08 02..13

 

 

Le temps des malotrus


 

Je suis Québécois. Québécois, comme on est Bourguignon en Bourgogne et Lorrain en Lorraine, mais la famille parlant français depuis mille ans, ayant eu un cousin tombé à Dieppe et ayant glané un doctorat rue Soufflot, je me sens aussi Français. Je me sens investi dans Ronsard et Voltaire, ou peut-être devrais-je dire qu'ils m'ont investi. Quand je parle des Français, je dis « nous ».

Je n'aime pas rougir d'être Français. Quand le roi met ses doigts dans son nez, le roi n'est pas mon cousin. Je suis donc furax de penser qu'au pays qu'on veut de la courtoisie, de la galanterie et d'un certain art de vivre, on trouve maintenant un journalisme ordurier comme je croyais que seuls les Anglo-saxons avaient le vice d'en tolérer .

Les faits ? Le Nouvel Obs, ci-devant France Observateur, avant que ne vienne la mode des sobriquets et des raccourcis et qu'on décide d'avoir des idées courtes, vient de trouver spirituel de publier un SMS du Président Sarkozy à son ex-épouse Cecilia avant son remariage avec Carla Bruni. Le message : « Reviens et j'annule tout » Bien sûr. Il nie

Evidemment, ça soulève bien des questions. IL l'a écrit ou c'est un faux ? Ou commence la vie privée des hommes publics ? Un président qui attaque un journal en injustice porte-t-il atteinte à la liberté de la presse ? Les tribunaux en décideront. Toute la France se questionne

Moi pas. Moi, j'ai ma réponse : nous, Français, sommes à devenir des goujats. C'est Louis qui me l'a confirmé.

Quand je suis à Paris, à l'heure du déjeuner, je croise et je salue souvent mon voisin Louis. C'est lui, la Vieille France, parce qu'il me lève son chapeau, alors que moi, le vieux jeunot, je n'en porte plus. je l'appelle Monsieur : il a l'âge qu'aurait mon père. Parfois on se parle un peu.

Hier, mon voisin et moi, on a parlé du SMS de Sarkozy et du Nouvel Obs

- Le président ceci, le président cela ­ m a dit Louis -... Je veux bien, mais pourquoi chagriner cette petite, qui est bien mignonne et qui n'a rien à y voir, en lui disant que son mari ne l'aime pas ? Qui a lancé cette histoire ?

- Labro, Routier, le Nouvel Obs._

- Labro ? Je le connais . Il a filé un mauvais coton... Je croyais qu'il allait mieux... Dites-moi, c'est bien lui qui a trouvé intelligent de nous montrer les fesses de Simone de Bauvoir ? Ca change de la Guerre d'Algérie. Il n'a plus le même regard, l'Observateur...

- C'est surtout Routier, je crois, l'instigateur investigateur...

- Routier ? Aury Routier ? Je l'ai rencontré une fois. Il avait la physionomie de ces Allemands qui donnent des bonbons aux enfants dans les villages de Thailande ...

- Il n'est pas responsable de sa physionomie...

- Non, mais il est responsable de ce qu'il dit. Et le visage n'est pas innocent. Ceux qui veulent faire de la peine aux femmes sont presque toujours ceux qui ne peuvent pas leur faire plaisir. Qu'est-ce que c'est, cette histoire de procès ?

- On verra en justice, s'il y a eu faux et usage de faux...

- On n'a plus le sang très chaud en France. Moi, le Labro, et le Routier je les aurais giflés... !

- On accuse plus souvent le Président de manquer de sang-froid que de sang chaud ! Le sang-froid, ça compte, on est en République..

- On disait « la Gueuse » quand j'étais jeune... Si la République, c'est de laisser insulter les femmes, est-ce que ça vaut la peine ?

- Rien à voir avec la République ! La presse « people » a été importée d'Italie en beta paparazzi, version finale made in USA, comme la mafia. Et c'est le Président qui a commencé à faire la roue comme un paon devant la presse !

- Si les Français n'aiment pas leur président ils peuvent changer de président... mais une nation est aussi responsable de la courtoisie de ses journalistes. Qu'est-ce qu'ils doivent faire, les Français, pour changer leurs journalistes quand ce sont des malotrus ? Il fut un temps où les goujats recevaient d'abord un bristol, puis un coup d'estoc qui leur donnait le goût d'aller apprendre à vivre. Évidemment c'est fini. Je vois qu'on ne porte même plus la canne...

Je n'ai rien répondu à Louis. Il est d'une époque où l'on était souvent, vache, mais rarement des veaux... Vive l'État de droit et la République, mais je serais plus fier de la France si elle donnait la parole aux vrais révolutionnaires, plutôt qu'aux malotrus. Je ne vois pas de vertu dans le « bavassage » de cette pseudo gauche mal élevée, sans idées et sans talent, dont le Nouvel Obs est emblématique.

 

Pierre JC Allard




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