07.06.21

 

 

La crise des retraites au Canada

En début de semaine, David Dodge, Gouverneur de la Banque du Canada, est venu sonner l'alarme en nous rappelant que l'on vieillit et que toutes ces décennies d'après-guerre où l'on a fait des tellement enfants - suivies de celles où l'on en a fait tellement moins - nous ont bâti une drôle de pyramides des âges. Le secret de cette pyramide, c'est qu'elle n'en a pas n'en est pas, car la démographie est une science exacte. Il y a 30 ans qu'on nous prédit des problèmes, ils sont là.

Il y a bien une trentaine d'années, en effet, que les actuaires de Québec, Yves Guérard le premier, nous ont prévenu que ce serait dur. Le rapport de recherche de Statistique Canada, sorti le 15 juin, est venu confirmer le message de Dodge et nous dire que la population active ­ la population de plus de 15ans, présumée en âge de travailler - commencera à chuter dès 2011. En 2011, les premiers « baby boomers », nés en 1946, auront 65 ans - la démographie est bien une science exacte - et ils vont se présenter au guichet.

Oh, il y a déjà des baby boomers qui ont accroché leurs patins ­ Liberté 55, ce sont eux, qui y ont pensé, n'est-ce pas ­ mais la majorité des nouveaux vieux, traditionalistes comme il se doit quand on est nombreux, vont commencer à se faire pensionner en masse dans 3 ans. Commencer. Après, ils en auront pour longtemps. Une vingtaine d'années chacun et leur espérance de vie devrait grimper encore d'un a ou deux avant qu'ils ne cessent d'espérer.

Donc les problèmes sont là. Premier problème, moins de travailleurs au boulot. Donc, des pressions sur les salaires et j'entends déjà Sherry Cooper, économiste chez Nesbitt Burns venir nous dire que l'on pourrait s'écarter du chömage « naturel » au Québec, qu'elle fixait à 10.5% Je ne sais pas si Madame Cooper pris sa retraite, mais je ne pleurerai pas si le chômage baisse et si les salaires augmentent un peu. On en aura besoin.

Parce que le deuxième problème, le vrai, c'est que les cohortes suivant celle des prochains retraités étant moins dodues, il y aura de moins en moins de gens au travail pour assurer le paiement des pensions à de plus en plus de retraités. Nous avons aujourd'hui quatre (4) personne au travail pour une personne à la retraite. Nous allons tendre rapidement vers une situation où il n'y en aura plus que deux (2). Ce n'est pas une surprise, Guérard l'avait dit, mais ce sera lourd à porter. Qu'est-ce qu'on peut faire ?

La solution démographique, ce serait d'inviter des milliers de jeunes immigrants pour remodeler la pyramide. Disons pudiquement que les conséquences sociales seraient significatives, tout en nous souvenant qu'on a déjà bousillé tout le système de santé pour atteindre le déficit-zéro et que l'hypothèse d'importer des contribuables pourrait bien sourire à un futur Lucien Bouchard. On en reparlera certainement.

Y a-t- il une alternative ? Oui, refouler les pensionnés vers le marché du travail. Il n'est pas dit dans la Bible ni le Coran que la retraite est à soixante-cinq ans et l'on pourrait donc prolonger la vie active de 65 à 70 ans, s'inspirant de la science qui a déjà prolongé la vie tout court de plus de 5 ans sans que personne ne s'insurge. Si on le fait, on ajoute 8% de travailleurs contribuables et l'on réduit du tiers le nombre des pensionnés. On change la donne. Une bonne solution, au moins pour une génération, le temps que l'on se mette dans la tête de vivre encore davantage.

Une bonne solution, mais qui demande un peu de doigté. Supprimons d'abord, bien sûr, toute règle qui oblige qui que ce soit à prendre sa retraite, sous réserve d'un examen médical annuel à partir de 65 ans pour faire foi de sa capacité au travail. 17 % de la population déclare souhaiter ne JAMAIS prendre sa retraite ; ce n'est donc pas une mesure triviale.

Ensuite, Il faut inviter bien poliment à rester au travail ceux qui ont cotisé le temps requis pour avoir droit à leur pension, sans rien leur enlever des sommes qui leur sont dues. Il faudra leur offrir des avantages suffisants pour qu'ils acceptent cette proposition. L'important est de les garder comme travailleurs et donc comme contribuables à des taux d'imposition plus élevés.

Enfin, en fixant dorénavant l'âge de la retraite à 70 ans, il faut naturellement recalculer les primes pour tous ceux qui sont au travail et cotisent déjà. de sorte que le sacrifice exigé soit équitable pour tous, ce qui une opération mathématique simple.

Peut-on faire autre chose ? Faire, peut-être pas, mais prévoir, oui. Lorsqu'il n'y a plus, pour payer la pension du retraité, que deux travailleurs plutôt que quatre, tout se passe comme si l'on ajoutait une personne à charge par couple. Normalement, on ne verra pas ce retraité qui restera fantôme, c'est la fiscalité qui fera la compensation. Mais la charge fiscale augmentant, qui sait si beaucoup de contribuables ne seront pas heureux d'avoir papy et/ou mamie comme colocs pour participer aux dépenses du ménage ?

Les avantages et désavantages de cette cohabitation intergénérationnelle exigeraient un long développement. Je ne mentionne ici ce phénomène que pour attirer l'attention sur cette option que les circonstances économiques pourraient rendre attrayante et donc les impacts sociologiques seraient énormes. En effet, les enfants aux études restent chez les parents de plus en plus vieux, parce que c'est leur seule façon de s'en tirer. Si, devenus contribuables, ils accueillent à leur tour ces parents pour boucler leurs fins de mois on n'est pas loin de faire le pont et l'on tend vers un modèle de famille élargie qu'on croyait bien disparu depuis la révolution industrielle.

Les bénéfices seraient considérables. Gains psychologiques en rompant l'isolement et la solitude qui sont des fléaux de notre époque, souvent dénoncés comme facteurs contributoires à la criminalité et aux maladies mentales, Gains financiers, aussi, puisque l'habitat est rentabilisé et qu'on apporte une solution bien terre-à-terre gardiennage, dont on a eu la surprise de constater qu'il était la plus forte dépense liée à l'éducation des enfants.

Une affaire à suivre. Qui sait si la catastrophe annoncée de l'explosion des coûts liés à l'arrivée des baby boomers à la retraite ne se soldera pas, en définitive, par le passage à un nouveau modèle de société plus humain ?


 

Pierre JC Allard




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