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La contradiction


 



Qu’est-ce qu’il veut, le travailleur-entrepreneur devenu le maître du jeu ?  Pendant que la plus grande partie de l'humanité est gardée dans la misère, les patriciens de l'Occident repus vont aux jeux et aux bains, s'amusent des cancans people au Forum et des intrigues au Capitole, discutent  sans vraiment y croire des périls ci-devant gaulois ou  parthe -  devenus aujourd'hui  "jaune" ou  islamiste"...   Il faut remettre les citoyens au travail.  Vouloir produire quelque chose.  Qu'est-ce qu'il veut le citoyen de l'Occident décadent ?

N'est-il pas obscène de se préoccuper des caprices de ceux qui ont tout avant des besoins de ceux qui n'ont rien ?  Révoltant, en effet,, mais il faut poser le constat lucide que, la nature humaine étant ce qu'elle est  et l'équilibre des forces celui que l'on voit, la satiété des uns est un prérequis à la satisfaction minimale des autres et que l'on ne mettra en place un système de production-consommation globale acceptable que si la dynamique en est transformée dans les pays développés.  Si on veut que le bébé dépose délicatement son verre sans le briser et qu'il y en ait pour les autres, il ne faut pas le lui arracher, mais lui offrir un hocher et un câlin.   

Que veulent les citoyens?  Les citoyens de pays développés, s'entend, à qui on a permis l'accès à l'abondance et, parmi ceux-ci, ceux qui sont partie prenante de la majorité effective, avec voix au chapitre pour décider de ce qui sera produit ?  Il veulent des SERVICES: santé, culture, loisirs... Notons bien, toutefois, qu'ils ne veulent pas des services en lieu et place, mais EN PLUS des biens industriels dont ils sont gavés.

Les mérites de la consommation frugale de ces biens industriels  - frugalité qui servirait Gaïa, leur propre santé et le simple bon sens -  ne leur apparaîtront  que peu à peu, quand celle-ci leur aura été vantée par les médias et sera devenue non seulement économiquement opportune et moralement correcte, mais socialement fashionable.  Il faut que les patrons de consommation changent à leurs propres rythmes, car l'on n'imposerait pas un sevrage à l'enfant sans qu'il ne trépigne et casse tout. 

Ce sevrage imposé ne se ferait pas sans mal, d'ailleurs, car
sans même entrer dans la question du tiers monde, dans les seuls pays développés, si collectivement la surabondance est là, la pauvreté persiste au sein de l'abondance.  Il y a de telles failles dans la distribution que, si  on n'y prenait garde, chaque fois que ceux qui sont à l'apex descendraient d'un cran vers la frugalité, la rigidité de la structure de consommation précipiterait ceux d'en bas dans la misère ! 

Une Nouvelle Société  mettra l'accent sur la production de l'intangible, ces services que la population des WINS réclame, provoquant cette  expansion du secteur tertiaire qui est le signe ostensible de la métamorphose, mais
la production surtout la distribution des biens tangibles des secteurs primaire et secondaire n'en continuera pas moins d'exiger encore elle aussi une attention constante.  On continuera de s'y intéresser AUTREMENT, cependant, et c'est cet autrement qu'on doit comprendre et dont on doit prévoir les exigences et les conséquences.

Tout ce qu'un machine peut faire sera fait par une machine. Tout le travail humain reflue donc vers l'exécution des tâches inprogrammables.  Le citoyen consommateur veut des services, cela va de soi, mais aussi des biens.  Des biens fabriqués en série, dont il comprend intuitivement que, n'exigeant pas de travail humain , la valeur n'en peut que devenir négligeable. Il en  consommera, sans même leur prêter attention, mais il veut aussi des biens ayant cette même touche "humaine" que des services. À ceux-ci, il s'intéresse beaucoup.  

Le consommateur est ambivalent face à la structure industrielle et à la notion de progrès.  Il veut l'abondance, mais il a la nostalgie des heures passées à cheviller ce que l'epoxy colle en un tournemain et une table vermoulue lui met la larme à un oeil que les contreplaqués laissent sec. il comprend que mettre l’accent sur  les services nous ramène au patron fondamental  des millénaires précédents, où ce n’était pas l’outil, mais la compétence de l’artisan qui faisait la valeur du service ou du produit.  Il veut donc du « sur mesure » et de l'artisanat.

C’est ce que veut la population qui doit déterminer le nouveau modèle d’encadrement des activités économiques que nous devons mettre en place. Cette primauté du  facteur travail et cette nostalgie pour l’artisanat doit-elle nous suggérer de créer un modèle d’encadrement qui s’inspire des modèles de naguère ? 

Sur quelques point, oui, et il ne faut pas s’en priver. L’autonomie du travail en est un exemple, de même que  la reconnaissance du particularisme des travailleurs.  De même, l’idée de  produire par  « projets »  et le concept du travail autonome que l’on fait à  sa propre initiative, « en parallèle »  à un autre dont les paramètres  sont  plus ou moins imposés, qu’on  nomme de dernier  corvée ou emploi. De même, surtout, la notion d’appartenance qui doit renaître pour fonder une Nouvelle Société, celles d’entrepreneuriat et d’arbitrage, qui nous rappellent qu’avant des rois il y eut des Juges en Israël…    Il y a beaucoup de concepts précédant la révolution industrielle, dont celle-ci  nous a obnubilé la pertinence et qu’il faut redécouvrir.

Il ne faut pas, toutefois, verser dans l’archaïsme. Dans son ensemble, la société qui commence et son système de production ne s’apparenteront pas au monde d’un pâtre biblique, mais plutôt à ceux de ses rêves les plus fous.  On verra une personnalisation du travail, comme avant la Révolution industrielle, mais dans un contexte de communication instantanée, de moyens de transport qui offrent l’ubiquité du tapis magique … et  le Roi  peut vraiment avoir des yeux partout.   
Aladin a trouvé la Lampe.

La nouvelle structure des échanges implique un retour à des principes qui donnent la primauté a l’individu, mais dans un monde de technologies avancées qui impose une coopération  de tous les instants et une planification minutieuse.  
C’est la  technologie qui est la lampe, et le monde ne  reste « génial » que si on s’y met tous, et que chacun frotte bien où, et comme il doit frotter.  L’encadrement de la production dans une économie tertiaire présente donc des exigences opposées, voire contradictoires d'intiative personnelle et 'action collective. Il faut résoudre ces contradictions.




Pierre JC Allard



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