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Le néolibéralisme





Le système libéral prend l'approche d'une fontaine à plusieurs bassins. Les bassins supérieurs se remplissent et ce qui en déborde alimente les bassins inférieurs en séquence, du plus élevé au plus bas. Si le débit faiblit, l'approvisionnement se tarit en bas. On peut « mourir de soif auprès de la fontaine ». C'est ce qu'on appelle répondre à la demande effective.

Le libéralisme est inefficace sur le plan social - car le choc entre les grands intérêts privés mène à des inégalités insupportables - et précaire sur le plan économique, car une production dépourvue de toute gouverne conduit à des aberrations au palier des stocks, des investissements et de la rémunération des facteurs. Le libéralisme pur ira donc tout droit à la catastrophe, de crises en crises, jusqu'à la Grande Crise de 1929.


En ses derniers jours, le libéralisme aura suscité deux (2) mouvements apparemment contradictoires, mais qui auront en commun de vouloir subordonner à nouveau l'économique au politique et de contrôler directement ou indirectement la production : le communisme (1917) et le fascisme (1922). Fascisme et communisme auront aussi en commun, le premier par principe et le deuxième par impatience, de se dispenser de la démocratie, jugée trop vulnérable à la corruption des agents économiques.

Avec la Crise, toutefois, une autre approche prend forme aux USA en 1932 : le « New Deal » de Roosevelt. Il n'est pas dans la manière américaine de fabriquer des mots en « isme », trop voyants, et dont il faut parfois définir le sens. Le New Deal sera donc seulement un ensemble de mesures concrètes pour pallier la crise.  Il pourra changer, grandir… 

La proposition faite par le New Deal aux « agents économiques importants » était la suivante :

1. Il faut redistribuer aux perdant, sans quoi ils ne peuvent acheter et le capital fixe, ne représentant plus la promesse d'un profit éventuel, perd toute valeur. Or, le capital fixe ­ les équipements ­ est le multiplicateur de la richesse et la propriété par excellence des riches. S'il perd sa valeur, les « agents économiques importants » ne sont plus rien. Le pouvoir économique qui gérait de fait la société cesserait d'exister et avec lui la société elle même.  Le libéralisme peut survivre, s'il accepte de redistribuer des jetons aux perdants du grand jeu économique, ce qui est sans importance, puisque, les dés étant pipés, ils ne pourront que les perdre à nouveaux. On donne donc aux pauvres ce qu'il faut pour que les entrepreneurs puissent leur vendre

2. . Sous un discours libertaire, le système de production est dirigé pour que soit maintenu l'équilibre. L'État ré-assume un contrôle large sur la distribution des biens et services pour corriger les excès du libéralisme. Au contraire du fascisme qui la renie ou du communisme qui la manipule, l'État néolibéral garderait la « démocratie » en selle, permettant donc que les agents économiques puissent continuer de contrôler la gouvernance par la corruption dans le respect d'un consensus entre eux quant au pouvoir qu'on laisserait à l'État pour éviter les catastrophes. Lois anti-trust, etc.   Le Système néo-libéral allait obéir à certains principes de base.

3. Il n'est pas nécessaire, pour contrôler la production, d'être propriétaire de quoi que ce soit ni d'assumer directement la fonction de produire. Il suffit de réglementer les facteurs de production : utilisation du sol, des matières premières et de l'énergie, conditions et prix du travail et surtout, par le contrôle du crédit, la formation du capital fixe, c'est-à-dire la nature et la quantité des équipements sans lesquels une production industrielle est impossible.

4. Lorsque les facteurs sont sous contrôle réglementaire, il n'y a pas à exercer de contrainte au palier des individus, seulement à celui des ensembles économiques. Des indicateurs économiques globaux jouent le rôle de senseurs cybernétiques. Les taux d'intérêts, la masse monétaire, le crédit et autre variables macroéconomiques servent de correctifs et sont modifiés dès que sont atteints les seuils d'intervention prédéterminés. Même si les petite molécules citoyennes s'affolent, au gré des fluctuations de pression et de température, la statistique est là qui garantit que la production de la société maintient le cap, comme un grand vaisseau, indifférent aux pirouettes des passagers sur ses ponts.

5. Ayant dans les faits les moyens d'un dirigisme sévère, le Système peut se permettre de tenir un discours tout à fait libertaire. Chacun peut faire à sa guise, et cette liberté permet une motivation optimale des agents économiques, mais l'État néo-libéral peut oriente néanmoins la production avec plus de précision que quelque autre régime qui l'ait précédé. Cette forme de contrôle efficace, mais discret, a été rendue possible par le développement des techniques de computation et de communication et notre meilleure connaissance des comportements individuels et sociaux. Elle ira s'améliorant au rythme de l'évolution de ces techniques.

Le New Deal grandira et deviendra le néo-libéralisme.  Comme tous les régimes du passé, le régime néo-libéral aura pour but de combler en priorité tous les désirs de ceux qui ont vraiment le pouvoir, puis ceux de quiconque a la force de satisfaire les siens, distribuant ensuite le reliquat selon la force respective des classes sociales en présence.  

Contrairement à ce qu'on en disait souvent du système libéral, toutefois, le régime néo-libéral ne sera pas indifférent au phénomène de tarissement qui laisse quelques milliards d'humains dans la misère. Au contraire, il sra tout à fait conscient de la menace que représentent les laissés pour compte, menace qui s'aggrave au fur et à mesure que la science met un pouvoir de destruction significatif à la portée de chaque individu.

Au contraire du libéralisme de Malthus, par exemple, c'est un article fondamental du credo néo-libéral post New Deal qu'il faille prélever et redistribuer vers les démunis la part de la production nécessaire pour qu'ils ne deviennent pas un danger. Le principe est donc accepté de prélever par la fiscalité et d'acheminer vers les plus miséreux, directement ou par les régimes de sécurité sociale, le minimum qui semble requis pour éviter un désordre dangereux. 

On pouvait croire système néolibéral serait parfait... si on pouvait garder solvables les consommateurs sans créer une inflation qui ruinerait les possédants.  On y arriverait… si on comprenait que « richesse » est un terme  bien ambigü …



Pierre JC Allard

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