25

La grande mise à pied


 


Apres les volontaires, les conscrits….Quand l’employeur ne souhaite rien tant que de rendre son employé autonome, la marche vers l’autonomie peut ressembler beaucoup à une grande mise à pied.  Une énorme mise à pied, car ces travailleurs au statut mal-aimé représentent le plus clair des effectifs de la main-d’œuvre. L’autonomie, de gré ou de force.  Pour ceux qui ne le veulent pas, on commencera par licencier les plus inutiles, suivront ceux qu’on peut le plus aisément convaincre et on terminera par ceux qui n’ont rien à y gagner, mais dont on verra tout de même à ce qu’ils n’y perdent rien.

D’abord, les inutiles… Il y a, dans le système de production, surtout dans le primaire subventionné, le secondaire syndiqué, et le tertiaire public,  des  pseudo activités qui sous-tendent des emplois dont la contribution à une production utile est nulle. Ce sont celles dont l’exécution des tâches ne demande ni créativité, ni initiative, ni capacité d’interaction. 

Pas de créativité, car ces tâches  sont partie d’un puzzle  qui est le résultat de négociations antérieures, souvent bien anciennes, qui font de chacune la comparse de sa voisine pour une échange rituel de papier et que l’originalité y serait  souvent une source de confusion.  Pas de contacts relationnels significatifs, car le rapport d’action est aux choses, pas aux personnes, ce dernier contact se limitant aux échanges avec les collègues croisés à l’abreuvoir.  Pas d’initiative réelle, non plus, puisqu’il ne s’agit que d’appliquer des décisions prises à un niveau supérieur, ou pire, à la simple transmission ne varietur de ces décisions.

Ces activités sont inutiles, car même si elles servent une fin quelconque elles sont complètement programmables.  Le seuil de rentabilité justifiant leur programmation peut ne pas avoir été atteint, indiquant alors que les salariés qui s’en occupent sont mal payés, mais il le sera tôt ou tard.  Ces activités seront une à une programmées et les travailleurs qui s’y emploient, devenus visiblement superflus, passeront  de l’emploi qu’ils occupaient et qu’on va programmer à un autre qui ne l’est pas encore. Les travailleurs seront ainsi mus par des forces extérieures, jusqu’à ce qu’une solution permanente ait été trouvée qui leur redonnera une utilité réelle dans le système de production.

Malgré la rationalisation  qu’a apportée l’automation, il  reste encore de ces activités inutiles.  Quelques-unes au secteur secondaire,  beaucoup au secteur tertiaire.   Elles ne demandent qu’à disparaître.  Elles sont encore nombreuses dans les très petites entreprises, où l’on n’a pas encore débusqué leur superfluité. Il y en a surtout dans les grandes entreprises, où on les conserve pour  respecter des ententes syndicales.  C’est le cas historique bien connu, légendaire, du « troisième homme » dans la locomotive diesel.

L’État encourage souvent encore le maintien de ces pseudo-activités, pour garder un simulacre de plein emploi qui lui procure des avantages politiques à courte vue.  Dans un régime de revenu garanti, où l’employeur n’est tenu d’employer que selon ses besoins et où l’employé ne souffre pas préjudice matériel de son licenciement, toutefois, ces activités vont disparaître presque sans délai.  Le temps de remettre un papier, d’offrir un verre et une montre en or. On connaît déjà un grand nombre de ces activités totalement programmables  qui sont en sursis et l’on en trouve d’autres tous les jours ; peu à peu elles disparaîtront.

Que deviennent les travailleurs « inutiles » ?  Nous voyons plus loin la situation de ceux qui poursuivent leur travail autrement et dont seul le statut va changer ;  nous parlons ici  de ceux dont la fonction même disparaît.  Nous avons vu ailleurs comment des postes de travail se scindent pour
donner naissance d’une part en activités programmées et, d’autre part, à une ou plusieurs nouvelles activités inprogrammables vraiment productives. Les pseudo activités sont celles dont le modulo est 0, si on peut dire, celles dont après qu'on en a réparti  le contenu programmable entre divers programmes, le reliquat inprogrammable est nul.

Où vont les travailleurs chassés de ce pseudo travail ? Si aucun nouveau poste inprogrammable n’est créé, peut-on parler quant même de marche vers l'autonomie ? Oui, et cette répartition entre activités programmées dont il ne reste rien pour un travailleur en estune étape importante. N'oublions pas que nous sommes en régime de plein emploi universel et de revenu garanti ; les travailleurs déplacés qui ne trouvent pas immédiatement un travail inprogrammable et leur apportant un statut d'autonomie sont affectés ailleurs, à un travail salarié ayant encore une certaine utilité puisqu’il a été provisoirement maintenu….

Il est probable  que ce poste à son tour soit programmé et que le travailleur passe en transit par d'autres postes de pseudo-activité. Fastidieux ? S’il s’en lasse, une formation courte - durant laquelle son revenu demeurera  inchangé - le conduira à une affectation utile dans une société tertiaire où la demande pour la compétence est toujours supérieure à l’offre puisqu’elle est infinie.  Nos désirs ne seront JAMAIS satisfait.

Le travailleur en transit ou en formation vivra cette transition  sans anxiété, car c’est l’absence de revenu garanti qui créait l’anxiété.   Évacuer les travailleurs des postes de pseudo-activite  est simplement réaliser de façon humaine la dernière phase d'une démarche qui a marqué toute l'industrialisation et a été conduite avec une bien plus grande brutalité. On retrouvera en bout de piste les travailleurs autonomes dont nous avons besoin.

La grande mise à pied est en marche et elle supprimera tous les emplois inutiles. Les employeurs voudront même supprimer tous les emplois qui leur SEMBLERONT inutiles. Il faudra donc être vigilant, car l’employeur qui ne demande qu'à se débarrasser de ses salariés trouve toujours une façon de dire qu'ils ont la galle et trouve aussi des expédients pour le faire.  Il va falloir poser des limites aux mises à pied…

Vraiment ?  N’avons-nous pas dit qu’il ne devrait exister aucune contrainte au licenciement ? Dans un système de garantie universelle du revenu, en effet, il n’y a pas de raison de faire obstacle au licenciement, lequel n’a plus d’effet tragique pour le travailleur. Mais licencier un travailleur est une chose, supprimer un service est une autre affaire… Ce n'est plus le travailleur, mais le consommateur qui  peut être lésé par les mises à pied qui mettent fin à la fourniture d'un service, car les entreprises qui décident de le faire n’ont pas toujours la même vision que les consommateurs de ce qui est utile.



Pierre JC Allard



Vous pouvez maintenant commenter cet article au BLOG Nouvelle Société ! (Cliquer ici).



SUITE

Index Section PR

Accueil

Index général

Mesurez votre audience

1