08 10 20

  

Québec indépendant ?   Quand vous voudrez !




Après le Canada, puis les USA, c’est le Québec qui va refaire son maquillage démocratique.  À Pâques, ou à la Trinité…  Un maquillage si discret qu’il en sera invisible, puisqu’on ne proposera rien de droite, ni de gauche, mais seulement, comme le dit ce personnage du soulier de satin, « du nouveau qui soit tout à fait semblable à l’ancien ».  Surtout, on se fera une beauté en prenant bien garde de ne pas souligner les rides de l’idée d’indépendance.

Une idée que, comme beaucoup, j’ai bien aimée quand elle était jeune, mais qui a deux fois vingt ans depuis quelque temps déjà et a si mal vieilli qu’on ne se demande plus si on en veut, seulement s’il n’est pas discourtois d’y faire allusion. On ne parlera pas d’indépendance, à ces prochaines élections au Québec. Pourtant on ne pensera qu’à ça.   

On ne parlera pas de référendum, dont les deux tiers des Québécois ne veulent pas. Les Québécois  ne veulent pas d’un référendum, sachant bien que, quelle que soit la décision, les perdants se diraint « à la prochaine». On discute de la légitimité d'une sécession s'appuyant sur 51% des électeurs, mais veut-on vraiment choisir, entre vivre dans un pays dont 49 % des citoyens veulent sortir… et en créer un autre dont 49 % des gens ne veulent pas. Est-ce bien le contexte que l'on veut pour créer au Québec plus de richesse et plus de justice ?

Le Québec ne veut pas d’un référendum, car la réponse à la question de l’indépendance ne peut naître que d’un consensus. Il y a 45 ans que les Québécois tentent de dire ce qu'ils veulent et on ne les écoute pas. Ils veulent au palier du Québec tous les pouvoirs qui garantiront le développement d'une collectivité francophone ; ils veulent AUSSI appartenir à un ensemble canadien qui leur donnera la masse critique pour exister à côté des USA et avoir une voix plus audible dans le monde.

Pour avoir ce qu'il veut, le Québec doit le négocier avec ses partenaires du Rest-of-Canada. Sereinement, mais sans complaisance. Cette négociation sera d'autant plus efficace que le gouvernement du Québec aura une plus grande marge de manoeuvre. C'est cette marge de manoeuvre que voulait René Lévesque quand il demandait un OUI à la souveraineté-association et il n’a jamais prétendu vouloir autre chose.Pourrait-on l'avoir, nous, maintenant, cette marge de manoeuvre ?

Oui, si on pose la bonne question aux Québécois. La bonne question n'est pas celle qui fait choisir la population entre être ou ne pas être canadien, car le meilleur scénario pour le Québec est probablement entre ces deux solutions simplistes. La bonne question à poser, c'est celle du vote de confiance, permettant au gouvernement légitimement élu du Québec de déterminer ce qui est le MIEUX pour le Québec et de faire tout ce qu'il faut pour l'obtenir. Le faire sans le fil à la patte de quelque consultation populaire ultérieure.

Le gouvernement du Québec devrait recevoir le mandat de négocier une nouvelle constitution canadienne qui donnera au Québec ce qui est bon pour le Québec. Il doit pouvoir, donnant-donnant, négocier habilement les concessions sur certains points qui permettront de se gagner des avantages sur certains autres. Il doit pouvoir négocier une constitution sur mesure.

Il doit pouvoir la négocier ayant reçu des Québécois un mandat non équivoque confirmant qu'il parle en leur nom et qu’il peut -- ne DOIT pas nécessairement, mais PEUT, s'il le juge nécessaire -- avoir la discrétion explicite de sortir du Canada en fermant doucement ou en claquant la porte.  C’est ce mandat discrétionnaire que ne demandait pas le premier référendum qui devrait faire l'objet du prochain qui sera le dernier.

La question ? Simple et claire :

« QUÉBÉCOIS D'ABORD, je donne au Gouvernement du Québec le mandat formel : a) de négocier avec le Gouvernement du Canada les termes d'une constitution qui instaurera un nouveau partage des pouvoirs, au sein d'une Confédération canadienne à laquelle le Québec appartiendra si elle est conforme à ses aspirations, et b) si telle négociation échoue, de procéder, à sa convenance, à la sécession du Québec du Canada, par une déclaration d'indépendance, unilatérale ou négociée selon qu'il le jugera opportun, à la seule condition de l’avoir clairement énoncé à son programme »

Un « OUI » à ce référendum ne signifie PAS la sécession du Québec, mais signifie que celle-ci peut être déclarée en tout temps par le Gouvernement du Québec… SI et quand il décide de le faire. Dans la situation ainsi créée, le Québec choisit les modalités de sa participation à une ensemble canadien, disposant même du droit de ne pas y appartenir.  Il EST donc souverain, puisque la souveraineté ne dépend pas des appartenances qu'on se choisit, mais du droit inaliénable de les choisir.

C’est une « Souveraineté-Association », mais avec des dent, car si une majorité de la population soutient les exigences dont un parti fait la condition de l’appartenance du Québec au Canada, elle saura que celui-ci peut la faire et qu’il ne borne pas à instrumentaliser l’idée d’indépendance pour se faire élire… et ne plus en parler .

Si le gouvernement fédéral ne conteste pas la validité du mandat qui découle de ce référendum -- et la contester serait un suicide politique pour le parti qui le ferait -- il reconnaît de facto la souveraineté du Québec.  Je crois que c'est cette reconnaissance de la souveraineté  du Québec, sans obligation de sortir du Canada, qui donnerait satisfaction à une majorité de Québécois. Pas à 51% des Québécois, mais à une majorité assez substantielle des Québécois pour qu'on puisse raccommoder la déchirure sociale qui persiste depuis le premier référendum et faire des choses ensemble.

Si je connais bien les Québécois, ils voteront OUI à ce référendum... puis s'empresseront d'élire un gouvernement qui négociera âprement pour le bien du Québec, mais tout en gardant un préjugé favorable au maintien de liens privilégiés avec le reste du Canada…   C’est leur choix, mais le Québec, alors,   n’en sera pas moins souverain …

Pierre JC Allard




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