Mise à jour 1999

La liberté des autres


Cette proposition a toujours fait problème. Un nombre significatif de ceux qui soutiennent toutes les autre propositions du livre s'en désengagent sur ce point. Ceux pour qui la gauche est une forme de religion y voient une hérésie. On m'a téléphoné, atterré: &laqno;Comment VOUS, qui dites tant de belles choses, pouvez-vous être si durs envers ces malheureux...» Comment ? Pourquoi ? Le texte le dit clairement: parce que je crois qu'il est prioritaire de protéger les innocents. Ensuite, mais ensuite seulement, je veux améliorer le sort des détenus. Comme le texte le propose tout aussi clairement.

La réhabilitation? Désolé, mais quand il s'agit d'un pervers sexuel ses chances de réhabilitation, selon tous les experts, sont à peu près nulles. Pour les autres récidivistes de crimes de violence, les faits prouvent aussi que la réhabilitation est l'exception plutôt que la règle. Les garanties de réhabilitation d'un criminel violent ne sont pas assez bonnes pour que je mette entre ses mains la vie de mes enfants et, si je ne veux pas mettre entre ses mains la vie de mes enfants, je ne veux pas mettre à sa merci la vie de qui que ce soit. Cessons l'hypocrisie: celui qui n'a pas sa place dans ma cour ou la vôtre, n'a sa place dans la cour de personne.

Je sais que l'immense majorité des choses auxquelles je crois sont celles auxquelles croient ceux qui se disent de gauche et que, forcément, la majorité des appuis que je reçois viennent de là. Mais, sur ce point de la mise à l'écart des récidivistes violents, je ne crois pas que la position de la gauche traditionnelle - qui est de blâmer tout le monde sauf le coupable - soit raisonnable. Je ne crois pas que la solution de pardonner septante fois sept fois soit raisonnable. Ce n'est pas la vocation du monde ordinaire d'être crucifié pour la rédemption des pêcheurs, par décision de l'État et sans qu'il ait été consulté

Je suis triste de décevoir les vrais croyants, mais la gauche, pour moi, n'est pas une religion: c'est un faisceau de mesures qui mènent au mieux être de la collectivité. Le mieux être de la collectivité passe par la mise à l'écart des récidivistes violents et est incompatible avec la notion de travailler à la rédemption problématique de quelques uns en mettant en péril la sécurité de tout le monde.

Si on annonçait, demain, que mille bombes à retardement ont été cachées par un terroriste au Canada dans des endroits publics et que la moitié exploseront au cours des prochaines années, une terreur sans nom s'abattrait sur la population. Rien ne serait négligé pour retrouver ces bombes et mettre fin au cauchemar. Il y a pourtant présentement au Canada bien plus de mille récidivistes violents en liberté dont nous savons que la moitié commettront encore des crimes de violence graves. Ne faudrait-il pas mettre fin à ce cauchemar? Il serait impensable d'aller simplement les cueillir sans raison, mais s'ils sévissent encore, n'est-il pas absurde de vouloir les laisser encore une fois en liberté?

Depuis quelques années, la progression constante de la criminalité que nous avions connue au cour des années "80 semble avoir été stoppée. Tant mieux, mais faut-il en prendre excuse pour ne pas appliquer cette proposition de mettre les récidivistes au rancart? Ciel Non ! Car, si vous regardez les statistiques de plus près, vous constaterez que la part des crimes de violences commise par des récidivistes a encore augmenté depuis 6 ans ! Il y a des occasions où c'est la pitié qui est un crime.

Pierre JC Allard




Texte 1992

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