08 05.20

 

 

Québec français (2)


 

 

Pour que la société québécoise vive en français, il faut exiger plus qu’une connaissance rudimentaire du français de ceux qui travaillent en contact avec le public. Si l'on est en contact avec le consommateur, de quelque façon que ce soit, il faut une bonne maîtrise du français. Suffisante pour expliquer, pour discuter… Un français, disons de niveau #2.

On a besoin du certificat de Français #2 si on travaille pour l'État, pour une administration locale, dans une boutique, dans un commerce de détail, un atelier de réparation ouvert au public, dans un restaurant ou un bar, si on exploite un taxi, si on est livreur, etc… Celui qui n'est pas en contact avec la population n'a pas l'obligation d'avoir le Français #2, mais tout employeur, sans y être tenu, peut aussi en faire une condition d’embauche, s’il juge que cette connaissance facilitera les communications entre ses employés. La communication, par exemple, entre le travailleur en cuisine qui pourrait se contenter du niveau #1 et le garçon en salle qui doit avoir le niveau #2.

Presque tout le monde aura le certificat de Français #2, puisque c’est celui qui correspond à l’examen de fin du Secondaire qui devrait marquer la fin de l’enseignement obligatoire et que celui qui s’y présente a suivi une bonne douzaine d’années de cours en français dans le système public. S’il a suivi un parcours en institutions privées et dans un autre langue, il a intérêt à obtenir ce certificat avant de se présenter sur le marché du travail, car il ne pourra être embauché dans aucun poste de travail qui l‘exige et la pénalité pour l’employeur qui passerait outre serait TRES dissuasive.

Il nous faut aussi un certificat de Français #3. C'est celui qu'on exigera pour l’admission à tout ordre professionnel. Pour enseigner, exercer une charge publique élective pour l'État ou une administration locale, être nommé à des fonctions de niveau direction dans une entreprise sollicitant des fonds du public... Ou pour exercer quelqu’autre fonction, à la discrétion de ceux qui en désignent les responsables et qui le jugeraient utile.

Le certificat faisant foi de la maîtrise du français de niveau # 3 est accordé suite à un examen de l’État auquel quiconque peut se présenter en tout temps et qui est une condition préalable à obtention d’un diplôme universitaire du système public, comme à l’admission a un ordre professionnel, dans les cas où le diplôme a été obtenu d’une institution non-francophone

Le Français #3 doit permettre de lire et de comprendre tout ce que l'individu raisonnablement cultivé devrait lire et comprendre, comme de tenir une conversation sur tout sujet qu’on connaît, sans que le faire en français constitue un obstacle significatif. Le locuteur de niveau #3 de fait pas que communiquer ; sans effort, par simple contagion, il enseigne un français correct à ceux avec qui il discute. Il est un propagateur du français.

Tous les documents de l'État ne sont publiés qu'en français. Il n'est pas interdit à qui que ce soit d'en faire une traduction en anglais ou en tout autre langue, mais seule la version française est officielle. Il y aura certainement de telles traduction des lois et règlements. Dans le système judiciaire, les débats seront en français. Il y aura des interprètes, avec possibilité de traduction simultanée pour le bénéfice de quiconque le souhaite, mais ces services seront aux frais des parties et les jugement seront rédigés en français.

De la même façon, il peut y avoir des interprètes dans le système de santé, mais aux frais des patients, sauf pour les immigrants en période d'apprentissage du Français #1. Il n'y a pas d'intérêt médical à tenir une conversation autrement qu’en français, quand le patient a déjà une connaissance du français de niveau #1 et que le professionnel en a déjà la maîtrise de niveau #3 !

Est-ce qu’on devrait toujours et partout travailler en français au Québec? Si le travail implique un contact avec le public, bien sûr. Sinon, de quoi je me mêle ? Si un patron, pakistanais d'origine, veut faire travailler des pakistanais d'origine et leur parler dans leur langue, il est vexatoire de vouloir l'en empêcher. Tous ces gens auront obligatoirement le Français #1, sans quoi ils ne seraient pas là. C’est suffisant. Laissons-les tranquilles. De même, il est malséant de s'intéresser à ce que parlent entre eux les enfants dans une cour d'école. Occupons-nous de leur donner des cours corrects et de leur enseigner le français. Ce qu'ils en feront dans leur vie privée est leur affaire.

Que fait-on de tous ceux parmi nous qui actuellement n'ont pas cette compétence que l'on va exiger ? On leur donne 1 an pour obtenir le certificat de niveau #1, deux ans pour obtenir celui de niveau #2 s’ils en ont besoin, trois ans pour celui de niveau #3, ce qui ne devrait pas taxer les capacités intellectuelles de ceux qui oeuvrent à ce palier. Après, s’ils n’ont pas obtenu les certificat requis, ils ne sont plus autorisés à remplir les fonctions qui imposent de les obtenir. Sont seuls exemptés de cette obligation, ceux qui sont déjà résidants du Québec et ont 60 ans révolus au moment de l’entrée en vigueur de la loi.

La formation linguistique sera gratuite aux trois (3) niveaux et on fera tout pour aider ceux qui veulent apprendre. On ne leur demandera que la bonne volonté. S’ils n’ont pas cette bonne volonté, ils ne sont pas les bienvenus.

Qu'est-ce qu'on fait pour l'affichage ? On veut que le Québec offre une image française. On maintient donc la priorité au français, comme on le fait déjà. Pour favoriser le tourisme et garder le cachet multiethnique, toutefois, on peut prévoir des quartiers « à intérêt folklorique », où les règles de la préséance du français sont inversées, pour autant que la population résidente du quartier en ait décidé ainsi par référendum aux deux-tiers des voix.

En ce cas, la version française est toujours présente, mais c’est elle qui occupe un moindre espace. Rien ne s'oppose alors à ce qu'on ait du cantonais avec du français dans un quartier, de l’italien et du français dans un autre, de l'anglais et du français dans un troisième... En ces cas, toutefois, une troisième langue ne sera pas admise.

Que fait-on si une municipalité du West-Island, par exemple, prétend avoir un «intérêt folklorique et veut afficher prioritairement en anglais? Si sa population l’y autorise, on la laisse faire. Si tous ses employés en contact avec le public ont bien le Français #2 dans leur musette et répondent bien en français quand on leur parle en français, si tous leurs documents sont publiés en français et que tout affichage a au moins le français en traduction sinon en priorité, il n’est pas utile d'exiger qu'ils en fassent plus.

Ce que je propose ici est bien dérangeant. On ne le fera donc sans doute pas. Pas tout de suite. Un jour, peut-être, quand on aura tout essayé, on en arrivera sans doute là S’il y a encore alors un Québec français…. Vous remarquez, sans doute, que je n’ai pas dit un mot des aspects légaux et constitutionnels… C’est que je crois que « le Sabbath a été fait pour l’homme et non l’homme pour le Sabbath ». Laissons les avocats en discuter… mais pas trop longtemps.

Finalement, c’est une décision politique qui en décidera. Décision politique qui sera elle-même l'expression d'une volonté populaire. Le Québec a le droit d'être aussi français qu’il le veut. Si une décision populaire claire s’exprimait à ce sujet et que des obstacles étaient posés à sa réalisation, il faudrait revoir cette question d’indépendance qui prendrait alors tout à coup un sens bien plus concret. Mais je ne pense pas que ce serait nécessaire...

 

Pierre JC Allard




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