Dans un nouveau système de
production, on produira d’abord "autre
chose". On en a un indice dans le passage déjà largement
complété
de la main-d'oeuvre vers le secteur tertiaire. Ce sont des SERVICES que
veut surtout la majorité effective de la population. C'est donc avec
l'abondance des services en tête qu'il faut construire un nouveau cadre
normatif, organisationnel et logistique dans lequel s'intégreront, à la
place de choix, les activités de production tertiaires devenues
prioritaires.
Ensuite, on produira
"autrement".
L’épopée pénible du travailleur machine est révolue. On
va poursuivre et compléter la mécanisation dans les secteurs
prinaire et
secondaire de production de bien tangibles et on la poussera aussi
jusqu’à la limite du possible dans le secteur
tertiaire. La
migration de la main-d’oeuvre vers les tâches inprogrammables, va
s’accélérer.
Enfin, en va passer d'un système
capitaliste à un
système entrepreneurial de production et la société suivra...
Ce
n'est pas la même chose ? Oh non ! Le capitalisme hiérarchise
les
fonctions: il a des décideurs et des exécutants. Dans le
système
de production complexe que nous avons créé et où les fonctions
deviennent de plus en plus complémentaires, le travail HUMAIN
d'exécution devient si trivial, quand on le compare au temps de
décision - incluant information, analyse, synthèse et réflexion
indissociable de cette décision - que la tâche d'exécuter sans décider
n'aura plus de raison d'être.
Bien sûr, il
faut encore
aujourd'hui que quelqu'un balaie le parquet et aille chercher le café,
mais on comprend que ce n'est qu'affaire de temps avant que la
mécanisation fasse que le parquet se nettoie tout seul et que le café
arrive quand on le siffle. Il ne faut pas prévoir la structure de
production de l'avenir et les rapports entre travailleurs, en posant
somme prémisse la perennité des porteurs d'eau. Ce
serait
une aberration. Il y aura de moins en moins de travailleurs qui ne
décident pas et un jour il n'en restera plus.
Dans
une
structure de production où le résultat dépend des décisions et donc de
la compétence et de la bonne volonté de tous, le capital est dans une
position de faiblesse face aux travailleurs. Il peut encore exiger un
rendement, mais il doit renoncer à s'immiscer dans la processus
lui-même. Quand le capital ne peut plus intervenir dans la
production au sens strict, ce sont les travailleurs qui deviennent les
entrepreneurs et ils ne sont vraiment motivés et donc efficaces que
s'ils sont autonomes.
Quand les compétences sont
complémentaires et que chaque participant est décisionnel,
l'entrepreneuriat est la seule façon d'optimiser la production et la
distribution du produit; toute autre approche est inefficace.
C'est cette structure de production dans laquelle COLLABORENT des
travailleurs autonomes complémentaires pour optimiser un résultat RÉEL
qui va remplacer la structure de production capitaliste actuelle où les
ordres viennent d'ailleurs et dont l'efficacité se mesure dans le
miroir déformant de la spéculation monétaire.
Ne pas
en déduire
que le capitalisme disparaîtra ! Un système de production peut être à
la fois capitaliste et entrepreneurial. La plupart des systèmes actuels
en sont des exemples et dire que capital et entreprise sont tous deux
nécessaires est une évidence. Il faut éviter de les confondre,
toutefois. Car si, pour asseoir sa dominance, le
néo-libéralisme a réussi à présenter capitalisme et libre entreprise
comme les deux piliers complémentaires de notre structure économique,
la réalité est que ce sont plutôt les deux pôles d'un axe le
long
duquel le système de production se déplace.
Capitalisme
et
entrepreneuriat sont nécessaires l'un à l'autre, mais s'opposent
irréductiblement. On pourrait les dire "synagonistes"... Quel
est
le rapport de l’entrepreneuriat au capital ? La fonction «
entreprise » incarne le présent – et donc implicitement l’avenir - face
au capital qui représente le passé. Lorsque les facteurs de production
sont assemblés, le capital - incluant la matière première qui, au
départ, est le "capital" par excellence - constitue l'apport
au
projet de ce qui existe déjà, par opposition au travail qui est la
valeur qu’on veut y ajouter.
La valeur de
l’entrepreneuriat en
comparaison de celle du capital est donc dans le rapport de la valeur
du travail à faire à celle de la richesse investie. Ell est dans le
rapport de la valeur de l’ajout à celle du fond auquel il
s’ajoute. C’est un rapport fluctuant, puisque ce que l'on
fait
dans l'instant présent (travail) devient dès l'instant suivant, un
ajout au passé (capital). Le passé se nourrit du présent et
ce
que l'on produit devient capital. En fait, l’entreprise trouve sa
motivation et sa fin à devenir capital.
On peut
dire, à juste
titre, que le pouvoir inhérent à la richesse est toujours entre les
mains de celui qui, dans l'instant présent, possède le capital, mais ce
capital est évanescent et le rapport de force réel de l'entrepreneuriat
au capital dépend de la vélocité du changement, plus précisément du
rythme de changement qu'on anticipe. Le pouvoir du capitaliste face à
l'entrepreneur (travailleur) diminue à mesure que décroît la valeur
relative de ce qu’il possède face a celle attendue de ce par quoi
l’entreprise le remplacera. Or tout se transforme désormais plus vite
et l’on VEUT que tout se transforme plus vite. Les exigences
du
capital nous retardent. Le capitalisme n'est plus efficace.
Le
capital réel ne se dissipe pas, mais perd constamment de son importance
relative face aux nouveaux apports du travail-entrepreneuriat. C'est le
momentum même du changement qui détermine le rapport de force entre le
travail et le capital, entre ce qui se crée maintenant et ce qui est
déjà là. Plus l'on décide d'évoluer rapidement, plus le
travail -
entrepreneuriat gagne en importance par rapport à ce qui a
déjà
été accumulé. Plus l'importance relative de la compétence au
capital change en faveur de l'entrepreneur, plus le pouvoir du
capitaliste devient précaire, ce qui entraîne un changement de la
hiérarchie sociale. Il faut accepter ce changement de hiérarchie: c'est
la clef d'une nouvelle société.
Il ne faut pas voir
cette partie
de souque à la corde entre capital et entrepreneuriat comme lutte entre
la Gauche et la Droite. On pourrait parler plus pertinemment
d’une querelle des « anciens » et des « modernes », car le vrai clivage
est entre la stabilité - qu'on peut aussi appeler méchamment
l'inertie - et le changement… qu'on peut aussi interpréter tout aussi
méchamment comme une destruction des valeurs en place. Ne pas
y
voir une lutte du bien contre le mal : il y a seulement un équilibre à
trouver.
Il ne faut surtout pas penser que cette
lutte conduira à une
quelconque victoire finale. La riposte du capitalisme à la
montée
de l'entrepreneuriat prend la forme d’une alliance
en
gestation entre les grands capitalistes shylocks et les petits
capitalistes rentiers. C'est une force passéiste en opposition aux
travailleurs-entrepreneurs en quête du changement,
qui sera sans doute toujours là et qui pourrait connaître
encore
de beaux jours. Le maternalisme est toujours une option: celle de la
décadence.
Pour
l'instant, toutefois, le systeme de production va faire la part belle
aux entrepreneurs. Le passage à une structure de production plus
entrepreneuriale est nécessaire pour permettre l’éclosion d'une société
où la
compétence aura le pouvoir. Une société de collaboration plutôt que de
concurrence forcenée. La
crise actuelle des marchés
financiers qui réduit a rien la valeur du capital monétaire rend ce
passage vers l'entrepreneuriat plus facile. C'est une crise
bien opportune...
Sur l'axe entrepreneuriat-capital, le
curseur sera déplacé vers l'entrepreneuriat. C'est cet essor de
l'entrepreneuriat qui permettra de compléter la métamorphose et
libèrera le papillon en chacun de nous. Ce
sont les nouvelles façons de produire qui détermineront l'évolution de
la société: les germes d'une Nouvelle Société sont là et tout le reste
suivra.
Nous verrons, dans la série de textes «
Production », les détails du nouveau système de production qui est à se
mettre en place.
Pierre
JC Allard
(Voir la série de
textes: "PRODUCTION")
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