13 Une ville de beauté





Montréal est une ville charmante. Une ville-coeur, une ville bien-aimée. On la quitte à regret on y revient avec plaisir. On l'aime pour ses habitants, pour son rythme et pour son site plus que pour son urbanisme et ses monuments. Montréal n'est pas encore une ville de beauté. Rome ne s'est pas bâtie en un jour, mais il faut bien un beau jour commencer à bâtir pour l'histoire.

Montréal doit commencer à se faire une beauté. Il faut commencer à penser la ville de demain. Je ne verrai pas cette ville, mais je voudrais en rêver. Montréal doit penser au delà de l'utilitaire et planifier son développement en fonction de la beauté. Ne plus concevoir ses édifices publics comme si chaque lot était isolé dans l'espace, mais en voir l'ensemble, avec des perspectives, des esplanades... ce qui ne coûte pas plus cher.

Pour planifier un développement esthétique de Montréal, il faut, dans une première étape, identifier ce qui ne doit PAS changer. Il est exaspérant que chaque nouveau projet de construction à Montréal donne lieu à une levée de boucliers pour défendre un patrimoine caché dont personne, la veille, ne semblait vouloir reconnaître l'existence. Nous perdons un temps précieux à réagir contre le développement de nouveaux projets, au lieu d'agir pour la protection de ce qui a valeur historique.

Montréal, en collaboration avec les autorités québécoises compétentes et les autres intervenants intéressés, définira ce qui a valeur historique sur son territoire et mettra ce patrimoine à l'abri. Simultanément, tout ce qui ne sera pas ainsi classé "à préserver" devra pouvoir être modifié ou rasé sans tracasseries administratives.

Ceci fait, la deuxième étape exige un choix. On peut attendre que les siècles donnent à Montréal un visage plus typé; on peut, comme Haussmann pour Paris, refaire en quelques années, en y mettant le prix, une ville merveilleuse; ou on peut choisir le vrai "façadisme" et donner à peu de frais un coup de pouce à l'histoire. Le vrai façadisme, ce n'est pas de garder debout un vieux mur pour compliquer la vie des architectes; c'est de déterminer jusqu'au détail les façades d'un ensemble architectural afin que cet ensemble soit BEAU. C'est ainsi qu'on a fait la Place Vendôme.

Montréal désignera une rue dont les propriétaires riverains seront d'accord et lancera un concours ouvert à tous les architectes pour en planifier à long terme la façade. Les projets seront soumis au public, lequel indiquera le visage qu'il veut donner à cette rue de Montréal. Le projet choisi deviendra la norme de façade à laquelle devront se conformer toutes les futures constructions sur cette rue, le promoteur demeurant libre d'utiliser comme il l'entend l'espace derrière cette façade. Le prix de l'architecte consistera des honoraires professionnels pré-établis que devront lui verser les promoteurs, au moment où les édifices seront construits.

Faire une beauté à Ste-Catherine, de Guy à Berri, serait un excellent choix; si les riverains de Ste-Catherine ne veulent pas du projet, toutefois, il sera fait ailleurs: il ne s'agit pas d'imposer quoi que ce soit. Si l'initiative est un succès - se traduisant non seulement par un avantage esthétique mais par une hausse de la valeur des terrains et des propriétés attenantes - elle sera reprise ailleurs.

On peut ainsi aider à un développement harmonieux de Montréal, en planifiant pour l'avenir certaines rues. Cette approche, toutefois, ne sera pas généralisée; car s'il peut-être avantageux de fixer pour l'avenir le caractère d'une rue, qui devient ainsi la vitrine d'une époque, il ne serait pas souhaitable de décider que toute une métropole sera astreinte à perpétuer le style des années "90... dont rien ne nous dit qu'on ne fera pas un jour beaucoup mieux. Agissons avec modération, mais posons un geste pour affirmer que Montréal veut devenir une ville de beauté.



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