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Les réticents


 


Supprimer le travail inutile est la partie facile du passage à l’autonomie. Le vrai défi, c’est de réaménager le travail utile pour qu’il le soit davantage. C’est ce que ne permet pas le système de salariat. Pour garantir la sécurité financière du travailleur, on a mis en place un structure rigide de droits acquis et d’exigences légalistes reposant sur des ententes qui se veulent aussi à long terme que possible, alors que la production dont nous avons besoin – qui est surtout désormais une production de services – n’est possible que dans une structure fluide, avec des ententes souples pour répondre à des exigences changeantes.   On ne doit reconnaître qu’un seul droit acquis au travailleur : celui de son revenu garanti, conforme à sa qualification.

La production n’est optimisée que si les travailleurs sont parfaitement mobiles et leurs fonctions malléables. La rémunération du travailleur doit tenir compte de cette exigence de parfaite plasticité ; le prix peut en être négocié, mais l ‘exigence même, non.  Rendre les travailleurs autonomes ne veut donc pas dire nécessairement s’en dispenser ; souvent, c’est seulement leur statut qu’il faut changer, pour que dans le respect des ententes contractuelles auxquelles ils auront consenti, leurs fonctions puissent être modifiées facilement par quiconque acquiert leur travail.

L’autonomie n’est pas le refus d’obéir à des règles, mais la liberté de choisir à quelles conditions on le fera, le refus n’en étant que le cas limite, rare et fondamentalement improductif .  Le travailleur qui n’est lié à  un employeur que par une entente contractuelle à durée fixe dont il a déterminé lui-même les conditions est un travailleur autonome.  Son employeur est l’acheteur de ses services : son client.

Avec les contraintes qu’impose l‘État et les concordats avec les syndicats,
peut-on sérieusement prétendre que la main-d’oeuvre qu’utilise aujourd’hui une entreprise soit toujours le reflet exact de ce que l’entrepreneur voudrait qu’elle soit ?  On en est loin !  Or, une société n'est vraimnet  entrepreneuriale que si l’on n’impose pas à l’entrepreneur ces contraintes ; dans  les conditions actuelles, on ne peut pas juger de l’efficacité d’aucun entrepreneur, ni de celle du système lui-même.

On doit rétablir pour l’entrepreneur
un droit de gérance beaucoup plus ample - et c'est l'une des faces de la médaille autonomie - mais comment rendre une masse de travailleurs autonome et le mettre à la bonne placemettre  sans compromettre les principes d’une societe de droit et d’équité et dans le respect des doits acquis, particulièrement, ceux des plus faibles ?  

Ne pensons pas  que les entreprises pourront simplement congédier tous leurs  employés et ne réembaucher que ceux dont elles ont besoin.    Cette approche de confrontation serait vexatoire et, de toute façon, ce ne sont pas les postes qu’on aurait ainsi rendus vacants  qu’il faudrait combler par des travailleurs autonomes.
Ce sont d'autres postes qui naitront alors, dont on ne pourra faire la description et cumprendre les exigences que lorsque aura été mise en place la nouvelle structure. Or, pas plus qu'on ne peut qu’arrêter la Terre de tourner, on ne peut 
mettre le système de production hors service le temps d’y effectuer des réparations 

Il va falloir procéder progressivement et de façon consensuelle, utilisant l’argument massue du revenu garanti pour obtenir de chacun qu’il renonce à son emploi en considération des conditions avantageuses qu’on lui offre pour accepter  la  rupture de son contrat de travail.  Qui va accepter ?   Tous ceux pour qui le marché est en expansion, puisqu’ils ne risquent rien, leur revenu étant garanti, mais peuvent gagner beaucoup à un réajustement de leur rémunération qui tienne compte de la demande et puisse augmenter  en fonction de leurs efforts individuels. Il suffit, pour obtenir leur acquiescement, que leur décision soit libre et qu’on ne permette donc pas à des corps constitués d’intervenir pour les manipuler .

Qui pourrait ne pas accepter l’autonomie ?  En principe, seront d’abord réticents ceux à qui leur avenir  n’apparaît pas prometteur dans un marché ouvert.  Qui sont-ils ? Quelles sont les grandes cohortes de travailleurs dont on peut prévoir que, par simple réflèxe, ils diront non et refuseront  l’autonomie ? Les plus mal-aimés, bien sûr… 

D’abord, prévoyons trouver  dans le camp du « non » ceux dont la formation a été incomplète.  Un nouveau système de production prévoit donc l’affectation automatique à une formation de son choix, parmi celles pour lesquelles il existe une demande, de ceux dont on ne considère pas que leur compétence actuelle puisse  trouver preneur à brève échéance sur le marché du travail. 

Dans une Nouvelle Société,
le recyclage n’est pas une disgrâce:  TOUT LE MONDE Y PASSE.  Les professionnels les plus valorisés sont même tenus - on le verra ailleurs -  de remettre leur compétence  à jour à tous les 5 ans !  Notons aussi le revenu du travailleur demeure inchangé durant son affectation à une formation et que, s’il l’a poursuivie avec succès et est certifié  à une catégorie professionnelle dont la rémunération est supérieure, ce evenu AUGMENTE après cette formation,

Les travailleurs âgés aussi hésiteront, mais deux (2) facteurs nouveaux entrent en jeu.  D’abord, tout le monde désormais a droit, à l’âge fixé par le contrat social, à un revenu annuel de pension qui soit un pourcentage déterminé  par le consensus social de ses gains en carriêre.  Ensuite, personne n’est obligé de prendre sa retraite et donc de passer de son revenu professionnel  garanti complet à cette pension qui n’en équivaut qu’à une portion, à moins qu’un contrôle médical corroboré  ne le déclare incapable d’assumer les obligations qui découlent de l’exercice de sa profession. 

Dernier argument, enfin, le travail « parallèle », reste accessible à tous et en tout temps et n’est pas touché par le changement de statut du travailleur qui devient autonome.  Il lui devient au contraire désormais permis, même si son contrat de travail salarié le lui interdisait auparavant ! Ceux qui refuseront le passage à l'autonomie
auront bien tort et il seconvaincront peu à peu de l'accepter.

Ceux qu’il sera plus difficile de persuader, ce sont ceux dont la compétence est si intimement liée à un poste de travail que le poste n’existe pas sans eux… et que, sans le poste, ils ne sont plus très sûrs d'avoir encore une raison d'être en production….  Il faut voir de plus prés cette problématique bien particulière.




Pierre JC Allard



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