06.03.29

 

 

Une sacrée union

 

Quand l'homme au complet bleu d'Aznavour met la faute sur public, on sait qu'il faut lui donner tort. Si demain Villepin retournait sur ses terres en disant qu'ils n'ont rien compris, je lui donnerais raison. Parce que les CPE sont certainement une mesure dérisoire, mais ne sont certes pas l'ignominie qu'on prétend et qu'on ne peut pas vraiment faire beaucoup mieux sans changer tout le système, ce pour quoi la France n'a encore donné de mandat à personne.

Je pense que les Français n'ont pas compris et ne veulent pas comprendre. Il est "naturel" - dans le sens d'Alain MInc, disant que le capitalisme est l'état naturel de la société - qu'il y ait au chômage, en France, 23% des moins de 26 ans. Les compétences qu'ils ont et que l'on continue de leur donner ne correspondent plus aux besoins de la société. Il n'y a pas d'argent pour les mettre au travail à satisfaire les vrais besoins de la société actuelle et donc aucun intérêt à les former pour le faire. L'argent est thésaurisé, sert uniquement à la spéculation - 98% des transactions internationales n'impliquent PAS un échange de biens ou de services aux consommateurs - ou à produire des armes et des gadgets superflus. Les besoins essentiels du monde sont ignorés.

Dans cet état "naturel" des choses, toute hausse de la demande est précaire. Rien ne peut donc mieux convaincre un employeur d'embaucher pour profiter d'une occase que son droit à licencier quand la chance a passé. C'est d'une implacable logique. Descendre dans la rue pour dire que les choses ne sont pas ainsi est absurde. On pourrait descendre dans la rue pour dire que les choses ne DEVRAIENT pas être ainsi, mais il faudrait le dire autrement et ça demanderait un autre courage.

Un jeune s'électrocute en fuyant des policiers; une tragédie, mais est-ce las faute des policiers ? Si un jeune qui n'a rien fait de mal a une peur panique d'un contrôle policier, il y a un grave problème de société à résoudre, mais pourquoi vouloir le ramener au seul drame d'un seul individu dans une seule circonstance ? Est-ce que la médiatisation nous a conduit à ce point où seul un fait-divers porteur d'émotions peut susciter une mobilisation, celle-ci d'autant plus vaine et éphémère qu'elle ne s'attache qu'à l'effet, jamais aux causes ?

Même scénario quand l'on prend prétexte des CPE - dont on dit portant qu'ils vont créer 70 000 emplois - pour mettre 3 millions de manifestants dans la rue et dénoncer la précarité, alors que personne, la semaine dernière n'arrachait de pavés pour protester contre le fait qu'il y ait 2,6 millions non pas de précaires, mais de chômeurs en France et que la tendance lourde soit à la hausse depuis 40 ans. On fait de jolies images à l'écran, mais qui se préoccupe du vrai problème ?

Après l'affaire des banlieues et maintenant celle des CPE, on voit des Français qui semblent avoir perdu le goût des révolutions, se contentant, pour gratifier leurs velléités de changement de danser en rond dans les rues et de maintenir un état quasi-insurrectionnel permanent... Quand les leaders politiques et syndicaux ne prennent que les trains en marche et ne suivent que les manifestations qui se sont organisées sans eux, il viendra d'où le changement ? Ils viendront d'où, les empêcheurs de danser en rond ?

L'an dernier, dans le cadre d'une émission télévisée visant à choisir "Le plus grand Français de tous les temps", on a vu Claude François devancer Napoléon et Catherine Deneuve au-dessus de Jeanne d'Arc, Richelieu, Villon et tant d'autres étant simplement ignorés... À chacun ses modèles. Le choix est vaste. Mais en se contentant de peu, en ne faisant rien, en ciblant sans cesse l'insignifiance et en évitant soigneusement tout véritable virage politique et social, est-ce qu'on ne se prépare pas à créer les plus petits Français de tous les temps ?

Je rêve d'un gouvernement d'union sacrée qui ferait la guerre à l'insignifiance. Je rêve que nos élites qui ont déjà été ensemble une fois, le temps de se faire dire non à une certaine Europe, fassent la trêve des querelles byzantines et des intérêts à court terme, le temps de se faire dire oui à un nouveau projet pour la France. Chacun faisant le boulot auquel il semble prédestiné, Un Talleyrand à l'Élysée, une Jaurès à Matignon, Fouché ramenant un peu d'ordre dans la cité. Juste le temps de remettre le pays sur la voie et de lui proposer une destination.

Tous ensemble, ils y arriveraient peut-être. Et si tous ensemble ils n'y arrivent pas ? S'ils n'ont rien à proposer, il se pourrait bien que les Français - qui ne paraissent si petits que parce qu'on les regarde de haut - aient des propositions à leur faire. Le choix est vaste. Il y a des précédents. On ne semble pas voir le potentiel de violence que cachent des manifestations inutiles en cascade. Si trois millions de Français qui n'ont rien à faire viennent chahuter pour rien, il en viendrait combien et pour faire quoi, s'ils avaient une bonne raison et qu'il y avait quelque chose à faire ? Caveant consules ...

 

Pierre JC Allard




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