L'émancipation


1. NON, MAIS DE QUOI J'ME MELE !

Avant de corrompre, le pouvoir suscite une grande passion. Ceux qui commandent aiment commander. En tout. Ce qui donne à l'État une bien fâcheuse tendance à se mêler non seulement des affaires qu'on veut lui confier - assurer la paix, l'ordre, certains services et un minimum d'équité entre les gens - mais aussi d'une foule de choses qui ne le regardent pas.

Tous les prétextes sont bons pour que l'État s'arroge le droit de mettre son nez partout; de sorte que si les mauvais gouvernements traitent leurs citoyens comme des esclaves, les "bons" gouvernements, traitent bien souvent les leurs comme des enfants.

Ce n'est pas nouveau. Au Moyen-Age, on brûlait les hérétiques et les blasphémateurs - comme si le Bon Dieu ne pouvait pas régler ses comptes tout seul! - et ici même, il n'y a pas plus de vingt ans que le citoyen canadien peut s'éparpiller sur son grabat de la façon qui lui plaît avec n'importe quel adulte consentant.

Et c'est pas fini; on continue toujours à traiter comme des crimes une foule de choses qui sont peut-être contre la morale, mais dont on ne voit pas très bien pourquoi elles serait illégales, puisqu'elles ne font de mal qu'à celui qui les fait et ne regardent donc strictement que lui.

Je veux que l'État me protège et me fournisse certains services: l'éducation et la santé, une infrastructure routière, des lois pour promouvoir plus d'équité. C'est pour ça que je paye des taxes. Pas pour qu'on me fasse le catéchis-me. Une Nouvelle Société va montrer à l'État à se mêler de ses affaires.


2. LE CRITERE "VICTIME"

Protéger, ça veut dire non seulement que personne n'ait froid et que per-sonne n'ait faim, mais aussi que personne n'agresse personne, et que chacun puisse chercher et trouver le bonheur à sa façon, dans la mesure où il ne fait de mal à personne. Si l'on fait, ou si on risque de faire du mal ou du tort à quelqu'un, il y a crime, délit ou infraction, et il faut que l'État inter-vienne pour protéger celui qui est ou risque d'être la victime. S'il n'y a pas de victime, réelle ou potentielle, l'État n'a pas à intervenir. C'est tout.

L'État n'a pas à se faire gardien de la morale; la morale est l'affaire de chaque individu et de sa conscience. Il y a une génération, dire "condom" dans un bon collège voulait dire se faire foutre à la porte; aujourd'hui, on organise des concours pour faire la publicité des condoms. Il y a une génération, c'était une honte de vivre "accoté"; aujourd'hui, un couple sur cinq n'est pas marié, et parler de filles-mères et d'enfants illégitimes fait rétro.

Il y a une génération, à peu près tout acte sexuel, sauf le "missionnaire" entre mari et femme, était un crime; il resterait combien de gens en liberté, aujourd'hui, à surveiller dans leurs prisons le monde ordinaire, si ces lois étaient encore appliquées?

Il reste encore aujourd'hui des lois qui n'ont pas plus de raison d'être. Des "crimes" sans victime, dont on poursuit les auteurs comme s'ils avaient tué ou volé, alors qu'ils auraient peut-être besoin d'aide, mais surtout qu'on respecte leur liberté. Il faut supprimer ces lois, mettre un terme à cette tutelle morale de l'État sur ses citoyens, et traiter enfin le monde ordinaire comme des adultes.


3. MA VIE A MOI

S'il y a un point où l'ingérence de l'État est totalement abusive, c'est bien quand il s'agit de ma vie et de ma mort. C'est là l'ultime question à régler entre l'individu et son Créateur, et quand la loi dit que le suicide est un crime, c'est dans le meilleur des cas une mauvaise plaisanterie. Quant à vouloir condamner quelqu'un pour tentative de suicide - et pourquoi pas à mort, pendant qu'on y est! - on est alors aux plus hauts niveaux du sadisme absurde et du surréalisme.

Le suicide n'est plus un crime mais garde une image d'illégalité. L'illégalité du suicide devient un problème sérieux quand on pense aux cas d'euthanasie. Tout adulte devrait avoir le droit de mettre fin à ses jours pour autant qu'il soit sain d'esprit, et il devrait être considéré sain d'esprit à moins qu'il ne soit déclaré fou pour d'autres raisons que celle de vouloir mettre fin à ses jours.

Non seulement tout individu devrait-il pouvoir mourir quand et comme il lui plaît - pour autant que le moyen choisi ne mette pas en cause la sécurité d'autrui - mais il devrait aussi pouvoir à tout moment, par "pré-testament", donner les "instructions finales" à appliquer si une maladie ou un acci-dent le rendait inconscient. Ce pré-testament devrait être obligatoire pour tout adulte.

Si, par la suite, la maladie devait le rendre inconscient pour plus de 12 heures sans qu'on prévoit son réveil, son pré-testament serait ouvert en présence d'un juge et d'un médecin, et ses instructions seraient appliquées, traitées avec tout le respect dû à la volonté la plus sacrée qu'un être humain puisse sans doute exprimer: décider lui-même d'être ou de ne pas être, selon sa propre conscience.


4. MON RISQUE

Il n'y a pas pire hypocrisie que les lois contre le jeu; c'est vraiment, dans toute sa saveur, la parabole de la paille dans l'oeil du voisin.... Et de quelle méchante poutre on parle ici dans l'oeil de l'État! Pas un tripot n'oserait proposer un jeu où la chance de gagner serait aussi faible que celle qu'offre Loto-Québec.

Une roulette, jouée selon les règles de Monte Carlo, laisse moins de 2% de marge à la maison. La Quotidienne prend 55% et d'autres jeux encore plus! On dit que le jeu est immoral; ce qui l'est, c'est de traquer un tenancier de maison de jeu qui n'est coupable que de faire concurrence à l'État. Une concurrence bien inégale, il est vrai, puisque l'État n'aurait sans doute pas un seul client s'il existait quelque part une maison de jeu légale et honnête...

Qui nous parle du joueur qui a ruiné sa famille? Le jeu vraiment organisé - c'est-à-dire celui qu'organise la Régie des loteries et courses - a causé plus de ruines que toutes les "barbottes" réunies. Le jeu qu'organise l'État est partout, s'annonce au grand jour, et vise sciemment les couches les plus pauvres de la société, celles qui ne voient pas les "odds", mais dépensent un dernier dollar reçu du BS pour acheter un peu plus d'illusions. Vous connaissez bien des gens riches qui achètent régulièrement la 6/49?

Le jeu n'est pas un péché et encore moins un crime: c'est une erreur. On doit prémunir les gens contre le jeu, mais un adulte qui veut parier devrait pouvoir le faire, où et comme il veut. Qu'on s'occupe de garder le jeu honnête; c'est tout ce qu'on demande à l'État. Et de moins jouer la faiblesse humaine pour remplir ses coffres...


5. MON CORPS.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce concept de prostitution est ambigu. Pourquoi serait-il interdit de vendre, à la journée ou à l'heure, ce qui peut faire l'objet d'un contrat de mariage en bonne et due forme dont on sait qu'il n'a plus rien d'éternel? Et est-ce un crime si on "paye" en accordant un contrat, ou une promotion? Si une femme ou un homme adulte, sain d'esprit, libre et sans contraintes, veut faire l'amour (ou quelque chose qui y ressemble) et en demander un prix pour services rendus, de quel droit veut-on l'en empêcher?

Si quelqu'un a le droit d'être payé sans discussions pour procurer un plaisir aux clients en chantant, en dansant, en donnant un massage, ou pour avoir fait du bien à autrui en replaçant ses vertèbres, en enlevant ses amygdales, ou que sais-je, au nom de quel vieux puritanisme veut-on priver quelqu'un de faire ce qu'il veut de son corps et d'en tirer profit?

Ce qu'il faut, s'est protéger les prostitué(e)s de la violence de leurs clients et de leurs souteneurs. C'est voir à ce que la prostitution ne soit pas source de maladies ou de chantage. C'est mettre fin à la traite des blanches en mettant définitivement hors de nuire ceux qui s'y livrent. C'est empêcher la prostitution des enfants en étant d'une sévérité exemplaire pour ceux qui en profitent, et en apportant un soutien à ceux et celles qui en sont victimes.


Pour le reste, qu'on demande aux p... de ne pas solliciter, mais plutôt de s'afficher par un béret rose marqué d'un gros coeur - ou n'importe quoi! - et qu'on leur fiche la paix.... Et qu'on cesse d'être ridicules en voulant inter-dire le "plus vieux métier du monde".


6. MA CONSCIENCE

La vie n'est pas toujours très drôle pour tout le monde. Il y en a qui ont la force de lutter seuls. D'autres qui se réfugient dans la prière, dans une grande passion, dans un idéal. Il y en a pour qui une cigarette ramène le soleil, d'autres à qui il faut un verre d'alcool... ou plusieurs. Si c'est le corps qui souffre, notre société dit oui à la morphine, non à l'héroïne. Quand c'est l'âme, elle dit oui au Vallium et au Haldol, non au pot, à la mescaline ou à la coke. Pourquoi? D'autres sociétés disent autre chose. Affaire d'habitude, de culture, de trafic et de contrôle des changes. Vous saviez qu'on avait fait la guerre aux Chinois pour les forcer à acheter de l'opium?

Parfois certaines drogues sont interdites: l'alcool durant le Prohibition aux Etats-Unis, par exemple. Alors, le prix monte, le commerce devient un crime, des fortunes sont faites, et ceux qui en ont besoin recourent au crime pour pouvoir se la payer. Des gens tuent et sont tués pour une poudre qui ne coûte que quelques cents à produire. Aujourd'hui, on consacre plus d'efforts à lutter contre la drogue que contre tous les autres crimes. Pourquoi?

Une drogue, légale ou illégale selon le temps ou le lieu, c'est un truc pour modifier la conscience de la vie. Une façon de rendre supportable le fait d'avoir un bras coupé ou le coeur brisé, des os en miettes ou des rêves en lambeaux. Qui a le droit de dire à un autre être humain à quelle aide il a droit pour transiger avec sa condition humaine? Ne vaudrait-il pas mieux tuer le trafic par la baisse des prix, protéger les mineurs par une extrême sévérité en tout ce qui les concerne... et laisser chacun vivre sa vie avec la béquille dont il a besoin?


7. L'ORDRE PUBLIC

Quand on veut partir en croisade contre le jeu, la prostitution, la drogue ou l'euthanasie, on parle de l'ordre public et de la morale "chrétienne" des citoyens. Mais, qu'on soit d'accord ou non, la morale des citoyens n'est plus chrétienne. Pas avec 6% d'assistance à l'Église, un mariage sur trois qui finit en divorce, un avortement pour deux naissances et la contraception érigée en politique officielle contre le sida. Quant à l'ordre public, quand il n'y a pas de victime, l'ordre public n'est pas en cause ou ne devrait pas l'être.

Une Nouvelle Société doit être inflexible quand il s'agit d'éviter la violence et la souffrancele; elle doit être permissive en ce qui concerne le droit sacré des adultes à vivre ce qu'ils veulent, et à chercher le plaisir comme ils l'entendent, seuls ou avec quiconque est d'accord. On a parlé des quatre "non-crimes" les plus évidents, mais il y en a d'autres.

La nudité en public, par exemple; est-ce qu'il faut en faire une infraction, ou est-ce que la simple esthétique ne suffirait pas? Et la pornographie? peut-être ne faut-il supprimer que la pornographie qui met en cause des enfants, ou qui met l'accent sur la violence et le sadisme.

Nous sommes déjà une Nouvelle Société, et cette société y gagnera si, au lieu de pourchasser des gens qui ne font mal à personne, nos corps policiers peuvent retourner à leur vrai rôle: protéger la population et faire respecter l'ordre.




Mise a jour 1999

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