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Parler de production


 



Dans la série de petits textes de cette section nous allons parler de production.  Rien n'est vraiment plus important, car une société naît pour assurer la défense commune de ses sociétaires, mais elle perdure parce qu'ils produisent ensemble et s'enrichissent. Quant une société peut vivre en paix, produire devient vite sa la première raison d'être. Une société peut se définir par ce qu'elle produit et comment elle le produit.

Elle produit ce que lui dicte sa "majorité effective", c'est-à-dire le groupe de ceux dans cette société qui, ensemble, ont la force d'imposer leur volonté aux autres. Sous réserve des  ressources et des techniques dont elle dispose, bien sûr...  Les progrès de la science et de la technologie modifient ce qu’une société peut produire.  

Ils ont aussi un impact direct sur ce qu'elle VEUT produire, car ces innovations rendent certains besoins plus faciles à satisfaire et réduisent d'autant l’importance de ceux qui peuvent les fournir, accroissant au contraire la demande pour d’autres ressources et de nouvelles compétences et augmentant  le pouvoir de ceux qui les possèdent. Ces changements bouleversent les rapports de force au sein d’une société et donc la composition de sa majorité effective et les priorités que celle-ci va fixer.

L'industrialisation a été un succès. L'industrialisation a apporté l'abondance et, à l'abri du besoin, l'humanité devient autre chose ; c’est une métamorphose. TOUTE la société en sera transformée et aucun des rapports sociaux et économiques et politiques  que nous connaissons ne restera inchangé, mais c'est la satisfaction des besoins matériels qui a déclenché la transformation et c'est l'évolution de la structure de production qui est le meilleur indicateur des changements à venir. Le système de production n'est plus seulement la corne d'abondance, mais aussi la boule de cristal où se profile l’avenir de la société.

Une société d'abondance
se définit par sa production et sa structure de production.  Comme chaque fois qu'une société succède à une autre, on y produira autre chose parce que le progrès le permet et on y produira autrement parce que les rapports de force ont changé.   Cette fois, cependant, le changement est plus profond. Après des millénaires de pénurie et quelques générations dans le cocon d'une industrialisation intensive, l'humanité a définitivement quitté l’indigence. Elle entre dans un monde d'infinies possibilités, avec les ailes que lui donne une capacité de produire qui rend inutiles les luttes incessantes pour satisfaire ses besoins matériels.  C’est en ça que consiste la véritable métamorphose. 

Les outils et le rapport des forces entre les facteurs de productions sont TOTALEMENT changés.
De vieilles questions resurgissent donc, auxquelles il faut trouver de nouvelles réponses.  Les éternelles questions "produire quoi" et "comment le produire", mais auxquelles s'en ajoute désormais une troisième, prioritaire, née de l'abondance même: "pourquoi, produire ?"

À la question 
produire quoi, on pourrait répondre: "ce qu'elle voudra".  Ce qui n'est pas une simple boutade, car, en se dotant de la capacité de produire sans effort pour tous ses besoins matériels, la société-chenille s'est mérité le privilège d'y ajouter maintenant tout ce quelle veut à sa discrétion.  Elle est devenue papillon. Elle peut butiner de-ci de-là.   Ce n'est plus tant l'impérieuse nécessité de la nature que les contraintes inhérente à la condition humaine - incluant sa propension à  céder parfois à ses caprices ! - qui vont déterminer les objectifs de production d'une société d'abondance.

"Comment produire" ?  Autrement...  Parce qu'on veut produire autre chose, on va devoir produire autrement.  L'importance relative des facteurs de production - matière première, travail et capital - ayant changé,  ceux-ci doivent être agencés différemment. Comment le seront-ils et quelles seront maintenant les relations du travail et de l’entrepreneuriat au capital ? Les hypothèses de base du libéralisme, celles du marxisme - ou les deux - doivent-elles être abandonnées ?  Ne doit-on pas plutôt les accepter comme complémentaires avec leurs conséquences négatives, corrigeant quand elles doivent l’être ces conséquences qu'on a appris à connaître?

Quelle sera la nouvelle échelle des priorités dans une société d’abondance ?  Quels principes et postulats fondamentaux y sous-tendront l'organisation de la production ?  D'abord et avant tout, il faudra répondre à l'interrogation, désormais préalable à toutes les autres: "pourquoi, produire ? " Une société d’abondance se contentera-t-elle de batifoler, au risque de perdre son sens, se contentant seulement de rendre plus douillet le maternalisme qu'on lui a imposé...  ou va-t-elle se donner un autre sens, se fixer de nouveaux  objectifs  ambitieux et motivants?  Se pourrait-il qu'elle ne veuille pas faire ce choix, mais simplemnt alterner de façon cyclique entre ambition et dorlotage ?

Nous allons voir dans cette section quelle structure viendra encadrer les nouveaux objectifs et les nouvelles façons de travailler. Ce sera une structure inédite,
car de nouvelles contraintes techniques sont apparues. Les participants sont tous devenus des travailleurs de l’initiative, ne valant que par leur créativité; lls doivent être motivés et ne le sont que s’ils oeuvrent dans l’autonomie et l’entrepreneuriat. Simultanément, la complexité croissante de la production exige une répartition plus fine des tâches et la complémentarité de leurs compétences.

Le corollaire de cette complémentarité entre travailleurs autonomes est la nécessité d’une fusion constante de leurs apports.    Pour que les ressources soient correctement gérées et les services rendus,
des équipes doivent se former qui réaliseront en leur sein les synthèses nécessaires et doteront ensemble  la société d’une capacité de poduction sans coutures.  Pour que les ressources puissent répondre en parallèle à une infinité de besoins, n'étant affectées à chacun que le seul temps  nécessaire à sa satisfaction, il faudra aussi voir le systeme de production comme une multitude de « projets », qui font leur petit tour et puis s'en vont...

Pour contrôler un système de production fluide constitué ainsi d'équipes et de projets, il faut que l’État intervienne davantage à la production. 
Nous verrons que l'État d'une société complexe doit être « dirigiste », car les incohérences "à l'essai" y sont trop coûteuses, mais ne doit pas réduire indûment  l’initiative des travailleurs, qui doivent devenir plus autonomes, ni juguler une structure de production qui doit au contraire devenir elle-même plus entrepreneuriale.  

On résoudra ce paradoxe apparent en permettant d'abord à l'État d'élargir
les trois (3) « chasses gardées » - planification, arbitrage, évaluation/règlementation - qu’il se réserve au moment de s’en remettre aux entrepreneurs pour la création de la richesse, mais en prenant bien garde de lui imposer des balises.
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Ainsi,
le champ de la planification de l'État sera élargi, mais sans que celle-ci ne devienne plus contraignante. La fonction d’arbitrage de l’État doit devenir un processus permanent de résolution accélérée des conflits, mais sans s’émanciper jamais de la vigilance populaire, l'ensemble des citoyens,   demeurant toujours une juridiction d'appel soumise uniquement au contrat social.  La fonction d’évaluation et de rectification sera aussi plus présente.  L'État devra légiférer et réglementer plus rapidement, au rythme du changement qui s’accélère - et avec moins d'indulgence, aussi, car les conséquences d'un écart sont devenues plus graves - mais les décisions de l'État resront toujours elles mêmes soumises  à un ultime contrôle citoyen. 

Afin de s’acquitter de sa mission implicite de gérer la quête pour l’enrichissement collectif,  l’État, au dela de ces trois (3) chasses gardées interviendra aussi de deux (2) autres façons, .   D’abord directement, comme producteur, quand il y aura consensus quant à certains objectifs et quant aux moyens à mettre en oeuvre pour mieux les atteindre; ensuite, par la responsabilité qu’il assumera d’approvisionner la production en ressources - naturelles, humaines financières - gardant ainsi sur cette production un contrôle éminent discret, mais efficace.

Ayant décrit les éléments novateurs communs à toute production, nous terminerons cette section "Production" en parlant  de ceux qui sont spécifiques à chacun de ses trois secteurs primaire, secondaire et tertiaire traditionnels.
 

Pierre JC Allard



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