Le Capital a
fait son deuil de la production. Les travailleurs vont devenir les
nouveaux les propriétaires des entreprises. Le
facteur travail va pouvoir hisser son drapeau sur un secteur de
production conquis…. et occupé. Il faut comprendre, en effet, que c’est
le capital monétaire qui va quitter la production. La structure de
production reste inchangée quand le Capital la quitte.
Le
capital
réel - le capital fixe qui est présentement dans
l’industrie - ne peut évidemment pas la quitter. C’est quand les
travailleurs prendront formellement possession des entreprises que le
remplacement des vieux équipements par de nouveaux viendra peu à peu
s’harmoniser
avec les changements radicaux de structure et de comportements que ses
nouveaux propriétaires voudront alors introduire.
En
attendant, ils vont occuper le secteur production. Meublé et
garni.
C’est le
capital
monétaire qui va partir et cette migration des ressources monétaires
hors du secteur de production ne sera pas le cataclysme qu’on pourrait
anticiper. Le capital monétaire - qui symbolise les industries, mais
dont la réalité propre est « dans le miroir » - y gagnera à la présence
des travailleurs sur la ligne des acquéreurs potentiels de la structure
industrielle. Un fait,
d’ailleurs, qui ne sera pas étranger à la bonne grâce que mettront les
capitalistes à les y accueillir….
Vendre
le
secteur de production aux travailleurx sera un gain pour les
capitalistes. Ils ne doivent se faire trop
d’illusions,
cependant, sur l’impact que pourra avoir cette vente sur les «
réajustements » que devra vivre l’économie monétaire. Paradoxalement,
la réalité n'aura pas le pouvoir de changer l'illusion. Les
déséquilibres « virtuels » devront bien se régler dans l’univers des
illusions…
Le départ du Capital de la production ne
signifie pas qu'on produira sans capital. Ce
sont les travailleurs qui, y investissant leur compétence - le capital
désormais de loin le plus important - accepteront d’en financer aussi
le capital fixe devenu accessoire. On leur fera crédit…
Un apport externe en capital
sera possible, surtout au moment de l’achat ou du lancement de
l’entreprise, ou
avant une expansion significative de ses activités, mais il sera
exceptionnel. Les capitalistes vont quitter la production.Le
drapeau du
travail va flotter sur un secteur de production pacifié, car la
complexité croissante irréversible de la production exige la
complémentarité… et le consensus. Ce sont ces exigence qui
conduisent à la montée en puissance des travailleurs dont sortira cette
structure où tous les travailleurs seront des entrepreneurs.
Des
partenaires consentants, chacun prenant une partie de la valeur de la
production, selon l'évaluation faite par consensus entre eux de
l'apport de sa compétence.
Les mécanismes mis en
place pour en
arriver à ce consensus seront évidemment négociés et
présentés de
façon ingénieuse, voire astucieuse, mais les ententes financières entre
les travailleurs eux-mêmes obéiront à de nouveaux principes généraux.
Ainsi, leur contribution à l’achat des équipements ne sera pas prétexte
à leur concéder une participation plus grande aux profits, ni au
processus de décision.
Les
travailleurs ne
tireront pas un bénéfice de leur investissement monétaire; ce
ne sera que leur droit d’accès au revenu qu’ils retireront de
l’entreprise comme travailleurs-entrepreneurs. C’est
l’évaluation
consensuelle de son
apport en compétence qui déterminera la part des profits qui échoira à
chacun. Les décisions ponctuelles seront prises par qui a la compétence
de les prendre et les décisions corporatives par consensus, puisque
chacun est présumé remplir une fonction
essentielle. Les dissidents quitteront.
Le
syndicalisme trouvera dans cette
nouvelle
structure une nouvelle mission. Il ne sera plus un
instrument de lutte contre le capital, mais d’arbitrage entre
travailleurs, les protégeant du chantage qu’ils pourraient exercer, les
uns contre les autres, au gré des fluctuations de leur
indispensabilité.
En plus de ramener la paix
sociale, de
favoriser l’entrepreneuriat qui est incontournable au fonctionnement
d’un systeme de production complexe et de permettre une redistribution
relative de la richesse, la prise en charge de la production par les
travailleurs aura aussi deux (2) autres avantages non négligeables.
A
court terme, les travailleurs qui seront devenus propriétaires des
entreprises s’en occuperont ; les roues de l’économie réelles
continueront donc de tourner, quels que soient les
soubresauts
que pourront subir les marchés
financiers.
C’est une idée rassurante. À moyen et long terme,
le résultat
de ce changement de propriétaires va être de mettre fin à la
mauvaise habitude de produire pour produire.
Une
habitude néfaste, car produire pour produire, en effet, crée ce
paradoxe, qu’on y
réussit d’autant mieux que la production est inutile et ne satisfait
pas la demande.
Il en
est résulté, durant des
décennies, une
inefficacité voulue, se traduisant par un gaspillage éhonté des
ressources humaines et matérielles.
Un
énorme gaspillage dont
personne n'a eu cure, puisque le véritable but de la production était
simplement de produire pour assurer la stabilité sociale, par la
rentabilisation du capital et la distribution à la classe
laborieuse de revenus permettant la consommation. Produire pour produire afin de
protéger le capital a créé
une
abondance monétaire fictive au détriment de la satisfaction des vrais
besoins. Maintenant
que les ressources humaines en se spécialisant sont redevenues rares,
que la compétence est devenue le capital le plus précieux et que les
travailleurs-entrepreneurs – qui sont les détenteurs de ce
capital-compétence
! -
vont contrôler la production, ils n’auront aucun intérêt à
travailler plus pour moins. Ils ne penseront plus l’efficacité en
termes de production, mais de satisfaction. La recherche de l’inutile
va
prendre fin.
On va réduire l'assuétude
envers la
consommation de biens superflus qui détourne de la satisfaction des
vrais désirs et oblige à un travail inutile. On va renouer avec cette
réalité, que la véritable efficacité ne se mesure pas en bien produits
et en services offerts, mais en satisfaction apportée pour la moindre
consommation possible de travail et autres ressources
naturelles.
En
donnant aux travailleurs-entrepreneurs le contrôle de la production, on
remet l’humanité en marche vers l’abondance réelle, celle qui
correspond à la satisfaction croissante de ses besoins et de ses vrais
désirs. Dans un système de production sous contrôle des travailleurs –
qui sont aussi les consommateurs – on peut spontanément revenir à une
"simplicité volontaire".
Pierre JC Allard
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