07.10..07
Kärcher
D'où nous est venu ce Sarko autoritaire, farouchement LUI, qui arrive dans
la vie politique française comme un anachronisme? Un anachronisme, tout au
moins, pour ceux qui sont encore bien jeunes. Ceux qui pensent que la république
est la seule réalité et qu'il n'y en a pas d'autre. Ceux qui trouvent
un peu agaçant qu'on ait tous les problèmes de la démocratie,
mais qui sont convaincus qu'on ne peut pas en avoir d'autres. Ceux qui ne s'inquiètent
pas des autres problèmes, comme le fascisme, le stalinisme, l'américanisme...
des maladies honteuses, depuis longtemps contrôlées chez nous. La peste
? Bien sûr, la peste, on connaît, mais pas en France !
Ne voyant qu'aujourd'hui, ils oublient que la France, depuis la Révolution,
est passée par trois monarchies, deux empires, une dictature et cinq républiques,
sans compter les consulats, directoires et autres originalités. Ils ont le
double défaut de trouver plus tolérables qu'ils ne le sont objectivement
les problèmes de la démocratie -- incluant tout ce verbiage inutile
et cette corruption débridée -- mais sans entrevoir dans la pénombre
la possibilité même d'un État où l'on n'ait personne
à qui se plaindre, ni députés, ni avocats, ni journaux, si
quelqu'un en uniforme vient vous casser la gueule ou vous jeter au trou parce qu'il
en a envie. Nous vivons en république.
Nous vivons encore en république, mais ça pourrait changer... Pas
le mot « république » - il est aussi confortable qu'une vieille
paire de pantoufles et on ne le laissera pas partir - mais l'idée de république,
le concept tenu fermement pour acquis d'un État de droit absolu. Ça,
ça pourrait partir. Pourquoi ? Parce qu'on est heureux et que tout va bien.
La vie en France est devenu un fleuve tranquille. On glisse au fil de l'eau et le
courant n'est pas très rapide...
Le fleuve coule trop doucement pour charrier tous les déchets qui s'accumulent
le long des berges et nous avons quelques problèmes... Le plus grave de ces
problèmes, c'est que, dans notre "État de droit ", se sont
développés, comme des colibacilles, une foule d'éléments
qui ne sont plus soumis à la loi. De petits éléments malins
pour qui la loi n'existe pas et qui deviennent autant d'irritants. Trop de gens
qui ne payent pas les impôts qu'ils devraient payer. Trop de compagnies qui
traitent l'environnement comme il n'est pas permis de le traiter... et qui s'en
fichent. Trop d'arrogance, par trop de fonctionnaires qui, protégés
par leur syndicat, mais surtout par la nonchalance des gens ordinaires, peuvent
faire n'importe quoi et surtout rien du tout.
La loi ? Trop d'éléments criminels ont maintenant une parfaite connaissance
de la loi et peuvent l'utiliser à mauvais escient pour voler et tromper.
Trop de politiciens mériteraient d'être pendus, à qui l'on donne
le droit, après leurs crimes, de revenir gentiment redemander qu'on leur
fasse confiance. La loi est devenue comme ces tests qui cessent d'être discriminants,
parce que les "autres" connaissent les réponses. La loi n'empêche
plus rien, parce que ceux qui le veulent savent tous comment la circonvenir et qu'il
n'y a rien au-dessus de la loi: nous sommes un État de droit. C'est bien
ce qu'on veut, n'est-ce pas, un État de droit ?
Oui, c'est ce qu'on veut. La démocratie, c'est pour ça qu'on s'est
battu. Mais, il y a des choses que la démocratie ne peut pas faire. La démocratie
ne peut pas régler les problèmes inhérents à la démocratie
elle-même. Le problème de la majorité qui s'impose aux minorités,
le problème de ceux qui ont toujours la force de l'État de droit pour
eux, puisqu'il est dans la nature du jeu que gagnent ceux qui le jouent bien et
qu'il y a des règles du jeu qui mènent à l'injustice. Sans
rémission. Alors, une certaine nausée chronique s'installe. C'est
pour ça que, depuis qu'on a dit "démocratie", on sait que,
quand la loi n'apportera plus ce qu'elle devrait apporter, ni la sécurité,
ni la justice, ni l'espoir, on la mettra en congé.
Aussi sûrement que les glaciations et les phases de la Lune, on sait que,
quand il y a trop de déchets le long du fleuve trop tranquille, vient un
pouvoir autoritaire. Un pouvoir qui n'est PAS démocratique et qui ne s'embarrasse
pas des règles écrites. Pas un pouvoir fasciste corporatiste, collégial
comme celui de Bush, mais un pouvoir personnel, comme celui de Louis XIV ou de Napoléon.
Un pouvoir si absolu qu'il en devient débonnaire et qui vient faire un bon
ménage. Le consensus populaire, tout à coup, est que, entre deux démocraties,
quelqu'un vienne trancher le noeud gordien et remettre les pendules à l'heure...
Naturellement, ce sera l'heure que voudra celui qu'on aura choisi, mais ce sera
aussi l'heure que nous voulons tous. Parce que c'est pour ça que le consensus
l'aura choisi.
Vraiment choisi, parce que l'autoritarisme n'est plus le mode par défaut
dans une société moderne. Dans un État moderne, l'interdépendance
entre les partenaires sociaux est telle, qu'il est impossible de transgresser le
consensus social bien longtemps. L'autoritarisme vient quand on le réclame.
Il va sur son erre, le temps d'épuiser l'indignation qui la mis en action
et qui lui a donné le pouvoir d'agir... puis disparaît. La dictature
demeure une abomination, mais elle a désormais la qualité rédemptrice
qu'elle ne dure jamais. Elle ne peut pas durer. Une société, paradoxalement,
ne peut renoncer au consensus que le temps qu'il y a consensus pour y renoncer !
C'est toujours le peuple qui décide, même quand la démocratie
est en congé.
Où en sommes-nous, aujourd'hui, dans la marche vers l'autorité ? Peut-être
plus loin qu'on ne le pense. D'abord, les problèmes sont là : la corruption,
la violence dans les rues, l'invasion des "autres" que l'on prétend
différents et qu'il est facile de voir comme la source de tous nos maux.
Les atermoiements infinis qui font que justice n'est jamais rendue, que le progrès
n'arrive jamais et que l'on n'a pas ce sentiment de devenir chaque jour un peu plus
prospère, un peu meilleur, un peu plus heureux. Il y a une majorité
- qui s'ignore encore - qui veut que l'on sorte le balai, que les choses changent,
que la justice soit telle que chacun, en lui-même la voit. La demande est
là. La réponse aussi, peut-être. Elle s'appelle peut-être
Sarkozy. Il est venu parce que c'est ce que nous voulons.
Sarkozy a des idées et aussi des émotions, ce qui est indispensable.
Il est bien inspiré et totalement sans scrupules. Comment peut-il accéder
au vrai pouvoir, à l'AUTORITÉ ? Les étapes sont simples. D'abord,
rendre inutiles tous les autres pouvoirs de l'État, qui s'équilibrent
et qui font une France où tous les droits sont respectés... mais aussi
où tous les abus sont permis. Dans un premier temps, on peut reconstituer,
au niveau de la Présidence, une représentation pluraliste de la France.
On peut y emmener assez de gauche, avec ce qu'il faut de droite, pour que des débats
entre factions ressorte clairement ce que veut la population. On se parle, on écoute
les doléances, on accepte quelques remontrances délicates, puis le
Chef de l'État - qui est celui qui sait ce que la France veut et qui peut
donc agir comme arbitre - donne des instructions pour que chacun fasse ce que doit.
Tout se règle au Palais. Le législatif, ce qui porte le nom d'exécutif
et même le judiciaire obéissent aux directives. Ce sont, de toute façon,
les directives que le peuple veut qu'ils reçoivent... Regardez les sondages...
Chaque semaine, dans les sondages, la France plébiscite son Chef.
Quand tout fonctionne bien, il ne reste qu'à institutionnaliser cet ordre
nouveau. D'abord, un gouvernement d'Union Nationale. Une crise, n'importe laquelle,
et ça deviendra un devoir pour chacun de se joindre à un gouvernement
monolithique. Tous ceux qui ne sont pas encore venus d'eux-mêmes à
la Présidence seront alors priés et convaincus de s'y présenter,
de Besancenot à Marine en passant par Bayrou. Dans un deuxième temps,
une nouvelle constitution : une VIe République.
Avec un Exécutif qui se confond avec le Président, un législatif
qui ne s'organise plus en partis politiques, mais est composé de députés
indépendants qui représentent directement les électeurs, comme
des États Généraux permanents de la nation française.
Ce sont eux, que le Président veut écouter. Pas les préjugés,
les éléphants, ni les rhinocéros engoncés dans leurs
idées d'hier et leurs privilèges. Une Assemblée de députés
indépendants, issus du corps de la nation - éviter de dire du pays
réel - et les lois leur sont soumises. Une vraie démocratie populaire,
presque directe. Par la grâce et sous l'égide, bien sûr, du (Prince)
Président, formellement et massivement plébiscité...
Après, on règle les problèmes. On remet les pouvoirs financiers
à leur place, en confisquant, dans la mesure du nécessaire, ce qu'ils
ont pris de trop. Sans discussions, car bien des secrets sont sortis et la France
est indignée... Heureusement le Président est là, pour assurer
l'ordre... Qui a dit que le Chef était de droite ? Puis, on remet une frontière
autour de la France, et une autre autour de l'Europe qui se confond avec la frontière
de l'Occident. De ces deux frontières, la première est bien poreuse...
dans la mesure où la seconde est bien étanche. Libre à l'Allemagne
d'accueillir des Turcs, mais s'ils viennent en France, ce sera comme touristes.
Le commerce international ? Oui, s'il fait l'affaire de la France. Les migrations
de population ? Oui, si elles font l'affaire de la France... L'Europe ? Oui... puisqu'elle
fait l'affaire de la France. Qui a dit que le Chef était de gauche?
Tout cela ne peut durer qu'un temps, car si on se lasse de l'ineptie de l'attentisme
et des remises à demain de la démocratie, on se lasse encore plus
vite, quand on y est soumis, des remises en question en cascades et de l'arbitraire
érigé en dogme des pouvoirs autoritaires. Il n'y a pas de terrain
plus fertile pour faire croître une démocratie que le terreau de l'absolutisme.
On la regrettera, elle reviendra... Quand les problème sont réglés,
l'indignation cesse, on envoie Sanson lui-même à la guillotine et l'on
recommence une autre histoire d'amour avec la démocratie....
Une nouvelle démocratie virginale, bien proprette dont ont été
brossés au karcher les entourloupettes, les privilèges éhontés
enchâssés dans un fatras de formules illisibles et toutes ces cohortes
de petits copains, toutes ces théories interminables de petites fourmis profiteuses....
Combien de temps pour que revienne la démocratie, si elle part en vacances
? On ne sait pas, tout change très vite... Pour parodier la phrase de Lamartine,
les 18 ans depuis la chute du Mur de Berlin ont été 18 siècles
pour le monde... Dans une société de tradition démocratique
et avec l'Internet qui assure la transparence, des vacances dans l'absolutisme ne
devraient pas durer bien longtemps..... Un mauvais moment à passer... Je
serais bien surpris que "cette génération passe, avant que toutes
ces choses n'arrivent"...
Pierre JC Allard
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