08 04.10

 

 

Communautarisme


 

On s’est d’abord assemblé parce qu’on se ressemblait, puis il est devenu de bon ton de se ressembler sans cesse davantage et de se bâtir une patrie, quiconque n’ayant pas le physique, la langue, la religion du voisin devenant un peu suspect.  Avec le temps, on se conforme à la démarche prévalente et on se copie les opinions et les préjugés les uns les autres.   Tous semblables, on se reconnaît et on se rassure. On est bien, on est chez soi.   Patrie.  Mais c’était avant…  

Avant que le progrès ne fasse savoir à tous que l’herbe est plus verte dans certains enclos et  ne permette à  quiconque le souhaite de devenir gitan.  Maintenant, on le sait et ça bouge.  D’autres sont arrivés qui sont différents.  Ça devient Pigalle partout, et le soin qu'on a mis pendant des siècles à se forger avec ses voisins des similitudes qui rendent la vie moins abrupte apparaît tout à coup bien dérisoire.

On peut rêver avec nostalgie que tout aurait été mieux si chacun était resté chez soi…  Mais Il aurait fallu y penser avant. Avant d'aller chez eux piller leurs ressources et les exploiter. Maintenant, ils arrivent chez nous avec des traites à tirer sur notre mauvaise conscience.   La société a perdu son homogénéité et est devenu multiraciale, multiethnique, multiculturelle… Des minorités sont apparues qui non seulement sont différentes, mais surtout se VEULENT différentes.  Communautarisme.

Le communautarisme naît dans une société  quand une majorité ne peut plus assimiler ses minorités, ni même les intégrer sans en être elle-même transformée au-delà de ce qu’elle voudrait  l’être.   Bon ou mauvais ?  Affaire de perspective.  Parfois le communautarisme est prévu, voulu, favorisé. C’est le cas de l’Europe, dans laquelle la France n’est elle-même qu’une communauté.  Par l’autre bout de la lorgnette, si on souhaite maintenir à l’échelle de la France une identité nationale  forte, le communautarisme peut être perçu comme un inconvénient.  Comme une menace.  Bon ou mauvais, le communautarisme est là.

Il sera là jusqu’à ce que majorité et minorités aient convergé vers un point d’équilibre où se créera une nouvelle identité nationale qui reflètera le vrai rapport de forces entre elles. Jusqu’à ce jour de consensus et de fusion, ce sera un euphémisme de dire « nous ».  Les Américains ne parlent plus de « Melting Pot » mais de « Salad Bowl »…  et il faudra quelque temps pour faire monter la mayonnaise.  En attendant, comme disait de Gaulle, «l'eau et l'huile ne se mélangeront pas ».

Pour un temps, on va se côtoyer plutôt que se mêler et la paix sociale ne passera pas par la fusion, mais par la tolérance.  On se retrouve dans une société fragmentée et il va falloir vivre avec le communautarisme. Le nier ne règlera rien. On n'empêchera pas ceux qui se ressemblent davantage de vouloir s'assembler.  Dans la société parcellaire qu’est devenue la France,  il faut tenter de maintenir au mieux a loyauté de tous envers la  collectivité.    Comment y parvenir ?

On peut arrêter l’immigration, mais cette approche ne règle pas la question des minorités déjà établies. Pour redonner aux minorités un sentiment d’appartenance à la collectivité globale et assurer la primauté des valeurs nationales sur celles qui leur sont spécifiques, il ne suffit pas de valoriser la Nation ; il faut aussi réduire la sujétion des minorités aux patrons communautaristes.

Il faut le faire avec justice et discernement, car tous ceux qui sont là ont désormais des droits, il compris celui de leur attachement à leurs valeurs identitaires traditionnelles.  Il ne s’agit donc pas de mettre en place des mesures vexatoires comme l’Histoire en a trop connues, de la « taxe pour non-croyants » des Omeyyades de Cordoue  à l’étoile jaune de triste mémoire…   Il ne s’agit pas de brimer celui qui s’est réfugié  dans son communautarisme, mais de la sécuire et de le guider  vers ce nouvel équilibre de consensus qui lui conviendra, à lui comme aux autres.
 
Comment arracher  l’individu à l’emprise des regroupements religieux et ethniques qui s’arrogent sur lui un pouvoir exclusif et s’érigent ainsi en rival de celui de la Nation ?  En favorisant l’émergence de loyautés transversales qui regroupent  en un projet commun les membres de diverses communautés.  Il fut un temps où le service militaire jouait ce rôle, mais la conscription n’est plus en harmonie avec le zeitgeist actuel.  Non plus l’école républicaine pour tous, où l’équilibre a basculé et où les communautarismes ne se résorbent plus, mais  trouvent un terrain propice pour venir s’affronter.

Les appartenances communautaristes ethniques et religieuses qui sont nocives à l’identification nationale ne peuvent être contrées efficacement que par celles qui naissent dans des projets auxquels on adhére librement. Il faut créer de ces projets.  Peut-on penser que puissent exister de telles appartenances prenant le pas sur les sectarismes ?  Bien sûr, il en existe déjà. On ne veut pas les voir et en tirer les conséquences, parce  qu’elles nous font grincer des dents.  Les projets qui facilitent l’éclosion d’appartenances toutes ethnies et croyances confondues sont celles  qui suscitent un fanatisme tout aussi inconditionnel que celui des ethnies et croyances elles-mêmes.

Ces appartenances sont de deux types.  Celle a un gang de celui qui choisit de quitter définitivement la légalité.  On prend la bure. On ne soustrait pas une part de sa loyauté à la collectivité pour la donner au gang :  le transfert est total.  On est au-dela de la menace communautariste, car non seulement le gang devient une nation, mais il est en guerre avec la collectivité.  C’est aussi la situation d’un mouvement en rébellion ouverte. Les choses sont claires.

 Il y d’autres appartenances  qui peuvent susciter autant d’émotions, mais ne créent pas cette rupture ni cette opposition, car  elles s’exercent dans une autre dimension. Elles ne sont pas hostiles à l’État, elles veulent l’ignorer. Elles veulent ignorer également ethnies et religions, et c’est là que, sans rien faire pour ça, elles rendent service en dissociant l’individu de ces autres appartenances.

Le supporter d’un club de foot, le fan d’un groupe de rock, le syndicaliste les jours de gréve, peut être aussi férocement partisan de « ça » qu’on est chiite en Irak, ou fondamentaliste au Kentucky.   On peut mourir pour ça.  Les hooligans anglais tuent pour ça, de temps en temps…  C’est parce que l’émotion est si forte, qu’on peut transcender la barrière communautaire.   Ces groupes d’affinités auxquels on peut s’identifier plus qu’a son ethnie ou a son culte  existent,  mais quel est  l’avantage de les leur substituer, si elles peuvent mener aux même excès !   Il y a deux avantages.

Le premier, c’est que ces nouveaux fanatismes ne sont pas rationalisés par un corpus doctrinal séculaire qui permet et parfois impose le respect. Leurs outrances sont indiscutablement perçues comme des outrances. Personne ne prétend qu’il soit moralement et socialement acceptable de donner sa vie pour le Real  Madrid ou le PSG.  Certains, dans le feu de l’action, peuvent le faire ou même y penser, mais il n’y a pas de soutien populaire pour un passage à l’acte.  Tant qu’ils y pensent, ils ne sont pas à le faire pour une autre cause ; les fanatismes sont des vases communicants.  Bien difficile de mener en croisade ou en jihad le partisan du Liverpool qui est totalement investi dans sa propre totalkrieg  avec les  partisans du Munich ou de l’OM.    Ses vrais coreligionnaires sont ceux qui partagent sa vésanie.

Le deuxième avantage d’avoir pour exutoires ce que Stendhal  aurait sans doute appeler ces « fanatismes de vestiaires », est que les prétextes à en en développer sont nombreux et qu’ils ne sont pas mutuellement exclusifs, permettant  donc à quiconque le souhaite d’ètre partie prenante de plusieurs. Le danger pour la société diminue si les appartenances sont multiples, comme la rationalité de l’individu est plus stable s’il s’identifie a plusieurs appartenances.  Une loyauté partagée est moins contraignante, moins menaçante…. Si religions, ethnies et autres  sources du communautarisme perdent de leur importance, au profit de QUOI QUE CE SOIT, la Nation par défaut retrouve un peu la sienne…  

Est-ce a dire qu’il faut encourager le fanatisme et la violence dans les stades et autour des stades ?  Evidemment pas… mais il faut comprendre que le communautarisme doit être pris à revers, en favorisant d’autres loyautés transversales à l’ethnie et à la religion. Toute émotion asse forte pour obnubiler les liens communautaristes doit-elle  conduire à la violence, ou la seule appartenance peut-elle  suffisante pour y parvenir ?  Il suffit d’un goal en Coupe du Monde, pour que toute la France cesse de penser Black et Beur et que, pour quelques  jours, il n’y ait  plus que des Français en France.  

Ii  faut réfléchir à la notion d’appartenance et y trouver des exutoires, non-violents ceux-là, qui soient des alternatives au communautarisme.  Dans une société « Pigalle », l’identification a des groupes plus restreints générateurs d’émotions fortes est l’arme efficace contre le communautarisme.  On a le double paradoxe que la multiplication des appartenances  est un pas vers l’individualisme et que cet individualisme qui horizontalise sous l’égide de  l’État est  la meilleure façon de conserver sa primauté à l’identité nationale.


 

Pierre JC Allard




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