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L’invitation au voyage


 



Il y a un nombre grandissant des travailleurs dont leur employeur ne veut plus comme salariés, parce que leur performance dépend d'une motivation que le salariat ne peut leur donner. Leur licenciement ne crée pas de catastrophe. Le salarié pour qui l'on choisit l'autonomie ne démissionne pas de la société, ni n'en est exclu ; il change de place.  Ceci ne signifie pas, toutefois, que cette façon cavalière de s’en séparer soit la meilleure. Le système de production d'une Nouvelle Société, plutôt que de congédier ses salariés, 
préfère donc les inviter poliment à se déplacer.

Pour certains – professionnels à compétence olympienne, vendeurs ambitieux et débordant d’énergie , artisans rêvant d’avoir pignon sur rue - la décision est prise avec enthousiasme.  Il en est, toutefois, dont on ne peut faire sur le champ des travailleurs autonomes utiles, parce que leur expertise est trop limitée ou qu'ils ne sont pas psychologiquement prêts à assumer de bon gré le statut de travailleurs autonomes.
 
Le salarié que l'on veut persuader de prendre la voie de l'autonomie peut ne pas se sentir assez sûr le lui pour partir en pèlerin solitaire. Il doit alors pouvoir s'initier au voyage par étapes, voyager en groupe...  Il peut y avoir des étapes entre le salariat et l'autonomie.  On peut travailler en équipes
se formant pas affinités.. Il peut y avoir la sous-traitance.

Aujourd’hui, la sous-traitance a bien mauvaise presse. Proposer la sous-traitance, c’est évoquer l’image d’une entreprise qui jette ses employés à la rue et confie l'exécution des tâches qui leur incombaient à une nouvelle entreprise, laquelle embauche de nouveaux travailleurs pour faire le même travail à des conditions moins avantageuses.  Cette approche est non seulement disgracieuse, mais elle a le démérite technique de balayer du revers de la main toute l'expérience que les anciens travailleurs ont pu accumuler. 

Cette sous-traitance suppose des postes de travail dont la qualification est nulle ou négligeable et n'est applicable que si les nouveaux travailleurs pressentis sont disponibles à rabais. 
On ne parle pas de ce type de sous traitance dans une Nouvelle Société, car les postes de travail dont la qualification est nulle seront occupés par des machines et toute expérience valable est désormais, analysée et valorisée.  Avec le revenu garanti,  un « travailleur à rabais » ne peut être qu’un travailleur venant chercher une rémunération d’appoint « en parallèle»  à son emploi, ce qui est une tout autre dynamique sociale. 

La  sous-traitance dont nous parlons ici est celle qui implique essentiellement les travailleurs de l'entreprise elle-même et ne fait  que modifier leur statut de salariés. Correctement gérée, elle est une étape vers l'autonomie et la responsabilisation, donc vers l'efficacité, le respect de tous les acteurs économiques et une plus grande richesse collective. Elle est une invitation au voyage

L'entreprise qui ne veut plus de ses salariés, mais qui a toujours besoin de leur apport et ne veut pas carrément les congédier  peut, dans le cadre d'un contrat de sous-traitance, transporter leur contrat de travail à une autre entreprise qui assumera la responsabilité de leurs tâches, mais elle peut aussi, bien plus efficacement, les inciter  à  se constituer eux-mêmes en compagnie et leur donner ce mandat de sous-traitance aux conditions dont ils conviendront . En utilisant cette approche, elle n'a plus à les mettre à la porte; elle les lance simplement en affaires

Le travailleur salarié dont les services ne sont plus requis par son employeur, mais qui est mis sous contrat par une entreprise sous-traitante, ne devient pas un travailleur autonome. Il semble, à prime abord, que la sous-traitance ne fasse que déplacer le problème du travailleur mal-aimé ou parfois l'aggraver. Pourquoi parler de la sous-traitance comme d'une étape vers l'autonomie ?

Parce que ce faisant, l’entreprise qui sous traite à des conditions acceptables un contrat à ses employés les invite à un tour guidé, une excursion qui est une incursion dans le pays de l'autonomie, pour que le travailleur apprenne y circuler à l'aise avant qu’il n'y aménage en permanence. La sous-traitance vers les employés eux-mêmes n'équivaut pas une simple translation du travailleur vers un nouvel employeur : elle est la première étape d'un procédé essentiellement itératif.  La logique de la sous-traitance, en effet, lorsque celle-ci a été mise en mouvement, conduit nécessairementà une analyse périodique de la mission et des schèmes de production de l'entreprise sous-traitante comme de l'entreprise-mère et à des sous-traitances en cascades pour obtenir un rendement optimal.

Ces sous-traitances successives tendent à amener par étapes les entreprises à la taille idéale où l'autonomie du groupe et un sentiment d'appartenance peuvent émuler les avantages motivationnels de l'autonomie de l'individu.  La taille où tous les participants, ou au moins une majorité croissante d'entre eux, peuvent devenir des partenaires dans l'entreprise sous-traitante. Devenir des travailleurs autonomes et des entrepreneurs.

Le pari est que la productivité des travailleurs réunis dans une compagnie qui leur appartient et dont ils assurent la gestion augmentera suffisamment pour que, simultanément, la rémunération horaire des travailleurs puisse être plus élevée, alors que le coût unitaire des produits/services sera plus bas pour l'entreprise, permettant d’offrir les bien et services à meilleur coût au consommateur.  C’est ça la voie de l’abondance.  Les expériences de cogestion réalisées un peu partout dans le monde laissent penser que ce résultat est non seulement possible, mais probable.

La proposition de sous-traitance de l'entreprise à ses salariés est une invitation à un grand voyage. Dans une Nouvelle Société, le système de production doit reproduire, de haut en bas, par la sous-traitance, l'image des fractales de Mandelbrot dont nous avons appris qu'ainsi se configurent toutes les structures organiques. La sous-traitance est déjà en marche comme alternative privilégiée à l'emploi traditionnel et elle va déferler comme un raz-de-marée sur tous les secteurs de la production




Pierre JC Allard



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