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L'impératif technologique
Quels sont les
"changement radicaux"
qui feront naître un
nouveau Phénix ? Ceux qui rendront la structure de production conforme
au
progrès des techniques. La structure sociale suivra. Il n'en va jamais
autrement... Ce qu'est une société, la place que doit
y occuper l'État et le pouvoir de la majorité effective confèrent
aux techniques ce rôle déterminant.
Une société est un lieu
d'échanges. On y échange des
idées et des affects, mais, encore plus ostensiblement, on y échange
des biens et des services. Quoi qu'on en dise, c'est à l'aune de sa
capacité à mettre en place et à gérer correctement une structure
permettant la production et la distribution de ces biens et services
qu'un gouvernement est d'abord jugé. C'est donc toujours l'un des actes
fondateurs de toute société de définir les principes, les lois les
règles qui déterminent ces échanges et d'établir les organismes qui les
encadreront.
C'est
la fonction de gérance de l'État, et la relation entre les citoyens et
l'État est surtout
déterminée par la façon dont celui-ci s'acquitte de cette
fonction. Le premier but bien prosaïque de tout gouvernement qui doit
rendre des comptes à sa population est donc de
produire et de distribuer le mieux possible ce que veut la majorité
effective de sa population. Cette priorité restera inchangée aussi
longtemps que tous les désirs matériels n'auront pas été comblés.
Quand on dit : "le mieux
possible", on implique la quête
d'un optimum, un désir d'efficacité qui est le corollaire de la
désutilité du travail in se. Il s'agit toujours d'avoir plus, pour moins.
Plus de richesse, pour moins de travail et aussi pour moins de
ressources consommées, puisque les ressources sont à trouver et que les
obtenir exige donc aussi du travail. Quand on s'écarte du principe de
l'efficacité optimale, c'est que la structure de production a été
pervertie ou qu'une nouvelle technologie est apparue à laquelle la
structure ne s'est pas encore adaptée.
La structure d'encadrement de
la production dépend des
besoins et priorités de sa population, mais aussi des technologies
disponibles, lesquelles modifient la manière de satisfaire ces besoins.
Quand des techniques nouvelles apparaissent, elles changent les
modalités de production et de distribution. C'est la seule voie de
l'évolution, car ceux qui ont le pouvoir et qui pourraient guider la
société vers le changement ne veulent généralement pas que les choses
changent. Le changement ne peut vraiment venir que des déséquilibres
qu'apportent des causes extérieures au système et, au premier chef,
du progrès des technologies.
La technique est une influence
d'autant plus imparable
qu'elle est insidieuse. Les nouvelles technologies ne veulent pas
détruire le système en place et ne cherchent pas à influer sur la
structure
sociale. La structure de production va vers l'optimum comme la limaille
vers l'aimant. Elle y va en toute innocence ; on voit
un nouveau procédé qui résout un problème ou qui répond à une demande
et on l'accepte.
Ce
faisant, toutefois, par simple inadvertance, on rend
superflus ceux qui offraient à ce problème une solution moins efficace
et les artisans laissés pour compte sont inscrits à la liste des
espèces disparues. Simultanément, de nouveaux intervenants deviennent
utiles qui ne l'étaient pas et, surtout, l'innovation fait miroiter
l'espoir d'autre chose auquel on ne rêvait même pas d'accéder. Le rêve
devient un espoir, puis une demande et l'on va bientôt chercher avec
diligence à réaliser ce qu'hier encore on croyait impossible.
Quand les innovations
apparaissent une à une, on les
accepte sans trop y prêter attention. Les joueurs qui s'activent dans
la structure doivent intégrer l'impact de ces nouvelles techniques et
la structure qui les encadre doit aussi changer, mais la structure
d'encadrement va spontanément et sans heurts s'adapter au changement
nécessaire.
Si
elles sont nombreuses et se cumulent, toutefois, la
structure tentera bien aussi de s'adapter, dans toute la mesure de la
flexibilité qu'on lui aura accordée, mais cette évolution spontanée
sera
rarement suffisante, car si on n'avait pas introduit au départ dans la
structure des éléments contraignants lui donnant une certaine rigidité,
cette structure n'aurait rien n'interdit, ni donc jamais rien encadré.
Quand les correctifs à apporter
se multiplient, la masse
en devient d'une telle ampleur que la structure en place ne peut plus
s'accommoder des lois et des règles établies ; c'est l'État qui doit
alors répondre aux signaux qu'il reçoit jour après jour de ses
commettants et modifier la structure. C'est l'État qui doit apporter à
la vieille structure les changements qui permettront à chacun de tirer
de son appartenance à la société tous les nouveaux avantages que
celle-ci, enrichie des nouvelles techniques disponibles, peut désormais
lui offrir.
Confronté
à l'émergence de ce nouveau paradigme
économique, l'État doit accepter de modifier en profondeur la structure
d'encadrement de la production et les règles du jeu. Ce qui ne lui est
pas facile, car modifier l'importance relative des diverses activités
économiques modifie celle des acteurs, ce qui change la nature même de
la société et de sa hiérarchie sociale. Il y a donc résistance
à ce changement.
Dès
qu'une
transition majeure est engagée, cependant, elle va vers
sa fin tout aussi inéluctablement qu'un accouchement, car les
techniques qu'on apprend ne se laissent plus oublier.
La société change peu à peu, rendant effective une décision collective
pour le changement qui naît d'un consensus social tacite.
L'équilibre des forces change, au grand dam de ceux qui auraient bien
préféré que les choses ne changent pas.
Les effets de cette décision
collective apparaissent bien avant qu'elle ne
soit reconnue par l'État, mais c'est néanmoins à celui-ci
qu'il appartient
d'y acquiescer formellement et qui, en édictant de nouvelles normes, va
proclamer que la société s'est radicalement transformée. Il y met plus
ou moins de temps, selon qu'il est plus ou moins sous la tutelle du
groupe dominant au profit duquel les normes qui jusque là avaient cours
ont été mises
en place et dont ces modifications peuvent mettre en péril la position
de force.
Il le
fait de plus ou moins bonne grâce, mais il le fait
toujours. S'il n'y consent pas, c'est l'État lui-même qui est « modifié
», après quoi la transition se poursuit et la société devient ce que
les techniques lui imposent d'être. Une société NE PEUT PAS refuser les
exigences de la technologie à laquelle elle a accès.
Pierre JC Allard
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