En ne tenant pas rapidement la
promesse implicite d'une évolution vers un systeme de production où les
travailleurs deviendraient des entrepreneurs, le Capital
mettait fin l'Âge d'Or. Il mettait fin au retour annoncé vers
plus d'autonomie qui était indissociable de la différenciation des
tâches liée à la complexification de la production. Il refusait
d'accorder au travailleur le pouvoir accru de décision qui découlait de
sa complémentarité. Il niait que la compétence était devenue le
facteur dominant en production. Il niait l'évidence.
En
fait, il supprimait l'espoir, car une aisance relative étant déja
acquise, le travailleur voulait une réalisation personnelle dans son
travail quotidien qui transformerait son labeur en accomplissement, ce
qui non seulement lui apporterait plus de joie, mais
améliorerait
sa
performance.
Les exemples abondaient dans les
bureaux de conseilers en organisation et néthodes et des mécanismes
ingenieux mis en place au Japon pour faciliter l'identification du
travailleur à son travail et à l'entreprise. Des exemples
qu'on examinaient avec intérêt, mais sans aller jusqu'à les imiter et à
en faire une nouvelle structure de la relation entre capitalisme et
entrepreneuriat.
Toujours obsédé par les chiffres
dans le miroir de la spéculation, le Capital ne voulait en aucunhe
façon perdre son contrôle sur les variables qui
optimiseraient la valeur image de son entreprise. Pas
question de ceder le pouvoir ultime de faire les choix de production à
ceux qui en connaissent les exigences techniques et peuvent atteindre
le meilleur rapport des intrants au produit, puisque le produit n'est
PAS le but de la production et la satisfation du consommateur l'est
encore moins.
Le but de la production est que la
valeur de l'entreprise soit en hausse, fluctuante selon les
images projetées sur la psyché des analystes financiers, ceux-ci
n'accordant qu'une petite part de leur attention à la réaction des
clients et
une part encore moindre au fonctionnement de la production
elle-même. Le Capital ne veut pas de partenaire, il veut des
exécutants. Il y a des choses qu'il faudrait avouer à des partanires et
qui ne tient pas à dire. Ses priorités, par exemple....
On
peut haranguer les travailleurs sur la mission d'entreprise, mais les
priorités du Capital apparaissent impitoyablemnent quand on voit que
l'industrie pharmaceutique, par esxemple, secteur de progrès constant
de la connaissance s'il en est, consacre plus d'argent à sa publicité
qu'à la recherche. Il vaut mieux que le travailleur
fasse ce qu'on lui dit. Il n'a pas à comprendre les
vrais objectifs ni les moyens. Il n'a pas à vouloir faire
plus ou mieux. Il n'a pas à être un entrepreneur.
Un
des effets les plus visibles de ce refus de l'entrepreneuriat a été la
perte
immédiate et brutale de motivation des travailleurs, se traduisant par
une baisse notable de la qualité de la production.
Baisse
de qualité transmise sans aucun retard vers les perceptions
de la
clientèle, puisque le
travailleur en est conscient et qu'il EST le consommateur.... Le label
« Made in USA » est
devenu péjoratif à une vitesse inouï. Japonais, Coréen,
Taïwannais… Oui, mais pas Américain. Le travailleur
américain sait qu'il produit mal, car il sait qu'on ne le laisse pas
travailler correctement.
C’était la preuve
irréfutable de l’urgence de procéder au passage de la structure
industrielle salariale vers un mode
d’entrepreneuriat. Le péché impardonnable du
capitalisme a été de ne pas voir que la main invisible lui écrivait des
messages sur le mur. C'était le péché contre l'esprit, car c'était ne
pas comprendre le rapport entre capital et entreprise et donc entre
capitalisme et entrepreneuriat lesquels sont les deux poles entre
lesquels il faut ajuster le curseur entre passé et présent pour
produire efficacement.
Alors que tout était en place
pour une transition sociale paisible par une transformation de la
structure de production, le capitalisme, suivant les USA son vaisseau
amiral, a choisi de ne rien changer. On a laissé de côté la
production. Rien à changer à la façon de produire. Sans intérêt la
production.
Au moment crucial du début des
années "90, quand la chute du communisme lui donnerait une
occasion historique
de se transformer sans être sous la contrainte d'aucune menace
extérieure, le capitalisme garderait le cap sur ses
objectifs d'enrichisement par
l'extorsion à partir des matières premières - dont la guerre du Golfe
de 1991 a été la manifetation emblématique.
Quitter
la production, mais pour aller vers l'extorsion et vers la
spéculation
effrénée marqué des indélicatesse et des scandales boursiers dont celui
des "junk bonds", simple mise en bouche pour préparer ce qui
deviendrait ensuite la bulle informatique, Enron, la titrisation des
hypothèques des insolvable...
Au lieu de la voie de
l'entrepreneuriat, le
modèle où tout le monde est interdépendant dans l'action qui aurait
donné un but aux travailleurs et créé un avenir, on a choisi de
poursuivre dans la voie du « maternalisme » qui se
développait depuis 50 ans. Dans un régime
maternaliste, qui
s'appuie fortement sur l'assistanat sans exiger d'entreprises
personnelles, le capital a tout le pouvoir.
La
foule est nourrie à la tétée par l'assistanat, conduite aux bains et
aux jeux par une toute petite minorité dirigeante qui, ambitieuse par
simple plaisir, continue ses jeux de rôles de pouvoir ou de richesse,
sans même la volonté d'exploiter les autres, sans surtout de leur faire
du mal, puisqu'elle n'a rien à en tirer que la satisfaction de leur
faire faire risette. Mais ce sont des
jeux. Tôt ou tard, le nombre des ambitieux décroît…
Quand
il décroît, ceux qu’on a infantilisés continuent sur leur
erre à vouloir des hochets, jusqu'à ce que la structure industrielle
mal gérée ne produise
plus les biberons, que l'abondance cesse et que
l'impérieuse nécessité reprenne ses droits…. On
entre dans le
vide sidéral de la décadence.
Pierre JC
Allard
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