mesure.
Dans
l’exécution de leurs tâches, les employés et contractants des réseaux
de services publics de l’État - médecins, éducateurs et
autres fournisseurs de services publics - prennent les décisions
pertinentes à l’accomplissement de leurs missions professionnelles
respectives, mais sans recevoir à ce sujet de directives de l’État. Ils
traitent avec celui-ci et peuvent recevoir de lui un revenu ,
mais il ne leur paye qu’en sa qualité de commanditaire des
citoyens auxquels ces professionnels offrent leurs
services. Ils ne sont donc pas dans des
fonctions de gouvernance et ne sont pas des décideurs de l’État. Ils
peuvent et divent être des travailleurs autonomes.
L’État doit
favoriser un statut d’autonomie pour ces travailleurs de la santé, de
l’éducation et en partie pour ceux de la
justice. À certaines conditions, dont
nous discuterons ailleurs, il doit aussi susciter en eux un désir
d’entreprenariat et créer entre eux la concurrence qui donnera à
l’utilisateur de leurs services le véritable libre choix auquel il a
droit. .
Pierre
JC Allard
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