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Warp 9 !
La
société n'est plus gouvernée. Elle est sur pilote automatique, en
marche vers un trou noir. Les dirigeants d'une société démocratique
repoussent les choix au-delà de leurs horizons électoraux, tandis que
les shylocks, les vrais maîtres du Système, ne voient même plus la
réalité. Ils n'en regardent que la réflexion dans le miroir financier
et ne s'intéressent plus qu'à cette « spéculation » progressive, au
vrai au sens étymologique tu terme.
Quand ceux-ci permettent que
notre société devienne de plus en plus injuste, de plus en plus
fragile, serait-ce qu'ils espèrent seulement qu'elle survivra le temps
qu'eux-mêmes en aient retiré tous les bénéfices et se soient éclipsés ?
Si oui, nous n'avons qu'à attendre le jour où, ainsi que l'insinue John
Ralston Saul (Voltaire's bastards ), il sera plus
simple de tirer un trait sur la dette publique, comme l'ont déjà fait
Solon et bien d'autres réformateurs au cours de l'Histoire. On pourra
alors reconnaître que tout cet argent imaginaire ne vaut rien
Plus simple, sans doute, mais
les bouleversements qui résulteraient de cette banqueroute seraient
effroyables. Pas seulement pour les biens nantis, mais pour tout le
monde. Ne pourrait-on pas encore éviter cette banqueroute ? Pour
changer le cours des choses et éviter l'implosion, il faudrait, comme
le Capitaine Kirk, ordonner "Warp 9!", mettre le cap sur la Terre et
revenir à la réalité.
Revenir
à la réalité voudrait dire sortir de l'hyperespace, ramener la valeur
des stocks boursiers à un ratio raisonnable des espérances de profits
et se libérer de la dette publique. Éponger l'argent de trop, là où il
se trouve, jusqu'à ce que ce qui en reste corresponde de nouveau à une
véritable valeur. Il faudrait éliminer tout cet argent en trop sans
créer de panique et EN NE LÉSANT PERSONNE. C'est à cette condition
qu'on pourrait revoir la Terre et atterrir sains et saufs.
Pour éviter de choir dans le
trou noir et éviter l'implosion de notre société. Il faudrait arrimer
de nouveau l'argent-symbole devenu virtuel à la réalité des choses. On
pourrait le faire sans la confiscation vexatoire de la richesse des uns
au profit des autres, simplement par une nouvelle fiscalité qui ne soit
pas progressive et liée au revenu, mais proportionnelle à la richesse.
Le fera-t-on ? Peut-être, mais il est hélas bien plus
probable que le Système préfèrera mourir en tenant amoureusement ses
trillions de dollars virtuels dans ses bras.
Soyons optimistes, cependant,
et supposons qu'on le fasse ; le problème serait-il réglé ? Non. Il
faudrait également reprendre le mouvement de redistribution de la
richesse que l'on a interrompu au début des années ''80 : cette
redistribution est indispensable pour équilibrer la tendance
concentrationnaire du capital qui est inséparable d'un système
capitaliste ou même entrepreneurial. Supposons qu'on le fasse aussi.
Serions-nous hors de danger ? Seulement si l'on passait aussi à une
production pour nos vrais besoins.
Il y a des décennies, qu'on ne
crée qu'une richesse factice, sans répondre aux véritables besoins ni
aux aspirations de la population. Quand notre société a vu que les
besoins en produits industriels étaient comblés, elle aurait pu faire
un virage abrupt et se choisir une autre vocation. On manquait de
services professionnels. Ce sont des services que la population
exigeait. Au lieu de lui donner satisfaction, on a préféré donner un
sursis à l'industrie pour protéger la mainmise du capital sur le
pouvoir et l'on a feint de ne pas pouvoir satisfaire cette demande pour
les services.
C'était
divorcer du bon sens. La structure industrielle, détournée de
sa
finalité, est devenue un monstre, privilégiant un gaspillage éhonté de
ressources et de travail, puisque, paradoxalement, il est inefficace de
produire efficacement quand l'objectif véritable est l'expansion et la
pérennité du processus de production lui-même. Il faut que la
production recommence à vouloir attendre ses objectifs par le meilleur
chemin et de la meilleure façon, en faisant une utilisation optimale de
ses intrants, au palier de sa structure et de son fonctionnement.
Il
faudrait corriger les dysfonctions du système de production. Le
capitalisme doit accepter de
remettre l'offre au service de la demande et de
laisser en production
le pouvoir de décision à la compétence. Il faut produire pour la
demande. Il faut convertir nos ressources humaines et offrir les
services souhaités en médecine, en loisir, en communications.
L'ouverture au tiers-monde
semblait rendre cette transformation
incontournable... mais on a sous-estimé l'instinct de mort du Système,
sa compulsion à vouloir
sortir une derniere caisse de doublons avant que le navire échoué sur
les récifs ne sombre. Le capital lui-même, hélas, a
tant perdu confiance dans la promesse d'un profit à tirer des marchés
industriels saturés qu'il fuit dans la spéculation, dans l'hyperespace,
vers le trou noir.
Supposons
que nous fassions cette conversion. Serions-nous dans le meilleur des
mondes ? Pas tout à fait, car il faudrait aussi corriger les effets
néfastes sur la psyché individuelle et collective de la grande virée
dans l'hyperespace financier que le Système nous a fait faire depuis
les années ''80. Nos problèmes se sont aggravés depuis la
globalisation, car le cynisme de la grande magouille des shylocks n'a
pas seulement fait croître la misère au quotidien, il a détruit cet
espoir d'un progrès matériel constant dont on avait fait une mystique
et qui était devenu, à l'ère des managers, la seule vraie religion de
la société néo-libérale.
Cet
espoir était dérisoire - et il a été bien contesté au cours des années
''60 - mais il complétait l'espoir de progrès social que faisait
miroiter l'utopie communiste et, ensemble, ces deux espoirs donnaient
une raison d'être et un but à l'humanité. Aujourd'hui, elle n'en a
plus. Comme toujours, certains se cherchent une raison de vivre dans
une vie future. Ceux qui restent fidèles à la terre, cependant, sont si
démunis qu'ils en sont à se faire croire que la cueillette des ordures
à l'échelle planétaire n'est pas seulement une condition sine qua non
de la survie de l'humanité, ce qu'elle est, mais un pas significatif
dans son évolution... !
La
vérité, c'est que l'humanité qui a atteint l'abondance erre sans but,
sans projet, sans valeurs. Qu'on évite ou non la catastrophe annoncée,
il faut créer une nouvelle société et lui donner un idéal. Une raison
d'être. Il ne suffit pas de sortir d'une crise financière, il
faut
sortir de la décadence.
Pierre JC Allard
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