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Un temps pour produire
Produire,
c’est agencer autrement les ressources dont on dispose. Grâce
au
travail qu’on y met, les matières prennent la forme idoine pour
satisfaire un besoin; il en sort un produit, quelque chose dont
l’utilité est désormais plus grande et donc dont la valeur augmente,
puisqu’à cette utilité va correspondre une
demande.
Au commencement, la
matière première est la terre. D’abord pour y cueillir et y
chasser, pêcher dans ses rivières et ses mers, faire paître dans ses
champs ou les cultiver ; ensuite pour en extraire les
ressources naturelles agricoles, forestières,
minières… Si un quidam qui a accès à la
terre y ajoute son travail - la seule énergie qui lui est alors
disponible – et aussi ce levain que constitue le mélange de
créativité et d’initiative qui fait lever la pâte, il est un
entrepreneur et il produit.
Il produit parce qu’il
n’entasse pas des cailloux au hasard, mais sait ce qu’il veut -
satisfaire un désir - et qu’il a un plan pour
l’obtenir. Un plan qu’il conçoit et applique et qui va
incarner
sa
volonté de produire et sa capacité de le faire. Le plan exprime
l’entreprise. Celui qui produit satisfait son
désir. Il s’enrichit, mais sa richesse, à ce stade, est
encore subjective. Son enrichissement est sa
satisfaction.
C'est
quand d’autres ont le même besoin et voudraient en faire
autant,
mais ne le peuvent pas, que les choses évoluent. Si le quidam qui
détient cette
matière première qu’est la terre a aussi la volonté et la force - lui
est ses amis - d’en
contrôler l’accès, il devient le seul à pouvoir satisfaire leur
demande, ce qui va conférer alors à ce qui est ainsi
devenu "sa" terre une valeur accrue qui découle de
la convoitise des
autres.
Nous avons dit que a
richesse vient par la
division du travail, mais la
première division du travail est entre ceux qui travaillent et
ceux qui ne travaillent pas… et elle ne se fait pas par
consensus, mais par la force. Notre quidam qui a défendu
"son bien" est devenu un
"propriétaire". Prennent aussi alors une valeur, non
seulement la terre qu'il s'est appropriée, mais le simple
l’accès à cette terre, au puit, au pâturage, à quoi que ce soit dont il
puisse se prétendre propriétaire. Quand « celui qui a » et « celui qui
n’a pas » conviennent que cette valeur existe et est la propriété de
l'un et non de l'autre,
la richesse du proprio devient objective.
Cette
richesse lui donne plus de sécurité et plus de pouvoir. Elle
lui apporte plus de satisfaction. Il peut se contenter de défendre son
accès exclusif à la matière première - la terre - et en
retirer une rente, mais il peut aussi voir plus grand. Il peut tirer
avantage de sa situation privilégiée de proprio et choisir de produire
plus que pour ses propres besoins. Il pourra alors échanger le surplus
pour autre
chose et devenir plus
saisfait. Plus "riche"...
Le
proprio qui fait ce choix assume formellement la fonction de producteur
dans la «
société » où il évolue. Sa richesse est devenu "capital", un
facteur de
production. Il peut faire ce choix et ne plus seuilemnt extorquer, mais
produire. Être producteur est plus complexe qu’être
proprio, cependant, car il n'y a pas d'autre limite à la propriété que
celle de la
force qu'on peut exercer pour la défendre, mais il y a deux (2)
conditions pour devenir producteur.
La
première, c’est de disposer de l’énergie nécessaire pour
produire. C’est un défi facile à relever, car l’énergie, au
départ, c’est le travail. Le travail est une ressource bien
naturelle et qui peut donc être appropriée, comme
toute autre matière première. Pensant en producteur, le
propriétaire va vouloir s'adjoindre des « travailleurs » qui n'auront
d'autre fonction que de lui fournir cette énergie; pensant
en propriétaire, il va se les approprier. C’est le modèle de
production basé sur l'esclavage.
La deuxième
condition est plus exigeante : il faut planifier, organiser,
surveiller les travailleurs, réaliser la production puis la stocker,
l'échanger ou la vendre. Il y a des problème à résoudre, donc
des solutions a trouver et des initiatives à
prendre. On comprend vite qu'il y a un coefficient technique
à respecter entre le nombre des travailleurs qui vont apporter
l’énergie et celui de ceux qui doivent
avoir la compétence de penser et l'autorité de
décider. Il faut ajouter de la
créativité et de
l’initiative. Il faut y mettre plus d’«entreprise
».
Le quidam devenu proprio,
toutefois, ne se voit plus en entrepreneur: il a un pouvoir.
Lorsqu’on
est devenu proprio, qu'on est riche et qu'on a des amis en place, il
est enrichissant de devenir un producteur, mais
bien fastidieux de s'embêter des tâches
contraignantes nécessaires pour produire. Ne peut-on pas les confier à
d'autres ?
Pourquoi ne pas coiffer les cohortes de "travailleurs-énergie" qu'on
s'est appropriés de quelques décideurs et autres
"travailleurs de l'initiative"?
Pourquoi ne pas leur ajouter des
entrepreneurs que l’on pourra
s’approprier également ? Un homme qui pense et décide n'est
pas pour
autant à l'abri d'une razzia…
Celui
qui a la force peut réduire en esclavage celui qui a des idées et qui
fait des plans, tout aussi facilement que des carriers et des
porteurs d'eau. On peut introduire à la
production une « gérance ». Il suffit d'avoir la force avec
soi.
Le
propriétaire peut posséder des décideurs
et aussi son philosophe, son médecin et le précepteur de ses
enfants. Il
peut s'approprier des travailleurs
de l'initiative... et c'est bien d'abord ce qu’il va faire.
Mais le proprio s’aperçoit vite qu'un entrepreneur pense,
crée,
décide et donc gère bien mieux quand il se sent
libre…
L’entreprise croît dans la liberté.
Pierre
JC Allard
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