On punira les décideurs publics
corrompus, mais la punition appréhendée, toutefois, n'est pas le
meilleur incitatif pour garder les décideurs dans la voie de la vertu ;
rien ne rend un homme plus imperméable à la corruption que la
possession tranquille des moyens financiers de satisfaire ses désirs.
Un décideur riche et satisfait est un décideur bien difficile à
corrompre. L'hétéronomie qu'on exige des fonctionnaires a donc son prix
et la société ne doit pas rechigner à le payer. Elle le payera en deux
volets.
Le premier volet, c'est de combler le
décideur public. Le salaire des décideurs publics, nommés ou élus, doit
être doublé ou triplé ! Être un mandataire du peuple et
décider en son nom doit être le plus prestigieux des emplois et il doit
s'y rattacher un salaire exceptionnel. Les décideurs publics sont
aujourd'hui mal payés, puisqu'ils ne touchent pas, tant s'en faut, ce
que touchent les entrepreneurs et gestionnaires du secteur privé qui
décident de questions bien moins importantes et manipulent des fonds
bien moins considérables. Il faut que la rémunération des décideurs
responsables de l'État augmente de façon spectaculaire et que leur
enrichissement se fasse ailleurs que dans des comptes en Suisse.
Les
sommes nécessaires pour leur consentir ces salaires exceptionnels sont
insignifiantes en regard des budgets de l'État et tout avantage
financier raisonnable qu'on pourrait leur consentir est négligeable, si
on les compare au coût d'une seule mauvaise décision de
l'État. Pourquoi cette aberration d’un salaire minable à ceux
qui devraient être les mieux rémunérés ? Les décideurs publics ne sont
pas mal payés parce qu'on manque de moyens, mais à cause d'un vieux
fond de puritanisme qui voudrait laisser croire qu'ils sont
parfaitement désintéressés et ne veulent PAS s'enrichir. Cet angélisme
naïf est délétère pour la démocratie, car c'est une corruption rampante
et tolérée qui vient nous dire chaque jour que ce n'est pas vrai.
Il
faut cesser de croire qu'il est condamnable qu'un Ministre, qui gère 10
ou 20 milliards des fonds publics, touche une rémunération annuelle de
500 000 ou d'un million d'euros, alors que n'importe quel bon jouer de
foot ou acteur a belle gueule, est encouragé à en toucher encore plus.
Il n'y a rien d'inconvenant à ce que, durant son mandat, on assume pour
un décideur public des frais divers qui lui feront une vie de pacha. Il
mérite une vie de pacha. Il EST le pacha. Il faut que le décideur se
SENTE riche et soit satisfait. Il faut qu’il soit su qu’il est riche.
Ce qui est inconvenant, c'est que celui qui gère nos milliards n'ait
pas les moyens de boire les mêmes vins que le milliardaire qui veut
nous vendre des avions ou nous construire des autoroutes.
Le
deuxième volet, c'est de s'assurer que le décideur public ne pense qu'à
ça. Les décideurs publics ne doivent penser qu'à décider. Avant leur
entrée en fonction, ils devront donc présenter leur bilan et confier la
gestion de toutes leurs affaires, sans exception, à la Curatelle
publique, celle-ci désignant un curateur qui en assumera la
gestion de simple conservation, selon les normes qui s'appliquent à la
gestion du patrimoine des mineurs et autres incapables
Tous
les paiements que le décideur voudrait effectuer durant son mandat,
pour tout achat de nature privée qu'il souhaiterait faire malgré la
prise en charge quasi exhaustive de ses dépenses courantes par l'État -
dont le logement de fonction, la voiture de service, des frais de
représentations, etc. - le seront par le biais d'une carte de crédit
dite « Carte de fonction » qu'on lui remettra pour
la durée de son mandat et dont un bureau de l'État contrôlera les
transactions et le solde.
Non seulement le
décideur public ne fera pas des affaires, mais il n'effectuera même
aucune transaction financière personnelle. Toute transaction qu'il
ferait sans passer par sa Carte de fonction serait nulle.
Toute tentative qu'il ferait sciemment pour effectuer une telle
transaction serait une présomption de corruption et un acte criminel
assimilable à une fraude. Durant le cours de son mandat, hors l'usage
de sa Carte de fonction, le décideur public, pour les fins de la
gestion de ses affaires personnelles est juridiquement un incapable. Le
crédit qui lui est accessible sur cette carte est égal à sa
rémunération totale pour la durée prévue de son mandat. Une assurance
couvre le risque que son mandat soit interrompu.
Ce
n'est que lorsqu'il terminera son mandat que le décideur public
acquittera les sommes imputées à sa carte de crédit de fonction. Compte
tenu de son salaire très confortable et de la part de ses dépenses dont
l'État aura pris charge, le montant qu'on lui réclamera sera
relativement modeste. Ce montant sera déduit de son salaire, car son
salaire, bien sûr, ne lui sera remis que lorsqu'il aura terminé son
manda et c’est alors qu’il pourra profiter pleinement à son
gré de la richesse qu'il aura méritée.
Le décideur
public dont le mandat se termine retrouve, avec tous ses droits, son
patrimoine en l'état ou il l'a laissé au début de son mandat, augmenté
du montant de son salaire accumulé, moins les avances qu’on lui aura
accordées sur sa carte de fonction. Un accroissement qui
devrait représenter une somme du même ordre de grandeur que celle qu'il
aurait pu accumuler s'il avait, durant ses années de services, consacré
son talent à ses affaires plutôt qu'à la chose publique.
Au
cours des années qui suivront, des contrôles seront faits
périodiquement de ses avoirs, afin de vérifier que n'y apparaissent pas
des montants dont la provenance pourrait être liée à des opérations
réalisées durant la période de son mandat. Dans le doute, il y aura
enquête. S'il y a eu des gestes indélicats, la justice suivra son
cours. Il faudra être sans pitié.
Il ne faut pas
hésiter à faire de la gestion publique une profession enviable. Si l'on
accepte d'enrichir raisonnablement et honnêtement ceux qui nous
gouvernent, il est absolument hors de doute que l'État et nous tous y
gagnerons. On ne leur donnera jamais, tous ensemble, autant que ce que
peuvent voler et surtout nous faire perdre ceux qui ne résistent pas à
la corruption.
Pierre
JC Allard
Vous
pouvez maintenant commenter cet article au BLOG
Nouvelle Société !
(Cliquer ici).