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Le consommateur au pouvoir


 


C’est pour le consommateur qu’on produit et sa satisfaction est évidemment la raison d’être de la production. Or, on a frotté la lampe de la technologie et on a une société "géniale", mais Aladin, aujourd’hui, doit encore prendre ce qu’on lui donne.  Ctte soumission de la demande à l’offre dans un contexte de production industrielle est une grande source de frustration. C’est une inversion du rapport de force normal qui devrait  exister entre l’offre et la demande qui amplifie la  perception de pauvreté que projette le système, même quand celui-ci livre l’abondance. Une perversion qui entraîne par compensation le gaspillage éhonté des ressources et nous conduit à une autre pauvreté bien réelle, celle-la.

Une Nouvelle Société veut  remplacer la subordination de la demande à l’offre, propre à une société industrielle, par une adaptation de plus en plus précise et donc de plus en plus satisfaisante de l’offre à la demande.  On pose pour principe qu’un service n’est vraiment bien rendu que si, par-delà la simple atteinte de ses conditions objectives de réussite, il aboutit à  la satisfaction de celui  qui le reçoit.  Or, dans un système de production où les connaissances se multiplient, le consommateur qui présente  une demande un peu complexe ne peut recevoir une réponse optimale à sa requête que si interviennent divers spécialistes.   Il  faut donc une nouvelle structure d’encadrement de la production.  

Quand Aladin demande : «  exactement ce qu’il veut », son rêve n’est pas totalement chimérique, mais il est bien ambitieux. On comprend que, pour satisfaire ses demandes sur mesure et le faire a la hauteur de tout ce que la technologie rend possible, il faut  relever le défi d’identifier précisément toutes les connaissances et donc toutes les compétences dont nous disposons comme collectivité.  Il faut en chaque cas scinder en leurs composantes les demandes d’Aladin – dont chacune constitue en quelque sorte un « projet » - puis combiner comme  il se doit toutes les expertises complémentaires indispensables qui, ensemble, peuvent permettre la réalisation de chacun de ces  projets et lui donner satisfaction.

L’offre ne peut répondre à la demande que si on fait une multitude de combinaisons et de synthèse des éléments de la production.   Dans une structure industrielle, ces combinaisons et ces synthèses sont faites au niveau de l’offre, parce que c’est le capital qui sert de ciment.  Le produit offert est déjà une synthèse.  Le producteur produit, gère ses stocks et pousse férocement par la publicité à la consommation de ce qu’il peut offrir.  Mais si c’est la demande qui doit être au pouvoir, c’est le consommateur qui doit déterminer la forme des produits. C’est un tout autre défi.

Tout le système de production va donc se structurer par projets. Un projet est constitué  pour une durée précise et il se définit par un but et des objectifs intermédiaires, quantitatifs et qualitatifs. L’horizon est fixé  en tenant compte de la durée réaliste d’amortissement du capital fixe qu’on y investit ; les équipements sont acquis avec ce terme en vue et leur amortissement est établi sur cette période. 

C’est en fonction de cet horizon réaliste que les marges de profits sont estimées et non en supposant que des astuces publicitaires ou réglementaires  permettront d’en poursuivre indéfiniment la rentabilisation.  Elles sont donc établies avec un œil  sur le  moment de l’apparition probable d’un substitut permettant une production plus rentable ou plus conforme aux désirs de consommateurs, ce qui signifiera alors la mise au rancart de cet équipement devenu suranné, avec une provision le cas échéant pour une valeur résiduelle.

Le financier investisseur – celui qui, en dernier ressort, fait que l’on produit ou qu’on ne produit pas - préfère de beaucoup le risque d’un « projet ».  Un projet avec son début et sa fin, son plan  bien précis, toutes ses ressources  bien identifiées, ses amortissements déjà pris en compte  et son profit  prévu avec la marge d’erreur qu’on juge acceptable.  C’est cette structure par projets, aussi, qui correspond le mieux  à la nécessitè d’introduire l’entrepreneuriat pour tous, à tous les niveaux de la production.  Seul produire par projets  permet de donner à Aladin ces biens et services sur mesure dont il rêve.

Lorsqu'on souhaite une nouvelle structure de production adaptée à cette exigence, il faut penser à une structure modulaire dans laquelle il y a des myriades de travailleurs autonomes et de petites entreprises, celles-ci étant en fait des équipes de travail dont les équipiers normalement seront moins de 12 et jamais plus de 30 et qui vont se rassembler dans le cadre de « projets ».  Il y a un promoteur qui prend l'initiative d’un projet – un but, des ressources, un plan – réunit les ressources, leur fait accepter son plan, puis voit à ce que le but soit atteint .

La façon usuelle de procéder sera que tout ce qui doit être fait soit confié à un entrepreneur, qui  lui-même le répartira
par larges pans  dont il donnera la responsabilité en sous-traitance à d'autres entrepreneurs, qui eux-mêmes en feront autant. C'est une structure gigogne uussi complexe que chaque situation l’exige qui va travailler à la réalisation des projets.

Des investisseurs assurent le financement de base du projet tout entier, mais tout ou partie de la responsabilité financière pour chaque composante du projets doit être assumée à chaque palier par ceux qui l’exécutent.  À chaque niveau, il doit donc y avoir accord entre ceux qui financent et ceux qui travaillent, ce qui en fait conjointement les décideurs de tout ce qui est fait, chacun dans la sphère de sa compétence. La distribution des profits est éparpillée à travers toute la structure, tel que les participants en ont convenu. 

Dans cette optique, le système de production cesse d’être une collection de grandes entreprises permanentes pour devenir un réseau dynamique de projets de durées variables, mais déterminées, réalisés par des structures temporaires agencées par des entrepreneurs avec l’appui de financiers et auxquelles sont jointes pour le temps requis les ressources nécessaires.

En devenant modulaire, la structure de production permet que non seulement l’équipement, mais tous les facteurs de la production soient optimisés. Les ressources natuelles sont identifiées et leur disponibilié assurer avant que le projet ne débute. Les ressources humaines sont mises sous contrat pour la durée du projet, ou mieux, pour la durée du segment du projet où leur participation est utile. La production par projet est motivante, favorise la concurrence et est souverainement efficace.

Une Nouvelle Société peut ainsi donner  le pouvoir au consommateur. Aladin  peut alors frotter la lampe et demander ce qu’il veut.  Complexe ?  Oui, mais est-ce plus complexe que de mettre en scène mille figurants ?  Ou que de mettre un homme sur la Lune ?





Pierre JC Allard



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