98.08.05


GAIS, GAIES MARIONS NOUS...

 

Moi je veux bien, mais pour quoi faire? Avant d'aller plus loin, je vais faire trois aveux. D'abord je ne suis pas gai. Ensuite, les gais m'intéressent parce qu'ils sont encore victimes d'une certaine discrimination, mais pas plus que les femmes, les enfants, les vieillards, les immigrants, les malades, les pauvres.... Enfin, ce n'est pas vraiment des gais que je veux parler aujourd'hui, mais du mariage.

Quand les gais* défilent devant une société qui se défile, en parlant de famille, de mariage et d'enfants, ma première réaction, c'est que les gais devraient avoir les mêmes droits que tout le monde. Ma deuxième est de me demander pourquoi diable les gais voudraient se marier. Puis, quand les réponses évidentes à cette question m'apparaissent - sécurité, patrimoine commun, engagement a long terme, affection...- j'en arrive à la conclusion que tout ça n'exige pas ce qu'on appelle un mariage. Ni pour les gais..., ni pour les autres.

A l'origine, le mariage est une extension du droit de propriété: l'homme vole ou s'achète une femme pour lui faire des fils, comme il vole ou achète une vache pour lui faire des veaux. Ça, c'est l'approche primitive. Plus tard, quand on se civilise, le mariage devient une façon de s'échanger des otages, puis un symbole d'alliance. On unit deux royaumes, deux fortunes, deux légendes. Ce sont les familles qui se marient.

Les légendes s'unissent encore aujourd'hui: Nixon/Eisenhower, Onassis/veuve Kennedy, Michael Jackson avec la fille d'Elvis... Dans la plupart des pays du monde, ce sont encore les familles qui arrangent les mariages "importants", ceux qui donnent lieu à des dots, des donations, des créations de fiducie, des transactions financières. En haut de la pyramide sociale, le mariage "d'amour" reste perçu comme une aberration néfaste qui ne devrait avoir lieu qu'au théâtre.

Plus bas dans l'échelle sociale, le mariage a été encouragé par L'Église et l'État pour profiter de la phase de générosité du mâle en rut, lui arracher une promesse de prise en charge des enfants à naître, et éviter ainsi des dépassements budgétaires au poste "orphelins et mères nécessiteuses". Quand le mariage n'est pas une opération financière, c'est une structure de protection des femmes et des enfants.

Dès que les femmes ont obtenu un accès à l'éducation et au marché du travail, elles se sont empressées de renoncer à la "protection" souvent odieuse du mariage en proportion directe de leur autonomie et de leur sécurité nouvellement acquises. On s'est d'abord divorcé, puis on a cessé de se marier. Aujourd'hui, le mariage est en chute libre. Quand il n'y a pas de fortunes à unir ou des avantages fiscaux à obtenir, de plus en plus, on ne se marie pas.

L'institution du mariage ne colle plus à la réalité actuelle; on doit donc, au cas par cas, y trouver des solutions de rechange. Pour donner aux conjoints leur dû en cas de divorce..., pour que soit payé au conjoint de fait, en cas de décès, la même chose qu' au conjoint légitime..., pour que les assurances offertes en bénéfices marginaux couvrent les membres du "ménage", quel que soit leur sexe... Mais tous ces accommodements ont en arrière-plan le contrat "normal" de mariage, ce qui complique les choses et entretient un débat moyenâgeux.

Car on oublie trop souvent que le mariage est essentiellement un permis de copuler. Et une obligation de le faire, puisque le mariage non "consommé" peut-être annulé. Est-ce qu'on veut vraiment, en l'an 2 000, faire dépendre des contrats du fait que les gens font ou ne font pas "la chose" ? Si les gens veulent faire bénir leur union conjugale à l'église, c'est bien leur droit; mais, au point de vue juridique, il faut remplacer le mariage par autre chose. En fait, par deux choses.

D'abord, protéger l'enfant. Le mariage était fait d'abord pour ça; le mariage disparaît, protégeons autrement Trop de querelles pour garde d'enfants sont devenues des disputes sordides pour le contrôle d'une pension alimentaire dont l'enfant ne bénéficie pas. Il faut une loi imposant la recherche de paternité si elle n'est pas reconnue et faisant de l'enfant le créancier de ses parents jusqu'à sa majorité, pour un montant forfaitaire (le même pour tous) correspondant à ses besoins essentiels et 10% sans cumul des revenus de chacun d'eux. S'il y a séparation de fait des parents, un "tuteur public" est désigné qui administre ce revenu de l'enfant, surveillant l'usage qu'en fait quiconque en a la garde.

Ensuite, promouvoir, au lieu du mariage, un contrat "d'affinité et affection" permettant à deux ou plusieurs adultes - qui vivent ou ne vivent pas ensemble, font ou ne font pas l'amour, sont ou ne sont pas du même sexe... - de mettre en commun leur patrimoine et de s'avantager comme bon leur semble, y compris par testament, aux conditions et pour la durée qu'il leur conviendra de déterminer. Les gais y trouveront leur compte, comme toute le monde.


Pierre JC Allard





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