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Le
Phénix
Comment sortir de la
décadence ? Les systèmes, comme des Phenix, meurent et
renaissent, les nouveaux plus ou moins semblables aux anciens. Ils
meurent pour se défaire de l'ancien en eux qui ne sert plus et faire
place à
un nouveau devenu indispensable.
Parfois les systèmes meurent en
grandes pompes, avec une
guillotine bien en vue sur la place, parfois plus discrètement,
renvoyant au cousin de Constantinople les oripeaux qui ne sont plus de
mode. Parfois, ils décèdent sans piper mot ; on s'est abstenu de
marquer d'une journée de deuil la fin du Moyen- Âge, laissant
les ayant-droits fixer la date anniversaire....
Pourquoi les sociétés
meurent-elles ? La simple fatigue
du métal dont les cultures sont faites, qu'on accommode et qu'on
ajuste, de crises en crises, qu'on plie une fois de trop et qui casse ?
Peut-être, mais il y a toujours une bonne raison pour changer la
société. En 2007, sur cette planète, nous sommes 6 600 000 000
d'humains et les liens que nous avons tissés ont fait de nous UNE
société. Une société qui est née occidentale, mais qui est devenue
globale. Cette société globale est parvenue à produire cette année 47
000 000 000 000 $ (47T $) de biens et services et elle fera mieux l'an
prochain . N'est-elle pas en grande santé ?
Les signes vitaux semblent
bons. 47 T $, c'est en moyenne
7 000 $ par habitant et bien suffisant pour nourrir, vêtir, donner un
toit à tout le monde. Pourtant, les deux-tiers de l'humanité vivent
dans la misère et 30 000 enfants meurent de faim tous les jours ; nous
avons un problème de distribution. Nous avons aussi d'autres problèmes
avec l'équité, la paix, la motivation Les sociétés meurent et il en
naît d'autres. Reste t-il à la nôtre un an, un siècle, un millénaire de
vie ?
Vivons nous une crise de croissance, ou notre Phénix est-il en marche
vers le bûcher ?
L'espérance
de vie d'un Phénix ne se mesure pas tant à la
gravité des crises auxquelles il fait face qu'à la volonté de vaincre
avec laquelle il les affronte. Or, regardez autour de vous. On peut
penser Armageddon et bombes atomiques, mais toutes les sociétés ne
s'immolent pas par le feu ; certaines se laissent mourir d'inanition,
quand elles renoncent à se nourrir d'un espoir. Notre Phénix est bien
vieux.
Nos
valeurs sont là depuis plus de deux siècles -
essentiellement issues des révolutions américaine et française - et
nos objectifs ne
sont plus atteints. Nos
principes claudiquent, nos enthousiasmes défaillent. Quelles
que soient les excuses qu'on se donne, si
nos valeurs ne sont plus respectées, c'est nécessairement qu'elles ne
collent plus aux exigences de la réalité. Nous sommes à la toute fin du
processus. Nous vivons une crise de civilisation.
Il faut mener notre Phenix au
bûcher, c'est-à-dire faire
table rase des idées reçues et des manières de faire que le temps a
rendu désuètes. Ne pas le faire, ce serait choisir la barbarie, car les
valeurs qui devraient soutenir notre société ne la soutiennent plus. Il
y a eu maints précédents. C'est ainsi, qu'est venu ce qu'on a par la
suite appelé le Moyen-âge. C'est ce que la Chine a vécu, à chacun de
ses grands interrègnes, dont les noms poétiques ne doivent pas faire
oublier qu'ils ont été des périodes de mise en veilleuse de la
civilisation.
Le
Phénix doit monter au bûcher. Comme il le fait chaque
fois que les valeurs et les habitudes doivent s'adapter à une nouvelle
réalité. Comme il l'a fait à la fin du XVIII ème siècle, par exemple,
quand la réalité a pris le visage de l'industrie. Pour produire en
industrie, la main-d'oeuvre devait être rassemblée. Urbanisée, la
société pouvait désormais tenir pour acquise sa sécurité quotidienne et
le noble chevalier protecteur du village, dans son château, devenait
anachronique. Si superflu, qu'il n'y habitait même plus et que son
absence ne troublait personne.
Le problème de sécurité
dépassé, la réalité exigeait
désormais qu'on mette la priorité sur l'atteinte de cette abondance que
promettaient les machines. Une promesse d'abondance par l'industrie
qui, en revanche, faisait de la liberté civile et du droit de propriété
de nouvelles conditions intransigeantes d'un travail
productif.
L'industrialisation
exigeait la fin des privilèges de la noblesse et du
clergé - des normes créées pour encadrer une société agraire - parce
que ces normes biaisaient le jeu économique en faveur de la richesse
foncière, alors que la création de richesse allait visiblement reposer
désormais presque tout entière sur l'utilisation des machines et
l'industrie. Une nouvelle réalité imposait de nouveaux comportements.
De nouvelles valeurs.
On
n'a que bien peu négocié avec le pouvoir en place. Il
a fallu que quelques têtes soient coupées pour que les changements
soient faits, mais ils l'ont été et rapidement. En une quinzaine
d'années on a vu, non seulement la suppression des privilèges, mais
aussi une réforme administrative, le quadrillage du territoire par
départements, la mise place de nouveaux codes de loi et, finalement, la
création de la Banque de France, dont on peut dire qu'elle marquait ici
la
fin de la transition d'une société agraire féodale vers une société
industrielle capitaliste. Mission accomplie.
Aujourd'hui, il faut conduire
notre Phénix au bucher :
apporter à notre société des changements aussi radicaux que ceux de
1789 et des années qui ont suivi. Le jeune Phénix doit renaître au plus
tôt, car, tant que le vieux reste là, le désordre progresse et c'est la
civilisation qui s'estompe. Si on laisse la crise suivre son
cours
prévisible, la décadence s'installera et produira ses effets : nous
vivrons un nouveau Moyen-âge. L'irak, la Somalie, l'Afghanistan...
C'est
déjà la barbarie dans les marches de l'empire.
Quels
sont ces changement radicaux que nous devons
apporter ? Ceux qui adapteront la société à la réalité que l'évolution
des techniques impose. C'est toujours ainsi que les choses
changent.
Pierre JC Allard
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