Sa
présence en production au sens strict, n’apportait plus rien au
Capital. Dans le tertiaire, il était le partenaire junior, car le
facteur dominant était la connaissance, inappropriable. Dans le
secondaire, le travail-compétence exigerait tant, que la rente sur le
capital fixe ne pourrait plus être amorti qu’en allongeant la rotation
du materiel, donnant un avantage précaire mais insurmontable a ceux qui
commenceraient à zero en s’équipant a neuf. Un mauvais
scénario
pour le capital en place…
Il fallait passer la main
aux
travailleurs, le capital n’ayant plus sa place en production que comme
créancier extraordinaire d’entreprises autogérées dont les travailleurs
auraient la propriété et assureraient le financement courant.
Que
deviendrait le capitaliste entrepreneur actuel ?
Il aurait
deux
(2) chemins à suivre.
Le « petit »
capitaliste-entrepreneur -
plus entrepreneur que capitaliste - ne verrait le changement que s’il
élargissait ses activités et se butait à l’esprit d’entreprise
de
ses propres employés. Il deviendrait alors, via la
sous-traitance, un maillon d’une immense chaîne d’entrepreneurs
sous-traitants à laquelle viendraient s’arrimer la vaste majorité des
travailleurs.
Le « gros »
capitaliste-entrepreneur, celui dont
le revenu venait plus des intérêts sur son capital - et donc d’une
décision d’investissement - que de sa gérance d’un production, allait
se voir peu à peu privé, mais sans trop s'en inquiéter, de cette
gérance qui n’était pour lui
qu’une fonction d’appoint. Il se
trouverait
alors à un autre
carrefour et pourrait choisir entre trois (3) voies.
La
première voie est de devenir un pur shylock. Il achète des
obligations de l’État ou investit dans d’autres placements dits « de
père de famille » et vit uniquement de ses intérêts,
sans
risques et sans ambition, comme un riche rentier.
Il est
inutile, mais inoffensif. Une Nouvelle Société ne lui confisquera pas
ses biens, mais il est prévoir qu’une inflation planifiée – et annoncée
- fera en sorte que soit progressivement remise en
circulation sa
richesse devenue totalement passive.
La seconde,
pour le
capitaliste qui prend son baluchon et quitte la production, mais sans
perdre son ambition, c’est de retourner à ses vieilles amours…. Il peut
se replier vers la forme d'exploitation antérieure à la révolution
industrielle : la perception d’une rente sur la ressource
naturelle. Une vraie rente, sur un fond indestructible comme
jadis la terre et les points d’eau. Il n’y a pas à contrôler
la
production, il suffit de contrôler par la force les
ressources
qui servent d’intrants à la production.
Cette rente
sur la
ressource naturelle n’est pas dépendante du facteur travail, car
associer les matières premières pour leur donner une utilité plus
grande n’y entre pour rien et ne vient qu'après. Pour
percevoir la rente, c'est défendre l’accès qui est tout. C’est
une
extorsion pure, qui repose sur la force. L’extorsion a toujours été la
voie royale vers la richesse.
Ce retour vers la
pure extorsion
de ses serfs par leur seigneur est illustré aujourd’hui par la rente
sur le pétrole, mais elle a toujours existé,
particulièrement sur les produits agricoles. On a un peu
négligé
cette approche, depuis la révolution industrielle, parce que la
dépendance sur travail humain en rendait l’application
lourde, mais, avec la mécanisation progressive de l’agriculture, on va
pouvoir y
revenir en parfaite quiétude.
Le Capital commence
seulement à
augmenter la rente sur les ressources naturelles pour compenser
le manque à gagner en production. Le phénomène
va s’élargir
et continuera jusqu'à l’on ne sait où… Produire ?
Bon pour
les gagne-petit. S’enrichir par l’industrie n’a été qu’un
intermède découlant d’une certaine fascination pour la technologie.
Amusant, mais l’extorsion fait plus sérieux.
La
troisième
option du Capital est celle de la spéculation. Pas la
spéculation
triviale,
liée à l’achat et la revente de quoi que ce soit, car dans un économie
d’abondance elle se confond avec le commerce. Le commerce qui
est
un service et a donc sa valeur travail, mais où le capital ne joue plus
un grand rôle, car il n’est la que pour couvrir les risques et, dans
une économie transparente, le risque vient de l’aléatoire et est
assurable, remplaçant la spéculation par l’actuariat. La vraie
spéculation a maintenant lieu sur autre chose : le passage du réel au
symbolique.
Une économie
d’interdépendance exige des
échanges bien au-delà du troc. Elle exige donc, pour que
soient
facilités ces échanges, que l’utilité (valeur réelle) de tout bien ou
service qui peut satisfaire un désir soit exprimée en monnaie (valeur
symbolique). Cette conversion est indispensable et quiconque contrôle
les conditions de cette conversion possède un pouvoir
quasi
illimité. C’est l’Etat qui en théorie exerce ce contrôle et détient ce
pouvoir.
Les
variables qui déterminent le
succès d’une
spéculation sont toutes aujourd’hui directement ou indirectement sous
le contrôle de l’État. Même si c’est une catastrophe
naturelle
qui déclanche une occasion d’affaire, c’est la réaction de l’État pour
faire face à la catastrophe qui sera au coeur de la spéculation qui en
résultera.
Toutes les roulettes
sont mises en mouvement par l’État et seuls peuvent
y
gagner
les amis de ceux qui les font tourner. Seuls ceux qui agissent de
connivence avec l’État peuvent désormais spéculer et gagner.
Les
gros pontes jouent toujours avec la banque. Ceux
qui jouent en s’en remettant au hasard ou même à leur honnête sagacité
pour spéculer seront vite ruinés. Quand
le capitaliste quitte la production pour spéculer,
en amenant avec lui les symboles
de la
richesse corporative pour les affecter à sa spéculation, il est le
vrai bourdon dans la ruche, car cette activité de spéculation est
oiseuse ; elle ne produit aucune richesse et ne sert qu’à
départager les capitalistes entre eux aux frais des autres, mais il y a
plus grave.
S'il
agit avec une raisonnable intelligence, il ne peut que viser a
contrôler tout ce qui est en son pouvoir des activités de l'État, du
procesus de créations de monnaie, de la gestion des ressources
natuelles qui ultimement
repose aussi sur la force de l’État. Il ne peut que s'engager sur la
voie de la corruption.
Pierre JC Allard
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