20

L’autonomie spontanée


 


L’autonomie apparaît d’abord spontanément, quand  la nature du travail inprogrammable l’exige. Chaque tâche, de par sa nature, est programmable ou ne l’est pas, mais le marché du travail s’est constitué en fonctions traditionnelles où se mêlent ce qui peut être programmé et ce qui ne peut pas l'être. C’est en prenant conscience de ce qui peut l’être qu’on découvre par étapes successives, dans tout travail, la part qui en est inprogrammable. Ainsi, comme le disait Rodin, qu’on fait une statue en « enlevant ce qu’il y a de trop »

Les postes de travail qui composent la maquette de la structure globale de production sont des regroupements d’opportunité qui répondent aux préférences des employeurs, tout en respectant les exigences de la production.  On peut les dire « inprogrammables », mais ils sont, la plupart du temps,  partiellement programmables et en voie d’être
« programmés » .  Ils sont plus ou moins « taylorisés », selon la manière dont l’homme et la machine  se répartissent le travail. Il  y a  donc des degrés dans l’autonomie que chaque fonction  exige.  Des degrés  non seulement dans la liberté plus ou moins totale qu’on doit permettre à chaque travailleur, mais aussi dans la  nécessité de la lui accorder.

Toute programmation de sa production rend le produit moins coûteux, plus accessible et est un gain pour la collectivité.  La production est donc en marche vers une plus grande programmation et une plus grande autonomie des travailleurs devient inévitable.   Leur liberté, en effet, croit avec la programmation, puisque chaque nouvelle composante du poste qui est reléguée aux machines en fait apparaître plus clairement  les aspects qui ne peuvent pas l’être.    Plus les machines s’installent, plus apparaît inprogrammable le reliquat non-programmé des activités… et plus se manifeste le besoin d’autonomie de ceux qui font ce que les machines ne font pas.

En acceptant toute programmation que l’efficacité suggère, on fait le choix le plus judicieux et, simultanément, on voit s’acccroître  l’autonomie nécessaire des ressources humaines impliquées.  On peut prévoir l’évolution  de cette marche vers l’autonomie.  On peut donc mieux orienter la formation  des ressources  humaines et faciliter du même coup le cheminement vers la spécialisation dont dépend l’enrichissement progressif de la société.  

Certaines activités exigent une plus grande autonomie, mais quel que soit le degré d’autonomie qu’exige aujourd’hui une activité, on peut être certain que, si cette autonomie n’est pas totale. elle tendra à augmenter. L’autonomie requise pour l’exécution optimale de chaque activité de la maquette de production des services augmentera au rythme des progrès de la technologie qui permettront la programmation de ses divers aspects encore non-programmés. Cette tendance est irréversible.

Cette tendance donne continuellement naissance à de nouvelles activités taylorisées, quasi–programmées, dans lesquelles des travailleurs, n’interviennnent que minimalement en attendant que l’automation  permette de s’en dispenser.  Chaque fois qu’une activité traditionnelle arrive en bout du cycle de taylorisation et est définitivement programmée,  on peut dire qu’elle cesse d’exister comme  poste de travail.   Il en naît cependant une nouvelle activité, radicalement transformée  dans ses exigences, qui est celle de départ libérée de ses aspects désormais programmés.   Cette nouvelle activité, par construction, est inprogrammable dans l’état actuel des techniques.  Elle semble reposer sur des facteurs exclusivement humains … et exige une plus grande autonomie.

La marche des travailleurs vers l’autonomie suit donc avant tout le rythme de la  programmation successive de certains des aspects des activités encore non-programmées.  Pour l’avenir prévisible, ce phénomène crée une rétroaction positive.  Toute programmation crée une nouvelle situation elle-même en mouvance vers plus d’autonomie, puisque la nouvelle activité  que constitue le reliquat inprogrammable ainsi épuré peut aller plus loin dans la créativité, l’initiative et les aspects relationnels qu’elle implique et qui répondent à ses objectifs fondamentaux. 

La nouvelle activité peut aller plus loin, jusqu’à ce que la croissance exponentielle des connaissances la confronte à son tour aux limites  du "cerveau cro-magnon".  "  Elle tend alors à se scinder  pour que chaque nouvelle  « spécialité-fille »  en émanant puisse se consacrer à approfondir  une partie seulement des connaissances plus pointues que sa libération des éléments programmés avait permis à la spécialité-mère d’absorber.

On peut ramener ici l’image des petits protozoaires scissipares, mais on peut aussi simplement constater que c’est bien ainsi que la science évolue depuis des siècles, de filiations en filiations, au rythme des instruments qu’on lui donne et de la croissance des effectifs et des temps de formation qu’on y consacre, en s’appuyant, surtout, sur le corpus grandissant qui lui sert de base et dont l’expansion se ramifie.

On ne peut rationaliser notre quête incessante de la connaissance et la croissance arborescente de la science en rentabilisant nos découvertes, que si on encourage une « scissiparité » correspondante  au palier de l’application de ce qui a été découvert.  Dans la mesure où on le fait, on dégage progressivement la composante inprogrammable de chaque activité de sa gangue de tâches répétitives que la machine prend en charge.  On  crée ainsi une situation où augmente ce besoin  d’une plus grande autonomie que requièrent la créativité, l’initiative et une insistance croissante sur les aspects relationnels de chaque fonction.

Cette spécialisation conduit à une situation où l’autonomie doit être totale, puisque  le travail ne peut plus être jugé qu’à ses résultats. C’est la situation que l’on a depuis longtemps acceptée pour les professions « libérales ».  C’est surtout de ce type de travailleurs littéralement "hors pairs" qu’a besoin la structure de production d’une Nouvelle Société. Avec l’évolution de l’économie tertiaire, le  nombre augmentera constamment des activités qui reflèteront ce cadre de travail inspiré ds carrières libérales.

Une totale autonomie peut et doit mener  à la plénitude de l’entreprenariat. Tout travailleur autonome est un entrepreneur, dès que la rémunération de son travail est liée directement au volume et à la qualité de sa production. Une qualité qui, dans une économie de services, ne se mesure pas seulement selon des critères objectifs, mais tout autant ou même plus à la satisfaction du client.

Le nombre de ceux qui travailleront dans cette autonomie totale s’élargira  constamment, et spontanément, pour trois (3) raisons.  Premièrement, parce que c’est ce statut qui convient le mieux au travailleur et suscite en lui la plus grande motivation ; deuxièmement, parce que le processus de certification professionnelle qui sera mis en place dans
Nouvelle Société multipliera le nombre des activités où elle peut s’appliquer; enfin, parce que la sécurité de revenu qu’offrira cette Nouvelle Société incitera de plus en plus de travailleurs à prendre le risque devenu bien léger de cette totale autonomie.



Pierre JC Allard



Vous pouvez maintenant commenter cet article au BLOG Nouvelle Société ! (Cliquer ici).



SUITE

Index Section PR

Accueil

Index général

Mesurez votre audience

1