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Les adieux du Capital




Avec la complexité croissante de la production et la cpmplémentarité qu'en exigeait l'optimisation, la position de force du facteur compétence en production est devenue telle que celui-ci pouvait accroître indéfiniment ses exigences. Tout l'argent gagné à produire serait tôt ou tard réclamé par les travailleurs-entrepreneurs, ce qui tendrait à réduire à rien la rémunération du capital dans la production.  

À moins que rien, même, contraignant alors le capitaliste à s’appauvrir constamment en termes réels, pour protéger l’image de son investissement dans le miroir de la spéculation. Il devrait se désinvestir au profit des travailleurs, ce qu'exemplifierait parfaitement la faillite éventuelle de l’industrie automobile américaine et son rachat pas ses employés.  


Pris au piège de devoir concéder des avantages exorbitants a ses travailleurs et de ne pouvoir vraiment contrôler un système de production dont le facteur dominant est la compétence, le Capital a choisi de s’en créer un au tiers-monde qui, pour l’avenir prévisible, serait encore a forte intensité de capital

Du même coup, il choisissait de sortir de la production en Occident et  de laisser les travailleurs gérer eux-mêmes le système  de production entrepreneurial qu’il fallait y mettre en place.  
On mènerait une bataille d’arrière-garde, mais on laisserait le contrôle de la production traditonnelle aux travailleurs. Le capital quitterait la production sans regrets, car ce n'est plus le capital, mais la compétence, qui contrôlerait de fait la production et une production qu'il ne contrôle pas a bien moins d’intérêt pour le capitaliste.

Contrairement à ce que le passé aurait pu laisser croire, le Capital s’est préparé à rentrer sous sa tente sans trop se plaindre. Le Capital a vu tout à coup cette décision sous un jour nouveau et compris qu’il y avait trois  (3) bonnes raisons qui rendait inutile sa présence en production.


La première, c’est que l'équation de la demande effective l’obligeait déjà, depuis longtemps - afin que la production puisse être vendue, l’équilibre maintenu et la valeur du capital préservée - au transfert vers les consommateurs de toute la valeur marchande de la production.  Tout le profit était dans le miroir monétaire.  Des travailleurs-entrepreneurs en contrôle de la production épargneraient peut-être plus, accumulant un capital, mais ce capital serait traité comme tout autre capital. Le prédédent était déjà créé...

Lorsque la compétence s’était propagée et que la contagion avait atteint le palier où c’est le travailleur lambda qui pouvait avoir des exigences, l’abondance qui allait de paire avec cette compétence avait permis de le convaincre que, ses besoins immédiats étant satisfaits, il 
devrait agir comme un micro-capitaliste. Il ne devrait pas exiger plus de revenu disponible pour consommation.  il devrait exercer plutôt son pouvoir pour obtenir des bénéfices marginaux, des contributions à des programmes de santé et de retraite, etc.   Il pourrait alors s'enrichir sans que l’équilibre de la demande effective en soit modifié.  Ce message avait été entendu.

La deuxième raison qui permettait au capital d’accueillir maintenant avec sérénité cette montée en puissance du facteur travail, c’est que ces travailleurs micro capitalistes qu’on créerait viendraient simplement se joindre aux rentiers de tout acabit qui s’étaient déjà multipliés pour devenir le périmètre de défense éloigné du capitalisme.  il y avait déjà des légions d’autres petits capitalistes qui étaient là pour servir de tampon entre le vrai capital un travail qui deviendrait trop exigeant : les actionnaires minoritaires.  

Si la part du travail des travailleurs-entrepreneurs devait augmenter, ce n’est pas shylock qui subirait une perte – il détenait des obligations et les corporations étaient ses débitrices -  c’est l’actionnariat qui porterait la chapeau par une dévaluation de son capital propre.  Le grand capital, comme toujours, resterait à couvert.   On retrouvait, en fait, la situation du vieux shylock propriétaire terrien qui prenait sa livre de chair quoi qu’il advienne, puis laissait son affranchi en fermage absorber le choc des aléas de la production.  

Si le revenu d’exploitation ne permettait pas de couvrir ce qu’il faudrait donner au travailleur-entrepreneur qui apporterait désormais à la production l’investissement direct de sa compétence, c’est la perte de valeur du portefeuille des petits porteurs qui compenserait l’écart. L’enrichissement des travailleurs devenus aussi entrepreneurs ne se ferait normalement qu’aux dépens de l’investissement silencieux des petits détenteurs d’actions. Évidemment, c’était un ligne de repli ; on se battrait un peu avant d’en arriver là…

Il y avait une bonne chance de ne pas en arriver là, car la troisième raison de la complaisance du capital était que la réalité n’était plus qu’un accessoire de la spéculation.  Si les équilibres n’étaient pas maintenus dans les faits, une correction monétaire - « dans le miroir » - serait facile, car la création de monnaie était totalement discrétionnaire et reposait entre les mains d’un pouvoir politique inféodé au pouvoir financier.

La ligne des directives pouvait être embrouillée à plaisir pour des effets de manche, mais, qu’on passe ou non par le biais d’une banque centrale, c’est toujours le coup de téléphone des grands propriétaires de capitaux aux politiciens qui ferait démarrer la presse à billets. D’autant plus facilement que la « presse » était devenue virtuelle et les billets de simples annotations à des livres eux-mêmes dématérialisés… Dans ce contexte, laisser le contrôle de la production aux travailleurs n’était plus critique ; si quelqu’un en prenait trop, l’excédent serait résorbé par la fiscalité et une inflation appropriée.

Pourquoi parler du pouvoir du travail qui devient le facteur dominant en production, si la position du capital apparaît aussi inexpugnable ?  Parce que, justement, nous parlons de production. Nous ne disons pas que le capital a perdu ou perdra son contrôle de la société, c’est une autre affaire; nous disons que l’importance relative accrue de la compétence, en relation au capital fixe, prive le capitaliste d’un contrôle efficace du processus de production lui-même.

Même a l’abri de ses vicissitudes les plus graves, Shylock se sentait  inconfortable, dans un système de production devenu une « boîte noire » hermétique pour le capital. Quand sa lassitude deviendrait trop grande – l’industrie automobile en étant toujours le meilleur un exemple - la réaction du capital serait de sortir de la production, une activité où son contrôle allait s’étioler.  Il ferait ses valises… et il partirait.   Il savait où aller.  Il pouvait  maintenir sa dominance par d’autres moyens.



Pierre JC Allard


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