08 03.18

 

 

Bien plus loin que l'Oural


 

 

J’ai souvent appelé de mes vœux l’accueil de la Russie dans une Europe unie.  À vingt–sept (27), nous sommes trop ou pas assez et, quand je dis Russie, je pense aussi Ukraine et Belarus. On ne règlera pas cette question en quelques lignes;  je voudrais seulement énoncer ici des faits simples et présenter quelques arguments.  D’abord, juste quelques chiffres, pour montrer le plan de masses.  

Avec la Russie, l’EU quintuple sa superficie, sa population passe de 500 à 700 millions d’habitants – plus du double des USA – et  son PIB tend vers 40 % du PIB mondial, en faisant de loin la première puissance commerciale et industrielle  du monde.  Cette Europe élargie a une parfaite autosuffisance en hydrocarbures et est le plus vaste réservoir de matières premières de la planète.  L’Europe ainsi agrandie est autarcique. Je ne dis pas ici qu’il faudrait en fermer les frontières – c’est un autre débat – mais il n’est pas mauvais de faire le constat que ce bloc n’a vraiment besoin de rien ni de personne.   Bon pour l’évolution et bon pour la paix , car on n’aime sincèrement que quand on aime gratuitement.  Sans dépendances.

Le bloc ainsi créé n’est pas un agglomérat disparate : il est le cœur de la civilisation occidentale.  Il est au bout de la filiation « Athenes, Rome, Byzance, Renaissance, Science, Droits de l’Homme et Liberté».  Il y a eu des moments noirs  dans le cheminement de Occident, des croisades à la colonisation, mais ce qui en résulte aujourd’hui s’exprime dans une culture postchrétienne laïque qui se réclame de la tolérance et de la raison. Ce résultat me satisfait. Je ne veux pas en changer. Je souhaite que la civilisation occidentale continue…

Je ne souhaite pas qu’elle conserve un hégémonie abusive qui tôt ou tard serait sa perte.  D’autres cultures, chinoise, indienne, islamique, etc.  sont désormais en rapide expansion et il faut respecter leur droit à occuper plus de place.  Il faut nous défaire, toutefois, de cette arrogance qui nous porte à croire que l’Occident survivra par quelque droit divin. Notre culture, comme toutes les autres cultures, ne survivra qu’aussi longtemps qu’elle conservera son dynamisme interne et la force de se faire respecter.  Il faut constituer un ensemble culturel occidental cohérent.

Or, au moment où il faudrait cette union, tout un pan de l’Occident sur lequel on croyait pouvoir compter se désagrège. Les USA on quitté la famille. En discuter serait un autre débat, mais la suppression progressive des libertés et le retour vers la religion montrent bien que l’Amérique a pris une voie différente de celle de l’Europe.  Aujourd’hui, les USA sont dans le camp de l’obscurantisme et marchent à grand pas vers la tyrannie. On peut souhaiter le retour de l’enfant prodigue, mais en attendant il faut se compter et faire sans eux…

La Russie fait partie de la civilisation occidentale. Même si des popes barbus sont apparus en si grand nombre à la chute de l’URSS, qu’on aurait pu croire qu’ils avaient été élevés en serres pour être relâchés au moment opportun, le discours dominant en Russie est demeuré rationnel, scientifique, laïque.  La pensée politique – dans un pays où la démocratie n’a jamais vraiment eu son heure !  -  a continué d'exiger plus de liberté.  L’Amérique est apostate de la liberté, la Russie attend encore son baptème.  Aidons-la.

On peut l’aider. Sur le plan démocratie, la Russie a des problèmes évidents d'application, mais si on va au palier des principes, la constitution soviétique était plus démocratique que le modèle qui prévaut aujourd’hui chez nous.   Il y a peut-être des leçons à apprendre, de part et d’autre, même des synthèses à faire, si on échappe à la tutelle américaine et à sa propagande « à la Bernays ».  Il est important de comprendre que la Russie VEUT apprendre de l’Europe… et qu’elle PEUT apprendre. La  Russie a mis en place un système d’éducation culturelle et technique qui n’a rien à envier au nôtre. Le Russe moyen est ÉDUQUÉ. Rien à voir avec la mixture, en parts bien inégales, de Ph.D et d’ignares incultes qui donne sa spécificité à la société américaine actuelle.

On peut vraiment s’entraider. Le potentiel industriel de l’EU se meurt pour des ressources naturelles ; la Russie les a, alors que sa structure industrielle a été sabotée, détruite, abandonnée.  La Russie a développé des recherches scientifiques innovantes qui sont laissées en friche, alors que dans bien des domaines, en Europe et en Amérique, la mainmise d’un certain capitalisme sur la recherche a imposé des œillères au développement. Si oninvestissait massivement dans la recherche en Russie, la récolte serait prodigieuse… et rapide.  

Il y a aussi  la capacité et surtout le potentiel russe qui, ajouté à celui de l’EU, permettrait d’aller plus loin plus vite dans la recherche spatiale. Doterait aussi une Europe élargie de la crédibilité militaire accrue lui permettent  de devenir une troisième force et de jouer un rôle d’arbitre, dans un monde qui autrement sera  bipolaire, menant quasi inéluctablement à un affrontement entre la Chine et les USA.

Pour accueillir la Russie dans l’Europe, il faut que nous le voulions.  Il faut donc d’abord qu’une population bien informée ne perçoive pas l’arrivée des Russes dans Europe comme si des hordes innombrables allaient nous envahir ; les Russes constitueraient  moins du quart de la population d’une Europe élargie et leur production est de l’ordre de celle de l’Italie.  Un ajout important, mais pas une prise de contrôle.

Simultanément, il faut aussi  que les Russes le veuillent et qu’ils aient une volonté d’appartenance sincère à l’Europe, ce qui est facile à Saint-Pétersbourg ou à Moscou, mais demande plus d'efforts à l'est de Novossibirsk et surtout du lac Baïkal….   N’oublions pas que la Russie peut choisir d'appartenir à une autre univers. Si elle fait cet autre choix, nous le regretterons.  Il faut faire notre demande en mariage et il faut que cette demande soit acceptée.

Si la Russie vient vers nous, il faudra l’amener au point d’intégration où en sont  les participants actuels à l'Europe. Le plus gros problème immédiat sera l’intégration monétaire, car il ne manquera pas de gens pour penser qu’il faudrait en profiter pour ramener dans  le giron politique les pouvoirs qui ont été accordés à la Banque Centrale Européenne, faisant simplement de l’EU un appendice du capitalisme international contrôlé aux USA.

Douteux que les Russes acceptent d'entrer dans ce piège, pas plus que les Anglais, ne l’ont accepté .  Ils auront bien raison, car c’est une aberration de penser qu'on est une démocratie, si le contrôle des instruments financiers échappe au pouvoir démocratique.   Mais est-ce à la Russie où au piège qu’il faut faire barrage ? C’est un autre sujet.  Si on veut faire vraiment l’Europe, il faudra régler cette question. Avec les Russes…, mais aussi avec les Anglais

Quand ils seront entrés, on évoluera tous ensemble.  On ira sans doute plus vite, cependant, car nous aurons tant à gagner à créer une Europe spatiale et militaire. Considérant la nouvelle distribution globale de la main-d’œuvre et des ressources naturelles, on voudra aussi mettre en place au plus vite des politiques protectionnistes au palier de l’Europe.   On ira plus vite  vers une union politique, probablement confédérale. On voudra le faire vite, car tant que ce ne sera pas chose faite, il y aura un risque de  désintégration de cette Europe élargie, risque d'autant plus grave que la zizanie sera fomentée par des forces extérieures qui y trouveront leur profit.

La Russie dans l’Europe est un beau défi.  Je rêve d’un million de jeunes Russes venant faire des études en Europe occidentale, pendant qu’un nombre similaire de jeunes Européens de l'Ouest vont faire les leurs la-bas. La civilisation occidentale devrait être UNE, ses volets réconciliés avant qu’ils ne redeviennent antagonistes comme ils l’ont été trop souvent.  

Je rêve aussi, d’un même échange avec de jeunes Américains.  Il faudra le faire, aussitôt que l’Amérique se sera guérie de son corporatisme fascisant et de ses superstitions archaïques.  Pour le moment, concentrons sur la Russie. Elle est prête.


 

Pierre JC Allard




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