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Hop, au travail… !


 


 Pour des raisons économiques comme sociales, il faut se  partager le travail.

Économiquement parlant, le ratio du temps d’une formation au temps d’utilisation de cette formation est l’une des variables qui en détermine la rentabilité.  Il est clair qu’il est plus productif de mettre 6 mois à apprendre ce que l’on utilisera pendant 6 ans que l’inverse.  Or, pour la majorité des formations, ce ratio aujourd’hui se détériore.  Non seulement parce que le simple volume cognitif à acquérir  pour chaque profession  augmente et va sans cesse augmenter - à moins que la science ne cesse ses recherches ou que la société ne renonce à en tirer profit, ce qui serait inattendu et bien décevant – mais parce que la période d’utilité d’une formation professionnelle avant qu’elle ne devienne désuète ne peut elle-même que diminuer au rythme où s’accélère le progrès technologique. 
 
Considérant que les temps et les coûts de la formation vont augmenter  - et que pendant que les étudiants sont en formation, ils sont un « capital fixe » en devenir  mais qui ne produit pas - il est de plus en plus rentable, lorsque l’étudiant a acquis une compétence utilisable, de le mettre sur le marché du travail au plus tôt, afin qu’il l’applique avant qu’elle ne devienne désuète.  Cela, sous réserve de le ramener en formation de façon périodique et, au plus tard, quand sa compétence acquise ne trouvera plus preneur. 

Rien ici de bien surprenant : ce sont les arguments traditionnels au soutien de l’éducation permanente et de la formation continue.  Ces arguments et les principes qu’ils défendent ne sont pas nouveaux, il  y a des décennies qu’on en discute, mais on n’en a jamais tiré les conclusions logiques et l’on n’en a donc jamais tenu compte pour la préparation de la maquette des programmes.  On en est maintenant arrivé au seuil de complexité  - et à une augmentation  incontrôlable des coûts de formation - qui imposent qu’on le fasse.

Dans une économie de haute technicité, les connaissances générales ne servent que de prérequis et de discriminants culturels. Elles sont essentielles, mais concrètement ce sont les connaissances pointues, spécifiques, qui sont utilisées et la pertinence de celles-ci est de plus en plus éphémère. Il n’est donc plus  rentable d’imposer au travailleur une longue et unique période d’apprentissage, suivie d’une longue période d’application.  Au contraire, au-delà d’un tronc commun réduit à son strict essentiel, la compétence doit être acquise par petites unités modulaires, préférablement intercalées dans le système de production lui-même et le coût cette formation doit être rapidement amorti par une mise en application.

Ce critère économique suggère des temps de formation plus courts et des spécialités reconnues par certification dont le champ soit beaucoup plus restreint que celui des professions que nous reconnaissons aujourd’hui, ne correspondant plus qu’à une partie des corpus professionnels actuels dont on les aura extraits. Les professions traditionnelles doivent être scindées en leurs composantes qui deviendront complémentaires.

Cette exigence milite en faveur de maximiser non seulement l’externalisation de la mémoire au palier de l’éducation, mais aussi l’externalisation, au palier de la production même, de la synthèse qui doit être faite des compétences acquises. C’est d’une équipe de spécialistes complémentaires  - et non plus d’un seul expert présumé omniscient – qu’il faut exiger la somme des compétences requises pour résoudre les problèmes complexes que pose un monde de haute technicité.   Au Moyen-âge, Pic de la Mirandole prétendait tout savoir ; aujourd’hui, nul ne peut connaître plus qu’une infime parcelle du savoir. Le Moyen-âge est fini.

Sur le plan social, il faut ramener tout le monde au travail, sans quoi  le phénomène de l’exclusion  fera basculer la majorité effective dans le camp de ceux qui veulent détruire la société et ils y parviendront. Ceci ne découle pas de considérations de justice et d’éthique, mais est une fatalité qui résulte d’un simple rapport de force.

Il existe aujourd’hui des pays entiers dont l’apport au reste de la planète est nul ou négatif, puisque la valeur produite par le travail qui y est accompli n’atteint pas, aux prix du marché international, la valeur, des biens de simple subsistance qui y sont consommés.   Même dans les pays développés, sous diverses appellations de chômage et de «non-participation » politiquement correctes, de 20 à 25% des « travailleurs », ne travaillent pas. Dans une société globale où tous les besoins  et les désirs que l’on pourrait satisfaire ne sont pas satisfaits, comprend-on à quel point il est ABSURDE qu’il n’y ait pas de travail pour tout le monde ?

Il est scandaleux – et extrêmement dangereux -  que l’on  maintienne à l’àchelle globale une situation où, sur le plan de la production, les trois-quarts des gens ne peuvent RIEN apporter à l’autre quart qui a tout.  Tout le monde dans une société doit pousser à la roue. Tout le monde doit être utile. Tout le monde doit POUVOIR être utile.

Pour favoriser une réinsertion au travail sans laquelle la société va se désagréger, le défi n’est pas de créer plus des postes de travail qui exigent  une formation de cinq, dix, ou vingt ans, mais de privilégier, dans toute la mesure du possible, un partage du marché du travail en spécialités et en tâches plus simples exigeant un formation plus courte et dont chacune puisse être confiée à un plus grand nombre de travailleurs.  Il faut qu’il y en ait pour tout le monde.

Pour ces seules considérations économiques et sociales, il ne faut donc pas hésiter, en attendant le moment où le découpage des professions pourra s’appuyer sur des critères psychométriques et des analyses expérimentales rigoureuses, à choisir d’errer dans le sens d’un fractionnement abusif plutôt que trop timide des professions actuelles.  Nous voyons ailleurs comment mettre en place une éducation et une formation modulaires.

Nous voyons  ailleurs, aussi,  les  principes d’une certification professionnelle universelle qui prend acte d’une fragmentation des professions existantes  en  modules dont chacun fait foi d’une compétence beaucoup moins large qu’aujourd’hui.  La complexification de l’économie exige une spécialisation croissante.  L’offre de services doit être fragmentée de façon de plus en plus raffinée.  Il faut concevoir autrement la répartition des tâches  dans le système de production




Pierre JC Allard



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